ALAIN MARSAUD, député des Français de l’étranger : « Sarkozy sera le prochain Président de la France »

Le député des Français de l’étranger, Alain Marsaud vient de faire escale chez nous dans le cadre de la tournée annuelle de sa circonscription, dont Maurice fait partie. Nous en avons profité pour interroger ce vieux routier de la politique française sur les sujets qui occupent la une de l’actualité de son pays. Comme d’habitude, il a répondu aux questions sans utiliser la langue de bois.

Commençons par la situation politique au Gabon, un des fiefs de la France Afrique, qui fait partie de votre circonscription. Est-ce que les troubles qui ont suivi l’élection contestée d’Ali Bongo vous ont surpris ?
Bien évidemment, il s’agit d’élections qui sont toujours difficiles. Les précédentes s’étaient passées dans une certaine violence, mais j’ai l’impression qu’actuellement la marge assez mince entre les deux candidats est de nature à exacerber la situation, qui était déjà assez tendue.

Après plus de quarante ans de pouvoir, il ne serait pas temps - et plus démocratique - que la famille Bongo cède la place ?
Je suis député des Français de l’étranger et je me refuse systématiquement de me mêler des affaires politiques des états qui sont légitimes. Ce n’est pas à moi, depuis Paris de dire ce qui est bon ou pas bon pour un pays.

Vous êtes plus inquiet du sort des Français au Gabon que de l’avenir de ce pays ?
Je vous le répète : je suis député des Français et pas citoyen gabonais. Je ne veux pas dépasser les devoirs de ma charge qui consiste à m’occuper de la sécurité des Français et que les dispositifs politiques se passent au mieux. Effectivement, on pouvait s’attendre à ce que ça ne se passe pas très bien au Gabon et c’est le moins que l’on puisse dire.

Depuis notre dernière rencontre, en septembre de l’année dernière, comment se porte la France ?
Depuis, nous avons eu quelques événements dramatiques en France. Nous avons connu des exactions terroristes majeures, comme nous n’en avions jamais connues. La France est en train de vivre une situation qu’elle n’a jamais connue, même si elle a déjà été l’objet d’actions terroristes de toutes natures. Mais, autrefois, c’était plutôt le terrorisme d’état et on savait à peu près gérer les choses. Aujourd’hui, la France connaît une situation particulière : elle mène une double guerre à l’extérieur et à l’intérieur de son territoire. à l’extérieur, par nos engagements militaires en Syrie sur lesquels on peut penser ce qu’on veut…

Vous disiez, lors de notre dernière rencontre, que l’Occident et la France avaient créé les conditions de cette guerre.
Je crois que nous avons été imprudents de nous mêler des affaires moyen-orientales qui ne regardent pas les Français, hormis la protection que nous devons à l’état libanais. Je crois que la France n’avait pas à se mêler des affaires concernant la Syrie, l’Irak, etc. Elle y est aujourd’hui engagée militairement avec les conséquences que l’on connaît et qui ont, forcément, des répercussions sur un terrorisme que j’appelle la guerre intérieure puisqu’elle est ainsi qualifiée par le Président de la République et le Premier ministre. Nous sommes donc en guerre et sans doute partis pour encore une assez longue période sans savoir ce que fait notre ennemi qui, pour la première fois de notre vie, est celui avec qui nous sommes allés à l’école, avec lequel nous avons grandi, sommes allés au bistrot et qui est, si j’ose le dire, un peu un enfant du pays. C’est ce que nous avons découvert, notamment à travers l’affaire du Bataclan. C’est là qu’il ne faut pas se tromper d’interprétation. On nous dit : ce sont des islamistes qui se sont radicalisés et il faut créer des centres de déradicalisation.

Est-ce que c’est possible ?
Comme si leur porter la bonne parole suffisait à les calmer. Effectivement, on a créé des centres de déradicalisation dans et en dehors des prisons pour les supposés radicalisés. Ceux-là seraient des islamistes qui se seraient radicalisés, autrement dit des méchants islamistes. Cette interprétation est, à mon avis, extrêmement dangereuse, car elle ne correspond pas à la réalité, notamment quand on voit le profil des gens qui sont morts dans les attentats. On est en présence de radicaux qui se sont islamisés ou qui s’islamisent : ce sont des adeptes de la violence extrême pour toutes sortes de raisons,, dont leur situation économique et familiale qui les pousse à rejeter notre modèle de société. Ils deviennent radicaux et violents et ont besoin de justifier cette violence et, pour ce faire, ils se rattachent aux discours islamiques. Il ne faut pas mélanger le problème de l’islamisme à celui de la radicalité et de la violence extrême, comme le groupe Action directe en Allemagne ou les Brigades rouges en Italie. Il faut répondre à cette guerre terroriste par du contre-terrorisme et non par des discours sur la déradicalisation qui vont nous faire perdre beaucoup de temps et d’argent et qui risquent de ne pas avoir beaucoup de résultats. J’essaye de faire passer ce message, parfois avec beaucoup de difficultés.

