Coûteuse pour les contribuables, l’élection partielle annoncée au N° 18 (Belle-Rose/Quatre-Bornes) donnerait cependant « un avant-goût des alternatives offertes pour 2020 », estime Alexandre Barbes-Pougnet, président du Ralliement Citoyen pour la Patrie (RCP), qui briguera les suffrages dans cette circonscription. Dans une interview accordée au Mauricien, ce jeune juriste « engagé depuis toujours », et qui s’est joint à un parti depuis 2015, soutient que des élections générales anticipées déboucheraient sur « un vote précipité pour les anciennes formations ».
Vous vous lancez pour la première fois dans l’arène politique dans le cadre de la prochaine élection partielle au N° 18. Quelles sont vos motivations ?
Je suis avant tout un citoyen, et un citoyen qui en a marre. Ma motivation première est celle de faire réagir ceux qui, comme moi, souhaitent changer les choses. Il y a ceux qui souhaitent le changement en attendant qu’une alternative sérieuse et viable se présente à eux, et ceux qui souhaitent le changement en se lançant soit sincèrement, soit par opportunisme.
À quoi l’électorat doit-il s’attendre ?
Il pourra s’attendre à un affrontement entre ceux qui vendent une alternative, tels des idées, des projets, et ceux qui vendent du rêve.
Que pensez-vous pouvoir apporter à la démocratie parlementaire et au peuple à la suite d’une éventuelle victoire ?
Le député a pour première mission de voter les lois et, pour seconde mission, de proposer des solutions dans l’hémicycle dans le but d’améliorer la vie de ses mandants. Cette deuxième mission semble ne jamais être assurée par nos députés. Il s’agit d’une démocratie semi-directe ; l’expression de la volonté générale par l’intermédiaire de ses représentants. À la différence d’un maire, le député ne dispose pas d’un budget lui permettant d’imposer la réparation d’un trottoir, l’installation de bancs, etc. Moi député, j’incarnerai une réelle force de proposition et montrerai l’exemple en élevant le débat parlementaire. Optimiser le temps de débat pour se pencher sur les vraies questions, telle est mon intention.
La particularité de votre parti, c’est qu’il n’y a pas de leader. Arrivez-vous à vous entendre et à faire des consensus ?
Nous avons un président, élu démocratiquement par les instances du parti sur une base annuelle. Sa mission consiste en la coordination du travail entre les différentes équipes. Nous en avons 15, avec 15 chefs d’équipes et des subordonnés. Chaque chef d’équipe étant un professionnel de son domaine, une confiance permanente règne au sein des différentes équipes. Peu importe votre échelon dans la hiérarchie du parti, toutes les voix se font entendre et sont respectées.
Êtes-vous présents dans toutes les circonscriptions du pays ?
Nous le serons. Toutefois, nous sommes bien sûr parfaitement informés de l’intégralité des problématiques se posant dans chaque circonscription et avons travaillé notre programme en ce sens.
Quelles sont les problématiques majeures ou particulières qui se posent ?
Les questions classiques de drogue, de sécurité publique, de culture, d’éducation, d’accompagnement des nécessiteux, d’urbanisme, d’environnement, d’emploi. Toutes les questions affectant le bien-être des citoyens en général.
Sur le terrain, avez-vous des réunions avec des habitants de manière régulière ?
Pas encore. Nous préparons pour l’instant notre stratégie de terrain et peaufinons notre discours. L’idée étant de présenter de façon simple et synthétique notre programme aux habitants de la circonscription le moment venu.
Qui sont ceux que vous touchez dans vos réunions ?
L’intégralité des citoyens, sans distinction.
Quelles sont les grandes lignes de votre politique ?
Réussir le redressement national sur le plan économique, institutionnel, sécuritaire, culturel, moral, écologique… entre autres en mettant en oeuvre notre programme politique, qui sera dévoilé à la veille des élections générales.
En quoi diffèrent-elles de celles des gros partis traditionnels ?
En tout. Nous sommes un parti de citoyens, pour les citoyens. Nous avons opté pour la compétence en triant sur le volet les membres qui seraient invités à composer notre programme. Pas de privilégiés, pas de copinage. L’idée est de proposer un plan de secours à long terme.
Pouvez-vous nous en dire plus ?
Il s’agit de l’intégralité de la politique générale que nous mettrons en oeuvre pour notamment restaurer nos institutions, relancer notre économie en développant de nouveaux secteurs, en accentuant la formation des Mauriciens et en encourageant l’entrepreneuriat. Nous devons créer nos propres richesses et faire de l’île Maurice une destination incontournable. Cela nous permettra de réduire les emprunts et, par extension, la dette publique à long terme.
Quid des court et moyen termes ?
Il s’agit de la politique au jour le jour qui sera décidée en fonction de la conjoncture économique au moment venu.
On a vu de nombreux nouveaux partis se faire rabattre lors des élections. Qu’est-ce qui vous pousse à aller de l’avant ?
