ANIL CURRIMJEE, Managing director du Groupe Currimjee Jeewanjee : « Notre passé et nos valeurs parlent pour nous »

Le projet de construction de l’hôtel Le Chaland n’en finit pas d’être retardé. Un autre recours en justice a été fait par les opposants de la première heure, le Forum Citoyen Libres (FCL) de Georges Ah Yan et la plate-forme Aret Kokin Nou Laplaz (AKNL), alors que la première bataille légale avait été gagnée par le groupe Currimjee. Week-End a rencontré cette semaine Anil Currimjee, cheville ouvrière derrière ce projet, qui témoigne de la persévérance et la confiance qui animent son groupe pour sortir ce projet du tunnel dans lequel il se trouve. Il condamne avec force une opposition, dit-il, de mauvaise foi et se demande quelles sont leurs vraies motivations.  

Dans les années 2000, la construction d’une route à travers la Vallée de Ferney avait suscité, comme votre projet, une polémique et une série de manifestations qui avaient abouti à son abandon. Quelle était votre position à cette époque ?
Je ne me souviens plus. Je n’ai pas d’avis spécifiquement sur le problème de la Vallée de Ferney, mais je peux parler de mon groupe et moi, de nos valeurs dont nous sommes très fiers. Le monopole de l’environnement n’appartient pas à un groupuscule. La famille Currimjee a toujours cultivé, dans notre famille aussi bien que dans nos professionnels, des valeurs très fortes, parmi lesquelles figure le respect de la société et de l’environnement, et nous sommes très fiers de ce que nous avons fait depuis ces 125 ans que nous existons.
Mon oncle a été un membre fondateur de Friends of the Environment. A Port-Louis, nous avons rénové notre maison familiale et avons tenu à garder le cachet d’antan qu’ont les maisons de bois. Cela a une valeur culturelle et nous avons toujours été un groupe et une famille avec des valeurs et des responsabilités envers l’environnement, envers les générations futures. C’est pourquoi je suis très fier du projet Le Chaland Resort. Cela va dans la lignée de nos valeurs.

Jusqu’ici, le projet de construction d’un hôtel 5-étoiles à La-Cambuse, Le Chaland Resort Hotel, dévoilé en juillet 2015, n’a toujours pas avancé, alors que Currimjee Hospitality Management (CHM) Ltd dispose de tous les permis nécessaires, dont le Land & Building Permit délivré par le Conseil de district...
 Aujourd’hui, normalement, on aurait été à un mois de l’ouverture de l’hôtel et l’on aurait tenu une conférence de presse pour annoncer le soft opening. On n’en est pas là. On a travaillé plusieurs années sur ce projet qui comprend des mesures exceptionnelles et qui a obtenu tous ses permis en 2012-2015. La construction aurait dû avoir démarré en 2015, mais cela n’a pas été le cas, car une poignée d’opposants, faisant de fausses allégations, a commencé en 2015 à s’acharner contre nous. Ils nous ont traînés au tribunal, mais nous avons gagné. Cela n’est pas surprenant puisqu’on ne peut pas prouver de fausses allégations.

Toutefois le Forum Citoyen Libres (FCL), de Georges Ah Yan fera appel et la plate-forme Aret Kokin Nou Laplaz (AKNL) a obtenu une injonction également. Pourquoi n’arrivez-vous toujours pas à convaincre vos opposants à ce projet ?
Nous ne cherchons pas à convaincre nos opposants, tout simplement je crois qu’ils sont de mauvaise foi et n’ont pas d’intentions honnêtes. Nous avons convaincu beaucoup de monde : des experts, des scientifiques, des ONG sérieuses, dont celles siégeant sur le comité Ramsar. Nous avons convaincu le gouvernement avec tous ses experts. Nous avons convaincu la population du Sud. Le problème n’est pas de convaincre les opposants. On ne peut pas convaincre des gens qui veulent nous nuire pour des raisons que nous ne connaissons pas. Le plus important est que nous avons convaincu le tribunal. Le jugement n’est pas seulement positif pour nous, c’est un jugement sans équivoque sur tous les fronts. Il est dommage qu’une poignée de gens prenne en otage un projet, une région et abuse du système judiciaire de Maurice.

Avez-vous tout de même essayé ou eu un dialogue raisonné et raisonnable avec vos opposants ?
Le dialogue, on l’a commencé bien avant 2015. Nous avons même parlé à Georges Ah Yan lorsque nous sommes allés dans le Sud pour voir toutes les forces vives et l’ONG. Georges Ah Yan était au courant du projet bien avant 2015. On ne peut malheureusement pas dialoguer avec ceux qui s’attaquent à notre intégrité. Les Currimjee sont là depuis 125 ans et nous sommes fiers que pendant toutes ces décennies, nous avons été un modèle et n’avons été mêlés à aucun scandale.

