ALEXANDRA HENRION CAUDE, GÉNÉTICIENNE : « La normalité n'existe pas en génétique »

La généticienne Alexandra Henrion Caude a choisi Maurice pour installer une nouvelle plate-forme de recherche qui se penchera sur les solutions simples pour la santé en créant un pont entre savoirs ancestraux et recherche scientifique. À l'origine de nombreuses découvertes qui font évoluer la médecine des enfants malades, Alexandra Caude est aussi une femme engagée dans un combat pour l'éthique qu'elle a concrétisé par la création du mouvement Science en conscience auquel se sont associées des centaines de confrères, consœurs et de médecins. Les récentes révélations de la génétique sur l'évolution du vivant, qu'elle a présentées en conférence jeudi dernier à l'IFM, permettent de comprendre qu'un long chemin a été parcouru depuis la théorie de l'évolution de Darwin.

De la génétique, le public ne perçoit en général que son application policière avec les identifications par l'ADN et quelques applications médicales. Pourriez-vous nous en proposer une définition ?
Finalement, la génétique est l'étude de ce qui est transmis à chaque individu de ses parents, de ses grands-parents (etc), de ce que nous allons transmettre à nos enfants, et des possibles mutations qui vont survenir au cours de notre vie. De génération en génération, on transmet en quelque sorte un « disque dur », le programme d'informations qui vous permet d'être ce que vous êtes, détermine votre morphologie, votre développement, votre physiologie, etc. , mais il le fera aussi en interaction avec tout ce qui vous entoure…
Dès le tout départ de ce que vous êtes, dès la première cellule, figure votre propre identité génétique, qui vous rend distinct de la totalité des êtres humains, qui n'a jamais existé et qui n'existera pas après vous sur cette terre, ce qui est peu banal dans le domaine scientifique. Le support de cette transmission est cette molécule appelée ADN, qui porte tous nos gènes.
Il est assez sensationnel d'imaginer que vous avez à chaque fois une fusion unique de ce que vous ont transmis votre père et votre mère, et que personne n'est capable de prédire ce que va être la génération suivante… Ce dernier point est fondamental car toute projection dans ce domaine revient à faire de l'eugénisme, c’est-à-dire faire un tri des humains que l'on souhaite voir sur terre, un risque tout le temps encouru dans ce domaine de recherche.

Donc, si l'environnement d'une personne influence son programme génétique, cela signifie que son ADN va évoluer et qu’elle n'aura plus le même à la fin de sa vie ?
Non Dieu merci, il évolue ! Il subit des remaniements et des mutations qui peuvent d'ailleurs parfois faire le cancer. Cette évolution de l'ADN est soumise aux mêmes pressions que la personne, notamment celles du temps et du vieillissement. Ce matériel qui permet la génétique, ce « disque dur » subit une érosion, perd des informations, et peut connaître des espèces de petits bugs ou des mutations. Des drogues, des rayonnements (les UV du soleil par exemple), les radiations des essais nucléaires ou celles des radiographies, des déséquilibres en alimentation, les pesticides, le stress aussi : toutes ces charges, toutes ces informations vont avoir des répercussions sur le matériel génétique d'une personne.

On a l'impression que la génétique a complètement bouleversé notre façon de percevoir le vivant mais dans les faits, quel a été son apport aux sciences en général ?
La génétique a effectivement apporté une révolution dans notre compréhension du vivant, voilà pourquoi il ne faut pas restreindre son apport au niveau médical. Cette fameuse cassette ADN a tout d'abord révolutionné notre façon de classer les espèces du règne animal et végétal, avec la phylogénétique. L'ADN permet de dire de quelle espèce on fait partie.
En archéologie, forcément, lorsqu'on retrouve un crâne sur un site, on va étudier son ADN pour au final dessiner une carte des différents mouvements migratoires qui ont fait l'histoire de l'humanité. Ainsi on apprend qu'il a existé des contacts entre différentes espèces humaines qui n'avaient pas été soupçonnés jusqu'alors, parce qu'on aime mettre chaque chose dans une boîte. Or les transferts ne se font pas que verticalement dans ma lignée mais également horizontalement avec toutes les espèces qui m'entourent.  
Ça a révolutionné avec les mêmes techniques d'investigation, notre connaissance historique, qu'elle soit proche ou lointaine, parce que l'ADN permet de confondre le maître chanteur qui a laissé son ADN en léchant le timbre de la lettre qu'il a envoyée, le violeur qui a laissé un cheveu sur le lieu du crime. On laisse des traces de notre ADN absolument partout. Enfin, cela veut dire qu'à travers un test génétique, on peut acquérir une information sur la survenue de telle ou telle maladie quand elle est héritée de nos parents, et donc l'identification des cibles de médicaments à développer.