On ne se fonde pas un futur en bâtissant sur du sable. Le RCP a choisi de prendre son temps et de préparer ses fondations, qui sont aujourd’hui de solides valeurs que nous défendons, un programme que nous avons mis cinq ans à concevoir, des membres qui sont compétents, engagés et qui ont de l’amour pour leur patrie. Nous avançons avec patience et volonté.
Avez-vous eu l’occasion de mesurer votre force sur le terrain ?
Il y a eu une apparition en 2014 pour la forme. La partielle sera notre première vraie opportunité.
Un mot sur le système électoral actuel.
Il doit être aboli. Cet avis est quasi unanime. Mais entre devoir et vouloir, il y a une différence. Toutefois, si le peuple choisit de prendre son destin en main en donnant sa chance à une nouvelle formation, même le Best Loser System ne pourra empêcher cette victoire.
Dans une interview de presse, vous parliez de Maurice comme « une démocratie de façade ». Pouvez-vous préciser ces propos ?
L’intégralité de nos institutions gravite autour du Premier ministre : parlement, président, télévision nationale, institutions de contrôle, etc. Le président étant nommé par le Premier ministre, il ne peut donc assurer son rôle d’arbitre constitutionnel. Les membres des organismes de contrôle économique et financier sont aussi nommés par le Premier ministre. Ce dernier est Leader of the House et fixe l’agenda, de quoi va-t-on parler et quand. Il décide de la date des élections. Quid des autres élus du peuple ? Aucun contre-pouvoir ne permet aujourd’hui d’assurer le jeu démocratique. Nous avons prévu de remédier à cela en proposant une réforme constitutionnelle très importante. Le RCP dispose de trois constitutionnalistes travaillant sur cette réforme.
Vous parlez aussi de « nouvelle Constitution » de Maurice…
D’une Constitution mauricienne qui ne distingue plus selon les ethnies, qui redéfinisse l’intégralité des droits et devoirs du citoyen, qui instaure une réelle démocratie avec une redéfinition de la séparation des pouvoirs, la création de contre-pouvoirs afin de supprimer la surpuissance du chef de l’exécutif, soit le Premier ministre, qui reconnaît un statut particulier à tout être vivant, et se consacre à la protection de l’environnement.
Qu’est-ce qui ne va pas avec celle qui nous régit ?
Tout. Il s’agit d’une Constitution rédigée par Alexander De Smith, un Anglais. L’Angleterre n’est pas de tradition constitutionnaliste mais coutumière. Cette Constitution est issue d’une négociation visant à favoriser et satisfaire les souhaits de ceux ayant négocié l’indépendance du pays. Elle est à l’origine de notre démocratie de façade et de la division existant entre les différentes composantes de notre nation. Il est grand temps de nous doter d’une réelle Constitution mauricienne, consacrant la culture et les valeurs mauriciennes, reconnaissant le kreol comme langue officielle, en plus du français et de l’anglais.
Votre avis sur le projet métro express qui, officiellement, est la raison qui a motivé Roshi Bhadain à démissionner de son poste de député au parlement.
Nous n’en avons pas besoin. Il existe des alternatives au métro express. J’écrirai un article afin d’en donner les raisons et faire quelques propositions très prochainement.
Que pensez-vous de cette démission de Roshi Bhadain, qui provoque aujourd’hui des élections partielles ?
Une décision coûteuse pour les contribuables et une erreur stratégique. Le côté positif est que cela permet de donner un avant-goût des alternatives offertes pour 2020.
Pourquoi parlez-vous d’erreur stratégique de la part de Roshi Bhadain ?
Je pense d’une part que M. Bhadain espérait pouvoir compter sur la solidarité des autres membres de l’opposition. Toutefois, la pratique nous démontre qu’il s’agit d’une grosse erreur. D’autre part, l’argument du métro express ne tient pas la route. Le député pourra contester, il pourra informer ses mandants, il pourra tenter d’apporter des alternatives en cas de désaccord. Mais il n’aura en aucun cas le pouvoir de faire arrêter un projet décidé par le gouvernement… Du moins pas dans le système tel qu’il est conçu actuellement. Il aurait dû maintenir son mandat, informer ses mandants et contester le projet en apportant des alternatives.
Pensez-vous qu’il aurait été préférable d’aller directement aux élections législatives générales, comme le souhaitent certains partis de l’opposition ?
Non. Car cela déboucherait sur un vote précipité pour les anciennes formations. Cette élection offre la possibilité aux citoyens de découvrir une palette de jeunes partis, sérieux, et ayant un réel projet de société pour notre pays, pour notre nation. Mais les citoyens plutôt conservateurs et hésitants requièrent un temps d’adaptation à cette idée. 2020 permettra cette démarche.
Qu’est-ce qui vous a poussé à faire de la politique ?
J’appartenais au milieu associatif. Les bonnes causes sont encouragées dès lors qu’elles ne dérangent pas les lobbies ou les intérêts personnels des politiciens. Je me suis simplement dit que la seule façon de changer cela était de prendre les rennes, et ce, accompagné d’une équipe compétente, afin de redéfinir les règles et de nous assurer que les abus appartiendraient bientôt au passé.