Ne croyez-vous pas que vos opposants sont réellement sincères dans leur démarche de préserver et sauvegarder l’environnement ?
Non, non et non ! Ils ont fait de fausses allégations. D’abord concernant l’accaparement de la plage publique. Ils disaient que nous allions construire sur la plage. Mais aujourd’hui, que voit-on ? Le réaménagement de la plage est terminé, la nouvelle route est accessible, et La-Cambuse est aussi belle et naturelle qu’auparavant, avec plus de confort et plus de sécurité pour les plagistes. Ont-ils eu l’honnêteté de dire qu’ils avaient tort ? Non. Ils ont continué à nous attaquer en disant que nous allions construire sur la plage.
Un deuxième exemple : ils ont évoqué un rapport caché qu’ils ont présenté sur les réseaux sociaux via une vidéo, comme un scandale. Mais en Cour, le coauteur de ce rapport, sensément caché, a admis sous serment que ce rapport est truffé d’erreurs. C’est pourquoi nous ne pouvions pas l’utiliser. Autre exemple, l’histoire des dodos. Alors qu’il a fait toutes sortes d’allégations contre notre projet, le Dr. Kenneth F. Rijsdijk a aussi été consultant pour Omnicane sur un très bon projet de musée de dodos, sur leur terrain, où il y a les ossements des drontes, qui est à 800 mètres de notre terrain. Et là, ses conclusions sont complètement différentes. Ces contradictions démontrent clairement que ce qu’il a dit sur nous est faux et est pavé de mauvaises intentions.

Ce n’est pas la première fois que vous venez avec ce projet projeté depuis 2009. Pourquoi insistez-vous sur le site de La-Cambuse ?
Nous n’insistons pas sur le site de La-Cambuse. C’est un site qui a été identifié pour le tourisme et pour lequel nous avons obtenu un lease le plus clairement possible. C’est un site sur lequel nous avons travaillé avec attention et nous en avons eu tous nos permis. Ce sont les opposants qui insistent, pour des motivations qu’on ne connaît pas, à détruire un projet parfaitement valable où il est situé.

Pourquoi exactement là, lieu de polémique. N’aurait-il pas été préférable d’investir ailleurs ?
Nous avons déjà beaucoup investi pour Le Chaland qui permettra la création d’un millier d’emplois pour les gens du Sud. Un projet avec des mesures exceptionnelles, dont le réaménagement de la plage publique, qui démontre que développement hôtelier et plage publique peuvent aller main dans la main. C’est un projet économiquement important pour le Sud.
Un projet avec un set back de 100 m des High Water Marks, une première à Maurice. Nous aurons une forêt endémique avec 16 000 arbres pour recréer l’écosystème. Nous disposerons d’un centre de traitement d’épuration qui traitera les eaux usées de la plage publique. Cela va être un projet de référence et l’on ne va pas seulement le défendre, on va le réaliser.

Pourtant, avec du temps perdu et l’argent investi, vous êtes au point mort …
Moi, je suis fier de ce projet et je suis sûr qu’il ira de l’avant. Quand il sera réalisé, beaucoup d’autres gens, pas seulement du groupe, en seront très fiers. Nous ne sommes pas les seuls à être perdants. Les gens du Sud ont perdu, le pays a perdu. Cela à cause de l’intention malveillante des opposants qui n’ont fait, même en Cour, que perdre du temps. Je respecte la justice. Cela prendra le temps que cela prendra avec la justice. On gagnera et on réalisera le projet.

Personne ne conteste que le groupe Currimjee, qui dispose déjà d’une expérience dans l’hôtellerie aux Seychelles, puisse s’installer dans ce secteur à Maurice. Cependant, pourquoi n’avez-vous pas plutôt choisi de reprendre et rénover les récents hôtels qui étaient en vente à Maurice ?
Nous avons étudié plusieurs options d’achat d’hôtel, mais n’avons rien trouvé d’intéressant. Sur ce projet à La-Cambuse, nous avions fait une demande pour un site, on l’a eue. Nous avons fait les choses comme cela doit être fait, et même mieux. Mais j’étais loin d’imaginer cet acharnement, cette virulence contre nous, pour des motivations qu’on ne comprend pas. Pourquoi notre projet et pas d’autres ? Pourquoi un tel acharnement. Finalement, qui sont-ils ?

Vous en voulez aux opposants ?
Bien sûr. On respecte l’avis de tout un chacun lorsqu’il est honnête. Mais là, il y a attaque contre notre intégrité à cause de la mauvaise foi de M. Ah Yan et des autres opposants. On a décidé de poursuivre Georges Ah Yan et ses collègues sur une question de principe. On ne peut pas, sur la base de fausses allégations, tenir une région, un groupe, un pays en otage en abusant du système. Néanmoins, je suis très confiant que cela sera réglé très vite et qu’on démarrera nos activités bientôt.

Vous parlez d’acharnement et eux avancent des raisons écologiques, dont la préservation du parc marin. Où est la vérité ?
Ce n’est pas vrai que le parc marin a été downgraded. On nous accuse de détruire le parc marin, alors qu’on n’a même pas commencé nos activités. S’ils étaient de vrais écologistes et qu’ils souhaitaient la préservation du parc marin, pourquoi, au lieu de nous cibler uniquement, ne parlent-ils pas de tous les acteurs qui effectuent tous les jours des activités nautiques de Pointe d’Esny à La Cambuse? A ces gens-là, nos opposants ne disent rien. C’est pourquoi je demande : quelles sont leurs motivations ? Pourquoi cette idée fixe contre nous? Nous, nous avons pris l’engagement de ne pas faire de motorised activities dans le parc marin. Une preuve, s’il en fallait, de notre volonté de préserver les richesses de notre environnement.