La guerre intérieure de la France est-elle plus importante que sa guerre extérieure ?
Pour les citoyens français, la guerre extérieure est moins importante puisqu’on ne la voit pas et on ne sait pas ce qui s’y passe. Le public français n’est pas tenu informé sur ce que fait l’armée en Syrie. Je me rends compte que nous faisons face aujourd’hui à un vrai défi : comment éviter le retour en France des 2000 Français, dont 400 mineurs, qui sont actuellement en Syrie. C’est-à-dire que nous allons réintégrer dans le « tissu national » quelques centaines de personnes extrêmement dangereuses avec qui on ne sait pas traiter, dont on ne sait quoi faire. C’est le nouveau défi auquel la France aura à faire face dans les prochains mois.

Sortir de la guerre extérieure serait une solution pour gagner la guerre intérieure ?
C’est trop tard. Il ne fallait pas rentrer dans la guerre extérieure, dans laquelle la France n’avait pas sa place. Maintenant que nous y sommes, c’est difficile de partir, d’abord parce que nous avons des alliés sur place et que nous avons fait des promesses. Nous sommes en guerre dans plusieurs pays — le Mali, le Tchad, le Niger et le Centrafrique — et la question qui se pose est de savoir combien de temps nous allons devoir rester et surtout si nous en avons les moyens.

Est-ce le cas ?
La France n’a pas les moyens financiers de porter sur ses seules épaules le poids de ces guerres. Les Européens et l’ONU avaient promis de venir épauler la France, mais quand on regarde derrière soi, on a le sentiment d’être un peu seul. Est-ce que la France peut continuer à jouer ce rôle d’arbitre des, disons, bonnes manières politiques ? Même si je fais partie de ceux qui croient dans la grandeur passée de la France, je n’en suis pas certain. Il faut prendre conscience de nos capacités financières et il faudra que la prochaine échéance électorale soit l’occasion de poser ces questions.

Au niveau de ces guerres, êtes-vous inquiet pour l’avenir ?
Bien sûr que je suis inquiet, comme la majorité des Français parce que ces guerres débouchent sur le terrorisme. C’est une nouvelle page de l’histoire de France, un peu sombre, qui est en train de s’ouvrir.

Sur le plan politique, quelle est la situation en France ?
On avait promis aux Français la rupture, mais ils ne l’ont pas connue et ils la veulent tout en la craignant, car ils ne veulent pas qu’on touche à leurs droits acquis. Mais tout le monde se rend bien compte que le modèle social ne fonctionne plus, que le modèle politique est assez atteint et tout le monde aspire au changement. Ces échéances seront-elles l’occasion d’un changement réel ? Il faut l’espérer. La gauche peut-elle changer ?

En tant que politicien de droite, vous allez répondre non à la question !
Vous vous trompez. La gauche française est en train de changer avec une radicalité de gauche qui s’installe avec M. Mélenchon et une partie des écologistes. Et puis, il y a la droite dans sa diversité. Je constate que, contrairement à ce que l’on dit généralement, le personnel politique français est d’un assez bon niveau. Je le dis d’autant plus volontiers que je rentre des Etats-Unis où j’ai constaté la grande médiocrité du débat politique entre Mme Clinton et M. Trump.

Que pensez-vous de Jean-Paul Mélenchon, dont vous venez justement de citer le nom?
Il a un véritable talent, mais a un gros problème, il n’arrive pas à obtenir le nombre de signatures nécessaires pour être candidat à la présidentielle. Si Mélenchon n’était pas dans le débat présidentiel, il manquerait. Il a beaucoup de choses à dire et à apporter. Pour la bonne marche de la démocratie, il faut  qu’il puisse participer au débat présidentiel: il l’enrichit.

Le débat politique en France ne se limite-t-il pas à chercher qui seront les candidats à la prochaine élection présidentielle ?
Tous les candidats de gauche et de droite sont en train de se battre pour affronter Mme Le Pen au deuxième tour des présidentielles. On peut avoir le sentiment qu’aujourd’hui on ne se bat pas pour devenir Président de la République, mais pour pouvoir participer au deuxième tour. C’est quand même un grand revirement de la politique française. Il y a dans tout cela un vrai affrontement d’idées et je pense que si la campagne n’est pas troublée par de nouveaux événements dramatiques, on aura un débat riche parce que les candidats osent plus.

