Contrairement à la sculpture sur glace, qui est un art éphémère, le boxeur et cuisinier sculpteur Alain Laviolette mène un combat permanent. Pour le médaillé de bronze à la Coupe du monde de savate boxe française (1989), la vie est faite de défis et de persévérance, comme sur un ring. Ce travailleur social très actif encadre les jeunes de son quartier à Cité La Caverne et les prévient des fléaux sociaux qui guettent.

Rares sont les après-midi où Alain Laviolette se pose tranquillement devant un bon film ou une série après avoir terminé son service à l’hôtel Shandrani, où il exerce comme cuisinier depuis une vingtaine d’années. Présent dans le milieu sportif depuis les années 80, le médaillé de bronze à la Coupe du monde de savate boxe française n’a jamais raccroché. “Lorsqu’on entre dans ce domaine, il est difficile d’en sortir”, confie-t-il.

L’ancien champion nous reçoit chez lui à Cité La Caverne. À 56 ans, ce père de trois enfants et heureux grand-père est toujours actif dans le milieu sportif. Il entraîne presque tous les après-midi les jeunes de sa région en savate boxe française, en kickboxing et en Muay Thai.

Défis et dévouement.

Alain Laviolette pratique la savate boxe française depuis 1983 et a participé à des compétitions jusqu’en 1991. “À l’époque, les activités et les loisirs étaient rares. La savate boxe française était considérée comme un petit sport non reconnu. J’ai été le premier Mauricien à participer à la Coupe du monde en 1989 et j’ai été médaillé de bronze dans cette discipline.” L’année suivante, il devient vice-champion du monde. “Ce sport m’a ouvert de nombreuses portes”, confie Alain Laviolette. Il a beaucoup voyagé, s’est fait un nom et entraîne aujourd’hui des élèves qui ont côtoyé le podium, comme Bruno Lacariatre.

L’engouement est moindre aujourd’hui pour ce sport, mais le feu sacré qui anime Alain Laviolette pour soutenir les jeunes ne s’est pas éteint. Tout comme sur un ring, la vie est faite de défis, d’engagements et de dévouement. Cette année, les championnats d’Afrique de boxe française se tiendront pour la première fois à Maurice au mois de septembre. Alain Laviolette salue cette démarche, mais souhaiterait une certaine cohésion entre tous les acteurs de la discipline pour assurer “un maximum au niveau des performances”.

Fibre artistique.

Dans son univers, le cuisinier sculpteur est connu comme “Ice Man”. En effet, Alain Laviolette a souvent été dans l’actualité pour partager sa passion pour la sculpture sur glace. “Je n’aurais jamais cru que ma passion deviendrait mon métier.” Avec le boom du secteur hôtelier et les exigences par rapport à l’esthétisme, “les artistes sculpteurs étaient plébiscités dans les années 1992. J’ai été initié à la sculpture sur glace mais aussi avec des matières comme le beurre, le fromage, le chocolat, les fruits et légumes”.

La fibre artistique coule dans ses veines. “Mon défunt père était charpentier et il adorait sculpter des pièces miniatures.” Alain Laviolette se tourne tout naturellement vers la filière artistique au collège. Travailler avec des matières comme le bois, le ciment ou le polystyrène lui semblait beaucoup plus réjouissant que de dessiner ou peindre. Voyant son potentiel, son père l’a poussé davantage vers cet art. Alain Laviolette se lancera plus tard dans la fabrication de maquettes de bateaux. “Un métier qui a longtemps été mon gagne-pain et grâce auquel j’ai pu m’acheter ma nouvelle maison.”

Le combat continue.

Très épanoui dans le secteur hôtelier, Alain Laviolette a gravi les échelons. C’est toujours avec le même plaisir qu’il sculpte la glace, sa matière de prédilection. Des masses de glaçons se transforment en personnages enchantés et ananas géant, en troupeau d’éléphants, en fontaine ou en bar. Il a étoffé son carnet d’adresses et a beaucoup voyagé. “Ce qui est intéressant avec ce métier, c’est qu’on ne finit jamais d’apprendre et de se découvrir. On est amené à pousser toujours plus loin son potentiel.”

En boxe comme en sculpture, c’est toujours un défi, répète le sportif. Le premier se déroule sur un ring et le second face à sa créativité. Le combat que mène Alain Laviolette dans le social au quotidien est bel et bien tangible. Touché par les dégâts liés aux drogues synthétiques, il a fondé en 2014 l’association Valer Nou la Vi. L’objectif de ce groupe est d’encadrer les jeunes de Cité La Caverne grâce à des campagnes de sensibilisation et des activités sociales et artistiques. Entraîner les jeunes dans des disciplines de combat permet de les garder actifs, les pousser à se surpasser dans des compétitions régionales et les inviter à assumer des responsabilités.

Alain Laviolette souhaiterait que les centres sociaux et communautaires du pays, “qui sont souvent des espaces fantômes, puissent se réinventer pour s’adresser aux jeunes”. Aujourd’hui, “le constat est positif, mais le combat continue”.

BIO EXPRESS

Situation familiale : Marié et père de trois enfants.

Âge : 36 ans

Profession : Cuisinier sculpteur à l’hôtel Shandrani.

Votre totem : Gants de boxe (La vie est un éternel combat).

Plat préféré : Rôti d’agneau, aubergines et légumes grillés.

Plutôt film ou série ? : Film d’action et basé sur des histoires vraies.