Comment expliquez-vous que l’hôtel Shandrani, situé à quelques mètres, n’ait pas obtenu de permis relatif à sa demande d’extension d’hôtel en raison de la présence des dunes à La-Cambuse, alors que vous, vous avez obtenu toutes les autorisations ?
Je ne connais pas le cas du Shandrani. Mais en ce qui concerne les dunes, on a travaillé dessus avec beaucoup d’attention et de sérieux. Notre projet prend en compte, et même plus, que ce site comprend des dunes. Premièrement, nous ne construisons pas notre hôtel sur la partie dunaire existante. On construira sur la partie où étaient installés les bâtiments de la NCG. Pour protéger les dunes restantes, nous avons un projet de plantation de 16000 arbres endémiques qui aideront à recréer une forêt et l’écosystème. Notre projet n’aura pas d’impact sur la dune, mais la protègera. Pierre Baissac l’a très bien dit : « Ne rien faire n’est pas une option pour protéger les dunes. »

Le projet Le Chaland Resort Hotel a obtenu d’abord un fort soutien gouvernemental, dont celui du ministre mentor, récemment. Est-ce les seuls politiques à vous soutenir, ou avez-vous également le soutien de l’opposition ?
Le soutien que nous avons ne vient pas uniquement des membres du gouvernement, pas seulement des fonctionnaires qui ont travaillé sur le projet, pas seulement des ONG et des experts, pas seulement de la population du Sud, mais de la population en générale. Le 27 décembre, quand nous avons eu le jugement du tribunal en notre faveur, j’ai réalisé combien de soutien il y a derrière ce projet. Ce fut pour moi un des jours les plus marquants de ma carrière professionnelle. Si vous saviez le nombre d’appels que j’ai reçus, de tous les bords, et des employés du groupe qui, avec fierté, ont envoyé des messages, sont venus me voir... La question n’est pas quel soutien avons-nous, mais quel soutien a cette poignée d’opposants qui bloque notre projet.

Comment expliquer que le groupe Currimjee n’ait pas encore trouvé sa place dans le secteur hôtelier mauricien ? Pensez-vous êtes des victimes ?
Non, nous ne sommes pas victimes. On a commencé dans l’hôtellerie en 1972 avec Continental, après on a eu d’autres projets. On a investi dans les télécoms, dans la télévision payante. On a été un des premiers investisseurs, avec Intel, dans les télécoms en Inde qui est aujourd’hui le 3e plus grand opérateur mobile. Depuis quelques années, on a décidé d’avoir une stratégie de tourisme et on a investi dans le tourisme aux Seychelles, et maintenant on veut revenir à Maurice. On n’a pas été victimes par les autorités, le gouvernement ou les gens bien-pensants. Mais il y a un groupe de personnes qui nous harcèle et nous attaque.

Vous avez également acheté le terrain qui se situe derrière l’ex-terrain de la NCG pour lequel le gouvernement vous a octroyé un bail de 50 ans pour votre projet Le Chaland Resort Hotel. Vous avez d’autres projets ?
Avec tout le temps qu’on passe à nous défendre contre de fausses allégations, on n’y a pas beaucoup réfléchi. Mais oui, on a acquis le terrain derrière. C’est pour un projet qui sera en phase avec Le Chaland, répondant à la même philosophie de l’hôtel, une philosophie de durabilité, qui fait partie de nos valeurs. On n’est pas dans le business pour le court terme. Nous avons 125 ans et on restera encore longtemps. Tout ce que l’on fait est fait pour durer. Pour les prochaines générations.

Et vous-même, quelle île Maurice voulez-vous léguer à vos enfants ? Celle où l’accès à la plage est restreint ou celle où tous les Mauriciens pourront profiter du littoral ?
Ce que je veux léguer à mes enfants, c’est une île Maurice prospère où les gens ont des opportunités de développement, bref une île Maurice durable. Regardez ce qu’on a fait avec la plage publique. Elle reste aussi belle et naturelle qu’avant. Aujourd’hui, tout le monde le dit : il y a beaucoup plus de gens qui vont à La-Cambuse et ils sont plus heureux. Le bétonnage ne figure pas dans notre projet. Je vous ai donné l’exemple de notre maison familiale à Port-Louis. Notre passé et nos valeurs parlent pour nous. Voyez ce que nous avons laissé avec les vieux bâtiments que nous avons à Port-Louis, à la Place d’Armes, l’ex-Carri Poulé, Marlon, etc... Ce sont des bâtiments à valeur historique qu’on a déjà légués. Je ne vois pas pourquoi l’hôtel Le Chaland sera différent. On sera fier. Le pays en sera fier. Les générations futures en seront fières.