Pourrions-nous justement nous pencher maintenant sur ses applications médicales qui concernent vos domaines de recherche ?
Je suis une grande révoltée, je considère qu'il existe trois secteurs, sur lesquels je me battrai jusqu'à la fin de mes jours : l'alimentation pour que tout le monde ait de quoi se sustenter pour vivre, la santé avec une égalité de soins minimale assurée, et l'éducation pour que chacun ait un bagage intellectuel minimal pour pouvoir avancer dans sa communication avec le reste de la société. Ces trois points sont indiscutables pour moi.
En ce qui concerne la santé, je souhaite passer les années qui me restent à trouver des passerelles qui permettent d'avoir un continuum entre le passé, le présent voire le futur, notamment en valorisant les connaissances ancestrales sur le plan scientifique pour pouvoir garantir leur transmission. Une autre passerelle consiste à faire en sorte que ces soins permettent une égalité de connaissances et de soins entre les riches et les pauvres. Et la dernière passerelle porte un regard sur la santé qui concerne toutes les espèces et pas seulement l'espèce humaine, car il ne sert à rien de vous soigner, si je ne m'intéresse pas aussi par exemple au moustique porteur du virus Zika. Concrètement il existe un lien direct entre la santé et ce moustique qui a priori ne vous intéresse pas, mais pourtant qui vous concerne très directement. Le principe est le même pour les plantes évidemment.

Gène de l'homosexualité, gène du violeur, etc : on lit des choses parfois bizarres dans la presse. N'y a-t-il pas une surenchère qui voudrait tout expliquer par la génétique ?
Oui, c'est le risque du tout génétique, qui n’a, évidemment, strictement aucun sens, puisqu'il fait fi de tout l'environnement, qu'il raisonne comme si nous étions des êtres indépendants de toute bactérie, de tout virus, de toute plante, ou tout animal qui nous entourent. Heureusement l'éducation qui fait partie de l'environnement, ce que vous mangez, le climat dans lequel vous évoluez, tout cela a un impact sur ce que vous êtes en interaction avec votre patrimoine génétique. Ces excès ont existé de parler du gène du violeur, du gène de l'homosexuel… de l'infidélité et même de la foi religieuse, en la matière on a été très loin.

