ALAIN KISTNEN, secrétaire de l’UBIW : « Métro express : faute de rencontre avec le ministre, nous sommes dans le flou »

« Nous ne remettons pas en question ce que le ministre du Transport a dit au parlement, concernant l’assurance selon laquelle il n’y aura pas de licenciement dans le secteur du transport. Mais il n’y a rien en écrit qui le garantisse », regrette Alain Kistnen, secrétaire de l’Union of Bus Industry Workers (UBIW), qui dit souhaiter un Memorandum of Understanding en ce sens. La principale préoccupation des quelque 6 500 employés du secteur est bien, dit-il, le projet métro express et la menace représentée sur leur emploi. Aujourd’hui, la priorité, c’est « d’obtenir une rencontre avec le ministre ». Si à l’heure du jour, « aucune action n’est envisagée », il ne serait pas correct « que l’on nous mette au pied du mur », dit-il.

Quels sont les problèmes auxquels font face les employés du Transport ?
Concernant les problèmes actuels, on ne peut passer outre le projet phare du gouvernement, le métro express. Nous ne contestons pas tout ce qui est dans l’intérêt du pays et nous savons bien qu’il y a le problème d’embouteillage. Mais avec tout développement dans le secteur, nous au niveau de l’Union of Bus Industry Worker, nous ne pouvons que nous interroger sur l’avenir des employés du transport en commun. Nous avons toujours demandé une rencontre autour d’une table entre le ministre de tutelle, ceux qui représentent le gouvernement et la classe syndicale afin que l’on puisse donner l’assurance à nos membres que l’arrivée du métro express n’engendrera pas de perte d’emploi. Tout peut arriver et les employés du transport en commun risquent de ne plus pouvoir nourrir leur famille. Nous avons demandé cette garantie depuis 2014, et de même à l’annonce de la réintroduction du projet après les élections générales. Nous ne remettons pas en doute ce que le ministre Nando Bodha a déclaré au parlement, quand il a dit qu’il donne l’assurance aux employés qu’il n’y aura pas de licenciement. Mais il n’y a rien en écrit.

Que souhaitez-vous donc aujourd’hui pour apaiser l’inquiétude des employés ?
Un projet d’une telle envergure qui émane du gouvernement nécessite une table ronde. Notre principal souci, c’est si on pourra avoir cette rencontre entre le ministre, les compagnies de transport et l’UBIW.

Environ combien d’employés sont concernés ?
Nous sommes environ 6 500 en comptant les bus individuels.

Le 9 mars dernier, à la veille de la pose de la première pierre du métro express, les employés du transport sont descendus dans les rues pour dénoncer le projet. Y a-t-il eu une quelconque évolution ?
Il y a deux manières de montrer son désaccord avec ce projet. Ceux qui ont manifesté ont voulu obtenir l’assurance que les employés d’UBS et de RHT ne seraient pas licenciés. Le ministre peut rassurer les employés de la CNT, car elle appartient au gouvernement et pas aux firmes privées comme UBS et RHT. Le but de la manif était d’obtenir une rencontre avec le ministre et de signer un MoU en vue de garantir ce qu’il dit concernant le non-licenciement. Mais aujourd’hui, faute de rencontre, nous sommes restés dans le flou.
Oui, nous voulons un nouveau mode de transport mais il faut aussi respecter certains critères comme l’environnement, l’accessibilité de ce moyen de transport aux écoliers et aux personnes handicapées, le prix. Il faut également que ce moyen de transport soit gratuitement accessible aux employés du transport. C’est autour de cette table que les policy makers pourront discuter avec les employés du transport qui ont de l’expérience et que nous pourrons améliorer le projet. C’est sûr que les compagnies dont les revenus baisseront à l’arrivée du métro express saisiront l’occasion pour licencier leurs employés.

Avez-vous ressenti une telle éventualité du côté des patrons des compagnies d’autobus ?
Il y a le directeur d’une compagnie privée qui a reconnu sur une radio qu’indéniablement, avec l’arrivée du métro express, il n’aura d’autre choix que de passer des ciseaux et de couper les emplois. Et, quand nous entendons une telle chose, comment pouvons-nous ne pas être inquiets ? Il a adressé une menace.

Est-ce que le tracé du métro express se trouve sur les trajets que desservent les autobus ?
Je suis en possession d’une carte avec les stations que doit desservir le métro express. Basé sur cela, rien ne le contredit. Mais, si le gouvernement peut nous dire que tel ne sera pas le cas, tant mieux. Nous voulons une rencontre civilisée entre les parties concernées. Cela aurait rassuré tout le monde. Les amis employés dans le secteur du transport y ont mis toute leur jeunesse et leur vieillesse. On leur doit un minimum de respect.

Quelles sont vos autres craintes ?
Le transport en commun est le seul secteur du pays où ceux qui ont fait plus un an n’ont pas droit aux avantages préconisés par la loi, à l’exemple des congés et des sick leaves. Un jeune doit effectuer cinq à six ans comme casual worker avant de pouvoir avoir droit à des sick leaves. S’il s’absente parce qu’il est malade, sa paye du jour sera déduite de son salaire. La grève du transport en commun il y a quelques années avait débouché sur un accord : 19 % d’augmentation étalés sur trois ans. L’accord a pris fin et aujourd’hui nous souhaitons que le salaire et les conditions de travail soient revus.
Avec le projet de métro express, les employeurs diront qu’il y a un manque à gagner et nous allons en faire les frais. Que le ministre vienne nous dire sous quelle forme le gouvernement pourra remplacer ces employeurs ! Il ne faut pas utiliser l’argument du « manque à gagner ». Ce sont les employés du transport qui font rouler le pays. C’est l’employé du transport qui ramène les autres chez eux après le travail. Il est le dernier à rentrer chez lui. Donc, il faut qu’il y ait du respect pour ce métier.

Qu’attendez-vous donc du prochain Budget ?
Nous demandons que la classe syndicale reçoive une formation. Il faut aussi que les compagnies d’État comme la CNT aient un projet d’avenir, par exemple, le rajeunissement de leur flotte d’autobus. Il faut aussi prévoir la formation continue de tous les employés (chauffeurs, contrôleurs et mécaniciens) afin de pouvoir offrir un meilleur service.

Est-ce que l’UBIW envisage des actions si jamais le syndicat n’obtient pas une rencontre avec le ministre du Transport ?
Tout ce qui doit avoir lieu aura lieu en temps voulu. Nous croyons encore au dialogue et à la communication, et nous insistons pour une rencontre au moment souhaité. C’est une priorité pour nous. À l’heure où on parle, il n’y a aucune action envisagée mais si on nous met au pied du mur, ce ne sera pas bon. Nous ne sommes pas en train de lancer une menace, toutefois, je pense que dans un pays civilisé, le dialogue devrait prévaloir. J’insiste auprès du ministre du Transport pour qu’il trouve du temps. Nous avons aussi des problèmes au niveau de la CNT. Qu’il considère notre demande comme prioritaire dans l’intérêt de tout le monde !