Restons à droite. Vous disiez l’année dernière que vous étiez à la recherche d’un homme capable de faire la rupture et que vous ne l’aviez pas trouvé. Est-ce que depuis vous l’avez découvert ?
Je vais soutenir, dans les primaires, celui qui me semblera le plus à même de soutenir la rupture avec le passé. On nous tient des discours de rupture, mais ce qui m’intéresse, ce sont les faits, que les engagements pris soient tenus. Je suis toujours à la recherche d’un candidat qui non seulement parlera de la rupture, mais l’incarnera.

Vous n’êtes pas un peu gêné que Nathalie Kosciusko-Morizet ait dû sérieusement ramer pour obtenir les parrainages nécessaires au sein de votre parti afin d’être candidate aux primaires ?
En ce qui me concerne, je suis un féministe convaincu, mais nous avons un système qui a été mis au point il y a des années. Je pensais que Mme Morizet allait facilement obtenir les signatures de vingt députés. Or, il a fallu constater une certaine réticence des députés de s’engager avec une candidate, c’est aussi le cas pour les grands électeurs. Je ne mets pas cette réticence sur le compte du sexisme politique, mais sur d’autres raisons. En tout cas, cette réticence a été notée et il faudra qu’on règle ce problème à l’avenir.

Passons à gauche. Pensez-vous que François Hollande se présentera aux présidentielles ?
Je ne suis pas spécialiste du Parti socialiste, mais j’ai l’impression qui si Emmanuel Macron est sorti du bois, c’est qu’il pense que François Hollande ne sera pas en lice. Qu’est-ce qui pourrait pousser M. Hollande à se présenter, en dehors du fait qu’il a sans doute envie de continuer à être Président de la République ? Avoir réussi? Peut-on dire aujourd’hui que les quatre ans et demi de présidence de M. Hollande soient un succès ? C’est un échec sur toute la ligne, y compris en matière de politique étrangère. Il pourrait briguer les suffrages une seconde fois s’il n’avait pas d’adversaire à gauche, mais ils sont pléthore. à l’heure qu’il est, je ne vois pas comment M. Hollande pourrait se représenter, mais il est possible que je me trompe et que la situation évolue dans un sens ou dans un autre.

Si d’aventure il se présentait aux présidentielles, il pourrait les remporter ?
Non. Je pense que nous allons vers un effondrement total des socialistes et que nous allons revenir, toutes proportions gardées, à la situation de 1993 : une gauche balayée avec seulement 50 députés et peut-être moins encore avec l’entrée des députés du Front National à l’assemblée. Non, j’ai l’impression que la gauche subira une très grave défaite aux prochaines élections.

La droite est-elle suffisamment forte pour triompher de l’extrême droite aux prochaines présidentielles ?
Je le pense. Mais je crois que l’élection la plus importante pour les Français sera la primaire de la droite. Je pense que le candidat qui sortira vainqueur de la primaire de la droite sera le prochain Président de la République française. Sauf grave incident qui permettra à Mme Le Pen de franchir le plafond de verre.

Vous allez vous retrouver en France dans la situation de 2002 où, au deuxième tour des présidentielles, la gauche a voté Chirac pour faire barrage à Jean-Marie Le Pen.
Mais aura-t-on besoin des voix de gauche pour battre Mme Le Pen en 2017 ? Je pense que la droite peut se suffire à elle-même avec tous les démocrates, tous les centristes, tous les déçus du socialisme et tous ceux qui ne veulent pas du Front national. Ce parti sera sans doute plus puissant qu’il ne l’était en 2002, mais il ne le sera pas suffisamment, à mon avis, pour remporter seul les élections.

Est-ce que les primaires de droite et de gauche et les guerres des candidats ne sont pas en train de faire le jeu du Front national ?
Sans doute. C’est vrai que Mme Le Pen a adopté une attitude très particulière depuis quelque temps. Aujourd’hui, elle ne communique plus sur les événements alors qu’autrefois elle était la première à le faire. C’est silence dans les rangs en espérant que la détérioration de la situation politique internationale sécuritaire sera telle que cela va lui permettre de monter dans l’opinion.

François Hollande ne pourrait-il pas remonter dans les sondages avec la multiplication des mesures sécuritaires que prend son gouvernement ?
Quelles sont les mesures qu’il a prises à part de commémorer et de célébrer ? M. Hollande est aujourd’hui le grand commémorant et je ne suis pas sûr que cela suffise à rassurer les Français. Sa cote dans les sondages est tellement basse que je ne vois pas quel événement pourrait le faire remonter.

Donc, pour vous les choses sont claires : la droite va remporter les élections. Quel est votre préféré sur les huit candidats qui se présentent ?
Nicolas Sarkozy.