Dans vos publications, vous avez dénoncé le danger de modifier des embryons humains…
Depuis la Saint-Valentin 2017, une autorisation a été donnée par l'Académie des sciences américaine qui pourrait permettre l'existence d'humains génétiquement modifiés (HGM) résultant de modifications d'embryons humains… On en est arrivé là sous prétexte de soigner bien sûr, mais sous prétexte de soigner, je peux aussi dire que je vais tuer le frère ou la sœur de mon enfant malade, pour pouvoir le guérir avec leurs organes ! Soigner ne peut être une excuse qui nous prive de toute limite éthique à fixer dans nos recherches. Alors même que l'Académie des sciences américaine émet pour la première fois des avis contrastés sur les OGM, ils autorisent les humains génétiquement modifiés.
L'absence de toute prudence amène de l'expérimentation pure et dure sans finalité définie. On ne pose plus des hypothèses, on ne pose plus des principes de précaution, mais puisque la technique existe, on va l'utiliser et advienne que pourra ! La technique est devenue centrale à la démarche scientifique, à tort, puisqu'elle en vient à définir mon champ d'expérimentation. La démarche scientifique est inverse normalement : j'avais en premier lieu un champ d'expérimentation, dans lequel je m'autorisais à utiliser telle ou telle technique. Dans mon laboratoire où je me sens fort bien, car l'Institut des maladies génétiques à Necker est un centre reconnu mondialement où il se passe des choses passionnantes, j'ai néanmoins réalisé qu'à un moment j'étais en train de jouer le jeu de ce que je dénonce. En effet, lorsque je vais identifier le gène d'une maladie comme ça m'est arrivé dans le passé, au lieu qu'il soit utilisé pour soigner cette maladie, il pourra l'être pour faire le diagnostic avant la naissance, et permettre de supprimer l'enfant à naître.
C'est un problème éthique car je considère qu'il n'existe pas d'être humain normal. Vous avez l'air tout à fait normale mais vous êtes bourrée de mutations tout à fait comme moi. Nous sommes des malades en sursis, de maladies très graves d'ailleurs, c'est effrayant mais ça ne nous empêche pas de vivre. Imaginons que j'ai une jambe en moins, est-ce que ça fait de moi un être moins humain ? Bien sûr que non ! Je me révolte quand on donne l'impression qu'il y aurait des êtres humains normaux et d'autres anormaux. La normalité n'existe pas en génétique. Il y a des gènes avec des variations pour tous les individus, et ça, c'est magnifique. N'est-il pas rassurant de voir comme vous et moi sommes différentes physiologiquement et même du point de vue du comportement ? Cela témoigne des variations entre nos génomes.

Quelles sont les maladies liées à la génétique ?
Le premier gros groupe de maladies est purement héréditaire. Monsieur est porteur d’une mutation, Madame aussi. Pas de chance, ils ont transmis chez un de leurs enfants les deux copies de la mutation et du coup, l’enfant a développé une maladie. Ce sont les maladies génétiques transmissibles. Le deuxième groupe revient à hériter d’un terrain, ce qui est beaucoup plus complexe et suppose tout un habillage génétique. Cela comprend le diabète, le cancer, la plupart des maladies qu’on dit chroniques. En vérité il existe un troisième groupe, les maladies infectieuses, sur lesquelles on peut génétiquement avoir un pouvoir. Elles viennent de l’environnement avec par exemple un virus, une grippe, et il existe des possibilités d’action sur l’ADN du virus. Les virus ont un ADN bien qu’ils ne soient pas vivants, ne se reproduisent pas et ne meurent jamais.

Dans leurs applications médicales, qu'ont permis vos propres découvertes ?
J'ai un parcours très inhabituel, car j'ai eu la chance d'aborder des thématiques bien différentes qui m'ont permis de faire des découvertes intéressantes et pour un scientifique, très variées, essentiellement appliquées aux maladies des enfants. D'habitude, on part de l'organe pour l'étudier à fond. Mais quand j'étudie le poumon à fond, et trouve des médicaments remarquables pour cet organe, je vais par ailleurs déglinguer votre foie, ou votre cerveau parce que c'est neurotoxique, mais ça, je ne l'ai pas étudié… Cette réalité provoque la crise actuelle des laboratoires pharmaceutiques qui ont mis sur le marché des médicaments qui déréglaient terriblement par ailleurs, qu'ils ont retirés, mais qu'ils remettent sur le marché pour d'autres indications.
Mon approche a consisté à raisonner plutôt par la molécule, une molécule qui est bien ou pas bien, et que j'ai partout, dans mes poumons et mon cerveau, mon foie et mes reins. Si je m'intéresse à elle, je vais faire en sorte qu'elle aille bien partout où elle se trouve. Cette approche m'a amenée à faire des découvertes dans des domaines qui d'habitude chez les scientifiques, ne sont pas du tout liées, des maladies du foie ou des neurodégénérescences par exemple.

