Dans quelques jours, l’ancienne vedette de l’athlétisme fêtera ses 60 ans. La sagesse qui fait philosopher ce grand solitaire lui donne toujours de bonnes raisons pour ne pas raccrocher. Sous sa crinière blonde, le lion ne ralentit ni son rythme ni sa passion, alors qu’il poursuit sa carrière d’entraîneur. Pédagogue dans le grand air, faiseur d’hommes et de champion, Karl Paul s’est fixé pour mission d’accompagner ses athlètes vers les sommets de la vie.
La dernière partie de la conversation est marquée par ce grand éclat de rire qui résonne avec autant d’ardeur que ses rugissements lors des séances d’entraînement. Qu’on se rassure : les générations d’athlètes qu’il a entraînées savent que ses colères sont rarement méchantes. Et que ses phrases souvent fleuries peuvent dévier vers la rigolade avant même qu’Usain Bolt n’ait passé la ligne d’arrivée. Dans le salon aux murs saumonés de sa coquette maison Longtill où il vit à Résidence La Cure, le grand Karl vogue à travers les souvenirs et les émotions.
Deux heures plus tôt, au début de l’interview, l’entraîneur s’était excusé. L’émotion l’avait submergé. Le souvenir des efforts de son père débardeur dans le port, sa vie d’enfant dans les faubourgs pauvres, l’eau qu’il fallait transporter dans les charrettes… toutes ces images lui avaient fait venir des larmes aux yeux. Il en a été de même quand il s’est rappelé les quelques moments durs qui ont marqué sa brillante et riche carrière. Malgré ce petit air détaché, il a tout vécu intensément et à fleur de peau : “L’image du grand dur que je donne me sert à cacher cette grande sensibilité que je porte en moi.” Pour cette deuxième interview/portrait de sa carrière, il a bien voulu laisser tomber un pan du voile.