Vous avez changé d’opinion sur lui ? Vous n’étiez pas très tendre à son égard l’année dernière !
Je vais vous dire : j’ai l’impression que, cette fois, il a cette envie de renverser la table et j’espère qu’il la renversera au lieu de faire comme en 2007.

J’ai l’impression que vous ne croyez pas totalement en lui.
Je suis devenu très sceptique. Je ne crois plus en beaucoup de choses, sauf en Dieu — et encore cela dépend des jours — et en la sagesse des hommes. Je crois que, compte tenu de la détérioration économique et sociale de la France, qui vient de passer une année noire avec les attentats, les grèves et les casseurs, chacun est persuadé à droite qu’il faut faire une sorte de révolution. J’espère que nous allons la faire.

Expliquez-moi l’affaire du burkini. Les maires français qui demandent aux musulmanes de se découvrir sur les plages ne sont-ils pas en train de faire la même chose que les mollahs qui les forcent à se voiler ?
Il ne faut pas se tromper : sommes-nous en présence d’un simple mode vestimentaire ou en présence d’une provocation liée à un islam politique ? Je crois qu’il existe un islam politique qui a pour objectif de prendre le pouvoir en Occident. Il a des succursales en France qui font de la provocation et cette affaire du burkini peut en faire partie. Cette affaire a pris une importance considérable parce que la France qui vit un malaise, est en crise.

Est-ce que vous aviez vu venir le Brexit ?
Non. Je n’aurais jamais pensé que la déraison s’emparerait des Britanniques, mais plutôt qu’une forme de sagesse les amènerait à garder le statu quo. Ça n’a pas été le cas et il faut se demander pourquoi. Quand on fait le bilan, on se rend compte que l’Europe a complètement échoué et que l’Union européenne est devenue une énorme machine, sans aucune légitimité, où quelques fonctionnaires assoiffés de pouvoir prennent des décisions sans concertation au nom des différents peuples. Le rejet du système de Bruxelles est unanime et si nous avions des référendums dans les 27 pays de l’Union, il y aurait des surprises, y compris en France et il ne resterait peut-être dans l’Union européenne que les Belges et les Allemands. Si on ne fait pas une révolution au sein des institutions européennes, les choses iront de mal en pis. En France, il faut une forte personnalité pour entamer cette révolution et je ne vois qu’une personne qui puisse le faire : Nicolas Sarkozy.

On dirait que, pour vous, toutes les raisons sont bonnes pour voter Sarkozy. Faut-il réformer l’Union européenne ou la refaire sur d’autres bases ?
Je ne suis pas spécialiste de cette question, mais j’ai le regret de l’Europe des Six, car pour moi l’Europe des vingt-six ne veut rien dire. L’Europe, telle qu’elle est aujourd’hui, doit être considérée comme un échec. Il ne faut pas continuer à entretenir un échec, il faut en sortir.

Terminons ce tour d’horizon en revenant à Maurice. Des Français vivant ici se sont plaints, comme des Mauriciens d’ailleurs, du non-remboursement de leurs dépôts après la fermeture des plans de pension de la BAI par le gouvernement mauricien. Est-ce que vous le savez ?
J’ai reçu des lettres et des coups de téléphone d’un certain nombre de Français par rapport à la fermeture de la BAI et j’ai abordé le sujet avec le Premier ministre avec qui j’avais rendez-vous mercredi dernier. Disons que je n’avais aucun titre pour m’immiscer dans les affaires intérieures d’un état souverain. Il appartiendra aux autorités diplomatiques françaises à Maurice de faire en sorte que des contacts puissent être établis entre les débiteurs et les créanciers. Ce n’est pas au député que je suis de s’immiscer dans une affaire intérieure mauricienne.

Affaire intérieure mauricienne ? Je vous rappelle, à toutes fins utiles, que M. Dawood Rawat a la nationalité française.
Certes, certes. Mais c’est un sujet qui ne relève pas de ma compétence du député des Français de l’étranger. Il y a des sujets beaucoup plus importants. J’ai eu l’occasion d’aborder avec le Premier ministre mauricien du sort réservé aux Mauriciens qui reviennent de la Syrie. J’ai pu constater que la réaction du gouvernement mauricien, respectueux de l’etat de droit, n’est pas la même que celle du gouvernement français dans ce domaine-là. J’ai remis au Premier ministre un document concernant le traitement des éventuels candidats au djihadisme en espérant qu’il sera de nature à inspirer les autorités de votre pays.

Résumons vos propos: pour vous, la messe politique est dite en France: la droite va remporter les élections et Nicolas Sarkozy sera le prochain président de la France ?
Nous verrons, lors de ma prochaine visite à Maurice, l’an prochain, si je me suis trompé dans mon analyse.