Cette démarche permet-elle d'éviter les effets secondaires ?
Elle cherche à les éviter. Comprenez que ma préoccupation consiste à mener une recherche durable, éthique, efficace et peu coûteuse. Ça peut sembler banal, sauf qu'aucun scientifique ne déclare cela. En fait, c'est terriblement ambitieux. Quand mon petit garçon m’a demandé si j’avais peur d’échouer en venant à Maurice, la réponse est que je serai allée jusqu’au bout de mon rêve et de mes convictions. Je ne peux pas échouer car en allant au bout de ces convictions, je ferai forcément des découvertes en chemin… Donc j’ai même pas peur comme disent les enfants.

Pourriez-vous illustrer pour nous le lien entre connaissances ancestrales et recherche en génétique, par des connaissances dont on a pu ensuite démontrer scientifiquement le bien-fondé ?
Si je suis un petit Martien et que je ne regarde que les cellules humaines qui vous composent, je vais dire qu’un humain c’est du sang, car il est fait de 88% de sang. Or c’est beaucoup plus compliqué que ça, le sang ne définit pas notre conscience et ne fait pas de nous un homme. Donc le petit Martien revient et s’aperçoit que l'homme est fait de 80 à 90% de bactéries et de 10% de cellules humaines : il travaille donc sur un ensemble de bactéries multiples, et pas sur un humain. Cette redéfinition montre à quel point génétiquement, lorsque je prends une plante qui agit sur l’une des bactéries qui vous composent, et qui vous donne une maladie, je n’ai pas forcément besoin de m’attaquer à la cellule humaine… En cela la génétique fait le pont entre toutes les espèces, pour soigner l’homme néanmoins. C'est très novateur comme approche.
L’exemple que je prends toujours et à plus forte raison comme on est sur une île, a été découvert il y a fort longtemps par des navigateurs qui partaient sur leurs bateaux au long cours, n'avaient plus d'apport en vitamines suffisant et développaient le scorbut. Un marchand a observé que lorsqu'il y avait des cageots de citrons et d'oranges sur le bateau, ceux atteints de scorbut guérissaient et que ça avait une action préventive. On a désormais mis des cageots d'agrumes sur les navires, mais comme cette connaissance n'a pas été attestée par une confirmation scientifique, au bout d'un certain temps, ça assommait tout le monde de charger les bateaux de ces fruits dont il fallait gérer les stocks. À un moment, on ne savait plus pourquoi on le faisait, et on a arrêté. S'il n'y a pas de connaissance, l'observation qui va avec cette pratique disparaît.

Pour vous, quels seuils éthiques ont été dangereusement franchis ?
À partir du moment où j'apprends un petit peu des gènes, je me permets de laisser croire pour financer mes recherches, que je peux tout prédire par les gènes, et à ce moment-là, je rentre dans cette escalade, où je vais par exemple faire des tas d'expériences sur des petits embryons humains, et je vais dire aux gens qu'il faut qu'ils se clonent pour avoir près de chez eux des organes à disposition ! À ce moment-là non seulement on est en train d'instrumentaliser l'être humain mais aussi de le consommer. Il devient un bien de consommation, qui s'est formé dans le corps d'une mère porteuse, et que je programme génétiquement, pour qu'il ait la couleur de mes yeux, parce que j'aime mes yeux… On place l'être humain au rang des biens de consommation.

