ANBA SOOPRAMANIEN : Nous viendrons avec une équipe pluridisciplinaire pour la rééducation en neurologie

Le Professeur Anba Soopramanien était l’invité de la Chinmaya Mission de Beau-Bassin, la semaine dernière, à parler sur les troubles neurologiques. Il a fait un exposé sur l’action qu’il se propose de mener à Maurice dans le domaine de la rééducation neurologique et viendra avec une équipe pluridisciplinaire très prochainement. La démarche de ce Mauricien qui vit à l’étranger concerne la prise en charge des personnes atteintes de paralysie survenue après une blessure médullaire, un traumatisme crânien ou d’un accident vasculaire cérébral. L’assistance comprenait des membres du public, des patients affectés par ces problèmes ainsi que des professionnels de santé.

Quel est le but de votre visite à Maurice ?
Le but de ma visite à Maurice est double. Je suis venu en premier lieu pour proposer des solutions à améliorer le quotidien de ceux qui souffrent de paralysies d’origine neurologiques, et deuxièmement pour mes vacances. Ma visite a pour but d’offrir des solutions aux problèmes que j’ai identifiés sur la rééducation neurologique à travers mes contacts à Maurice. Lorsqu’une personne est blessée médullaire ou a subi un traumatisme crânien, nous constatons une prise en charge correcte au stade aigu. Toutefois, après le stade aigu et quand cette personne retourne chez elle, cette prise en charge n’est plus la même. C’est pour cette raison que j’ai décidé de venir prochainement avec une équipe pluridisciplinaire pour la rééducation en neurologie. On a vu des patients à domicile et à l’hôpital, et nous avons constaté qu’il y a un énorme problème au niveau de la prise en charge des séquelles de la paralysie : troubles de la vessie, des selles, moteurs ou de sensibilité et escarres.

Quelles sont les lacunes que vous avez notées à Maurice qui empêcheraient les personnes handicapées de vivre normalement ?
En premier lieu, la prise en charge médicale des séquelles de la paralysie. Deuxièmement, l’attitude des gens. Si certains ont de la bonne volonté, il est malheureux de constater que nous prenons les handicapés pour des personnes d’une catégorie inférieure. Tout commence au niveau de la maison. Il faut enlever les obstacles qui empêchent la mobilité des handicapés. Les trottoirs devront aussi être revus pour que ceux qui se déplacent en fauteuil roulant n’aient pas de difficultés de mouvements. Ce manque dans la prise de conscience est un réel problème.

Vous avez parlé des problèmes des fauteuils roulants offerts aux handicapés. Comment ces équipements, censés améliorer la vie des concernés, leur font-ils plus de peine ?
Les fauteuils roulants existants ne sont pas toujours appropriés pour les personnes qui souffrent des troubles neurologiques. Je crois que nous avons encore beaucoup à faire à ce sujet. Ces fauteuils roulants que nous voyons à Maurice sont dépourvus de coussin. Les barres pour soutenir les bras ne sont pas détachables et il est difficile de transférer les patients quand il y a lieu. Il est temps de frabriquer des fauteuils roulants à la configuration physique du pays. Je note aussi que certaines personnes ne savent pas comment s’occuper d’une personne handicapée.

Pensez-vous qu’il y a une sensibilisation de la population sur les troubles neurologiques ?
Il faut que les gens commencent à prendre conscience des troubles séquelles neurologiques. Je ne crois pas que ces personnes souffrantes cherchent de la pitié. Au contraire, il faut qu’on ait de la compassion pour elles. Nous ne devons pas considérer ces personnes comme des fardeaux, mais nous devons trouver des solutions pour elles. En plus, l’aménagement de l’espace à la maison — portes, accès à la salle de bain ou aux toilettes — et à travers le pays (bâtiments privés ou publics, trottoirs) ne favorise pas l’autonomie des handicapés. Je pense qu’à travers une campagne de sensibilisation, les gens ne s’écarteront pas des difficultés auxquelles font face les handicapés dans leur quotidien. Il y a toute une technique, une science pour venir en aide à ces personnes. Nous devons employer des petits tout comme des grands moyens pour sortir les handicapés de leur situation. En ce sens, je compte organiser une conférence d’une journée avec mes collègues sur la prise en charge des personnes handicapées.

Croyez-vous que nous avons assez de thérapeutes à Maurice pour nous occuper des handicapés ?
Nous n’avons pas beaucoup de thérapeutes, surtout dans la neurothérapie à Maurice. Il faut toujours que les physiothérapeutes travaillent en collaboration avec des ergothérapeutes, assistants sociaux et médecins au sein d’une équipe pluridisciplinaire.

Vous comptez ouvrir une institution à Maurice pour les handicapés. Pourriez-vous nous en dire davantage ?
Une organisation à but non lucratif (NERA-UK) est en voie de constitution en Grande-Bretagne avec une branche à Maurice qui s’appellera NERAM (Neuro-Rehabilitation Action Mauritius). L’action que l’association compte mener comprend l’amélioration de la prise en charge médicale, la prévention des accidents, des initiatives spécifiques pour améliorer l’espace et promouvoir une meilleure qualité de vie des personnes handicapées. Elle s’attellera en priorité à la formation des formateurs et organisera des conférences/ateliers de travail pour les spécialistes du secteur.