« Les avantages de l’Integrated Reporting sont énormes », soutient Sanjeev Manrakhan, CEO d’Anglo African Ltd, entreprise primée aux récents PwC Corporate Reporting Awards et dont la prestation à ce concours a été particulièrement saluée. Selon lui, avec un tel système d’auditing, il est difficile, voire risqué, pour quiconque de justifier quelque pratique douteuse. Sanjeev Manrakhan estime, ainsi, qu’à Maurice les entreprises ne doivent pas attendre 2020, échéance arrêtée pour l’adoption universelle souhaitée de l’Integrated Reporting en vue de se mettre à la page.
Le CEO d’Anglo African estime, personnellement, que le succès de son entreprise aux récents PwC Corporate Reporting Awards s’explique, d’abord, par le fait que le rapport soumis à l’appréciation du jury du concours est particulièrement « lisible et compréhensible ». Il affirme que c’est le premier Integrated Report rédigé à Maurice selon les règles de l’International Integrated Reporting Council (IITC). « Ce qui explique notre succès est, sans doute aussi, le fait que n’étant ni parmi les regulated industries ni une société cotée en Bourse, Anglo African qui n’a aucune obligation en matière de Corporate Reporting a, quand même, publié un rapport », estime encore Sanjeev Manrakhan.
Pourquoi, alors, l’entreprise a tenu à se conformer à un exercice auquel elle n’était pas contrainte ? Le CEO d’Anglo African explique, à ce propos, que si le Corporate Reporting se destine avant tout, traditionnellement, aux actionnaires et aux régulateurs, dans le cas de sa société, ce sont les clients, les partenaires d’affaires, les salariés, les co-investisseurs, de même que les gouvernements des pays où Anglo African est implantée qui comptent, prioritairement. « Sur l’avis du président de notre conseil d’administration, nous avons opté pour le strict respect des règles de l’IIRC tout en intégrant des éléments du King Code III », souligne-t-il.
Sanjeev Manrakhan évoque les nouvelles exigences dans le domaine du Corporate Reporting dont, outre l’utilité déjà évoquée de rapports Readable and Understandable, la nécessité d’Integrated Thinking et de Forward Looking. Il cite l’exemple de la compagnie nationale d’aviation où il a été rapporté à des directeurs siégeant sur le conseil d’administration qu’ils n’auraient pas pour priorité l’intérêt de la compagnie nationale d’aviation. Le CEO d’Anglo African souligne que les règles de l’IIRC, de même que le King Code III, sont très clairs à ce sujet.
« Je parle en mon nom personnel et en celui de mon entreprise: les avantages de l’Integrated Reporting et du King Code III sont énormes, particulièrement, pour les Global SMEs », soutient Sanjeev Manrakhan qui cite un haut cadre d’une importante institution bancaire qui lui confiait, par exemple, comment plus une société se montrait transparente en matière de Corporate Reporting, plus elle avait la chance de bénéficier de moindre coût pour son frêt. Le CEO d’Anglo African ne pense pas qu’à Maurice, il faille attendre l’échéance arrêtée de 2020 comme date souhaitée pour l’adoption universelle de l’Integrated Reporting.
« En vue d’apporter notre pierre à l’édifice, nous allons mettre à la disposition des sociétés souhaitant l’adoption des dernières normes de Corporate Reporting un cloud base sur le Code mauricien, de même que sur le King Code III et, éventuellement, le King Code IV », indique Sanjeev Manrakhan. Ce dernier, qui dit percevoir comme une « volonté de rupture » de la part du gouvernement, trouve que c’est là une opportunité au-delà du IIRC dans un souci de montrer la voie en matière de bonne gouvernance. Pour lui, les bénéfices seront énormes pour le pays, particulièrement quand les organismes parapublics s’y mettront également, « et même, pourquoi pas, les régulateurs ».
Citant le cas du groupe MTN coté sur la Bourse de Johannesburg et qui a écopé d’une amende de $ 5 milliards des autorités nigérianes, le CEO d’Anglo African concède, malgré tout, que l’Integrated Reporting n’est pas, pour autant, intégralement fiable au point de prévenir la moindre dérive. S’exprimant en son nom personnel et se basant sur les conclusions du rapport nTan sur l’affaire BAI, Sanjeev Manrakhan estime, néanmoins, qu’il aurait été difficile si ce n’est compromettant pour tout politicien, directeur ou auditeur d’avoir à justifier certaines pratiques dans le cadre des règles de l’IIRC et encore plus du King Code III.
Anglo African Ltd: « Ordinary people doing extraoredinary things »
Entreprise du secteur des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) employant quelque 120 professionnels des TIC — ingénieurs, développeurs, designers —, Anglo African a son quartier général à Maurice et dispose de filiales à Madagascar, au Rwanda, en Zambie et au Zimbabwe, de même que des succursales à Djibouti et à la Réunion. Créée en 2008, la société est en partenariat avec de grands noms du secteur tels Oracle, IBM, Microsoft, Symantec, Google, Apple ou Facebook. L’entreprise, qui a connu des débuts difficiles revendique, dorénavant, d’être au nombre des major players régionaux du secteur des TIC. Anglo African dit devoir son succès à son personnel, particulièrement, ceux sur le front africain. Des « ordinary people » par leurs origines modestes « doing extraordinary things ».
Sanjeev Manrakhan souligne que sa société qui a démarré avec des technologies traditionnelles a quand même été à la base de nombre d’innovations à Maurice dont la Mobile Banking, le Cloud Computing, la Digital Transformation, la Big Data Analytics et le Cyber-Risk Management. « Quand, dit-il, nous avons débuté la préparation de notre Integrated Reporting, nous avons découvert pas mal de choses sur nous-mêmes et avons décidé de nous réinventer. Cette introspection nous a permis de remettre en question notre organisation et, plus important, de faire un état des lieux sur nos lignes de services ».
Citant les exemples Uber et AirBnB qui n’existaient pas il y a cinq ans, le CEO d’Anglo African est d’avis que le monde aura vécu des changements fondamentaux d’ici à 2018. « Nous avons réalisé que nous prenions des retards », explique-t-il. D’où le démarrage d’une transformation profonde de l’organisation avec des investissements accélérés dans de nouvelles technologies, tels le Blockchain, l’Algorithme bancaire, le Single Window, entre autres. Et cela, même si toutes ses lignes de service sont profitables et que, généralement, les restructurations s’opèrent quand une entreprise va mal.
Sanjeev Manrakhan explique que même si Anglo African envisage l’avenir avec sérénité, elle n’oublie pas pour autant ses débuts difficiles. « Nous nous étions promis d’être différents des autres et de ne pas oublier nos racines. Je passe, personnellement, du temps avec les entrepreneurs qui frappent à notre porte. Nous essayons de les aider avec un soutien technologique, des conseils ou en leur permettant d’intégrer notre réseau. C’est, en quelque sorte, du mentoring. Aux Etats-Unis, un entrepreneur qui ne réussit pas se retrouve avec des offres d’emploi en raison de l’expérience qu’il est susceptible d’apporter des raisons de ses échecs », dit-il.