Justement, vous avez créé le mouvement Science en conscience pour alerter sur ces pratiques inquiétantes, ainsi que Soigner (l')humain…
Je construis le pont entre passé et futur, le pont entre riches et pauvres, et le pont entre les espèces pour la santé humaine. Quand je me suis aperçue qu'on était en train d'instrumentaliser la vie humaine, j'ai contacté des scientifiques et des médecins, et je leur ai demandé s'ils n'y voyaient pas un problème éthique. J'ai alors récupéré plusieurs centaines de signatures d'illustres collègues dont des académiciens, qui ont dit qu'effectivement, indépendamment de toute croyance religieuse, ils considéraient qu'il y avait un problème éthique à utiliser l'embryon humain pour l'expérimentation de techniques ou de médicaments. J'ai alors lancé le mouvement Science en conscience, qui fait évidemment référence à la citation de Rabelais qui dit « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme ».
Par ailleurs, avec la fréquentation hospitalière qui augmente, le parcours du soin qui devient de plus en plus éclaté — c’est-à-dire qu'on vous dit d'aller d'abord faire la radio, puis d'aller dans tel ou tel service puis tel ou tel autre service, etc, à tel point qu'à la fin, vous allez peut-être être soigné par quelqu'un qui possiblement aura la radio que vous aviez faite au départ — tout cela mène au fait qu'on n'a plus de vision intégrée de l'être humain, ça coûte de plus en plus cher et on a une possibilité de perdre la raison de la venue du patient au départ !
Comme nous considérons que nous devons soigner le pauvre aussi bien que le riche, le migrant aussi bien que celui qui habite sur place depuis longtemps, on se retrouve face à un véritable problème. Nous avons lancé Soigner (l')humain, en considérant qu'une économie pour les états qui veulent être efficaces dans leur gestion de la santé, consiste à prendre le temps de soigner humainement, parce qu'à ce moment-là, on pose un diagnostic plus complet et plus vrai, et on apporte des solutions qui font que le patient n'est pas obligé de revenir trois jours après, comme on le voit actuellement à Maurice et en France, parce qu'en fait il n'a pas eu le soin qu'il recherchait. Ça a un coût pour la société et qui repose sur le citoyen !


Le choix de Maurice
La découverte dont Alexandra Henrion Caude est la plus fière relève de la recherche fondamentale, et concerne la communication entre les différentes parties de la cellule. Des collègues lui ont dit que cette découverte devrait désormais être intégrée dans les manuels de biologie, c'est dire son importance. Notre information génétique est stockée dans deux endroits de la cellule : dans le noyau ou siège central et dans de petites entités très nombreuses que l'on peut comparer à des centrales nucléaires car elles fournissent l'énergie, contrôlent le métabolisme ainsi que l'information qui programme la longévité… La chercheuse a postulé l'hypothèse qu'il y aurait communication génétique via des petites molécules entre le noyau et les "centrales nucléaires". Il est en effet essentiel qu'ils communiquent parce qu'évidemment les centrales nucléaires ont la capacité, si elles se déversent, de vous tuer sur-le-champ. Il faut les contrôler comme le feu.
En 1997, notre interlocutrice a découvert le gène de l'hémochromatose, cette maladie où le patient fixe trop de fer dans le sang. Par d'autres travaux, elle a travaillé ensuite sur la formation de la mémoire à long terme, précisément sur ce qui permet au niveau moléculaire de stocker une information. En 2002, elle mettait au jour les gènes modificateurs de la mucoviscidose et c'est en 2008, qu'elle a démontré l'importance des microARNs pour soigner les maladies, dont elle a parlé lors de sa conférence et sur lesquelles nous reviendrons prochainement. Les travaux d'Alexandra Henrion Caude ont aussi permis d'identifier le gène de l'anorexie du nourrisson, une maladie héréditaire de la Réunion… La liste est encore longue, elle a fait la plupart de ces découvertes en tant que directrice de recherche à l'INSERM, au laboratoire des maladies génétiques de l'Hôpital Necker pour les enfants. En 2013, en tant que lauréate du Eisenhower fellowship, elle a pu voir les futures orientations des laboratoires de robotique, de neuro-ingénierie et de biologie synthétique. « Mais il m'est alors apparu, nous confie-t-elle, que des notions élémentaires de connaissances acquises au cours des siècles passés n'étaient non seulement pas valorisées, pas exploitées sur le plan scientifique, mais aussi en menace de disparition parce que la transmission ne s'en fait plus. » La recherche ne s'est pas penchée sur toute cette connaissance véhiculée par les recettes de grands-mères, les pratiques paysannes (etc), et des pans entiers de ces savoirs se perdent. En 2016, ses réflexions sur le coût de l’innovation et la durabilité d’un accès par tous à la santé l'amènent à Maurice pour y rencontrer la Présidente de la République et participer au Women’s Forum for the Economy and the Society, sur le défi que pose le changement climatique en matière de santé. À partir de ce moment, elle a réfléchi au développement d'une nouvelle plateforme de recherche à Maurice, alliant le public et le privé, pour trouver des solutions simples de santé, qu'elle nomme Simplissima.