Rendez-vous est pris, pour le samedi 2 septembre prochain, dans l’antre du Palladium, à Trianon. Objectif : célébrer les 25 ans des Otentikk Street Brothers (OSB). La fête a été « quelque peu gâchée », note Bruno Raya, fondateur et fer de lance du groupe de Plaisance, puisque « le moment était propice pour un événement à ampleur nationale: nous voulions organiser un concert dans un stade. Mais Babylonn inn met baton dan larou…» N’empêche, un concert aura bel et bien lieu pour marquer l’âge « majeur et mature » d’OSB !
« Majeurs, définitivement, et désormais, matures !» C’est en ces termes que Bruno Raya aborde les 25 ans du groupe emblématique du quartier de Plaisance, Rose-Hill. « Sa lepok-la, pa ti kapav dir nou vinn depi Plezans !, se remémore le benjamin de la fraterie Raya. Ti bizin dir « Rozil », pou pa gayn move regar ek bann vibrasyon negatif…» En effet, les banlieues des villes étaient « considérées comme des ghettos, des endroits où ne vivait que la racaille », retient notre interlocuteur, avec tristesse. Pourtant, « avec l’aide d’OSB, sa musique, son impact sur le langage parlé, sa philosophie, son engagement social…», bref, sa réverbération nationale auprès de plusieurs générations de jeunes (et moins jeunes) Mauriciens, ont « contribué à extraire Plaisance et les régions avoisinantes de la catégorie des « endroits mal famés » ».
L’évolution des Otentikk Street Brothers (OSB) ne s’est pas faite sans douleur. D’ailleurs, l’histoire du groupe et de ses membres, elle-même, démarre dans la souffrance. Bruno Raya se remémore son rêve de jeunesse : « J’aspirais à me distinguer par le biais du sport. Je pensais, naïvement, qu’en décrochant des médailles et en brillant sur le plan national, cela me permettrait de voyager. C’est ce que je voulais : prendre l’avion et voir le monde ! » Mais il déchante vite : « j’avais pris part à une compétition d’athlétisme et j’étais sorti premier dans la catégorie course. Je pensais que mon rêve allait se réaliser, que j’allais voyager…» Mais il tombe vite des nues quand il apprend que « ceux qui étaient responsables ont opté pour un autre candidat qui était sorti premier dans diverses disciplines, simultanément. C’est là que j’ai ouvert les yeux et que j’ai compris le système : au lieu d’envoyer un lauréat par discipline, ceux qui régissaient favorisaient un candidat pouvant représenter plusieurs disciplines… Cela leur économisait des billets d’avion, qu’ils pouvaient refourguer à leurs proches, plutôt ! » Amer, le jeune homme n’est cependant pas de ceux à baisser les bras.
Cette première désillusion le conduit à s’investir davantage dans sa musique; qu’il pratiquait déjà, mais comme passe-temps, avec quelques potes. « Nou ti pe fer nou lamizik ek boukou lamour ek passion », tient-il à préciser. Maintenant, quand il regarde en arrière et qu’il tourne les pages de l’album-photo avec ses enfants, B. Raya s’extasie devant « le nombre de pays que j’ai pu visiter, grâce à la musique. Grâce à OSB ! » En revanche, les gosses, eux, sont dubitatifs devant « papa qui n’a pas de dreadlocks, mais des cheveux courts ? Non, ce n’est pas papa ça…» Le chanteur et leader de OSB décline dans un grand rire qui lui est très propre : « zot pa oule kroir ki moi sa !! Ils ne m’ont jamais vu sans mes nattes. Et ils peinent à croire qu’il y a eu une époque où j’avais des cheveux courts…» Autre source de plaisir pour notre interlocuteur : « chacun des membres de OSB est aujourd’hui père de famille. On a tous grandi et évolué dans le bon sens. Il y a 25 ans, on n’avait pas imaginé qu’on y serait arrivés…»
Bruno Raya ne cache pas le fait que « la grande fête d’anniversaire de OSB n’aura pas lieu dans un stade, comme nous l’avions prévu, initialement. Et avec la présence d’une foule d’artistes invités. » Encore une fois, retient l’artiste, « des forces négatives sont à l’oeuvre et ont tenté de nous décourager. On voulait d’une fête où le maximum de fans seraient venus célébrer à nos côtés. D’où un terrain de foot…» Notre interlocuteur fait une parenthèse pour noter que « OSB a aussi beaucoup influé sur le langage parlé courant. Au départ, nos expressions et nos mots étaient mal perçus. » Mais au final, retient-il, « aujourd’hui, tout cela fait partie de notre créole coloré et savoureux !» Il a une pensée spéciale pour « le colonel », Georges Corette, « l’homme qui nous a mis sur les bons rails et qui nous a beaucoup appris pour persévérer. Si nous sommes devenus professionnels, il y est pour beaucoup. »
Contemplant les 25 années écoulées, le chanteur, animateur de radio, comédien, metteur en scène de spectacle et leader d’OSB relève que « nous avons effectivement tenu dans la durée, pour une raison bien précise : nous y avons cru et nous avons tenu bon. Nous avons toujours eu une philosophie, que nous avons mis en pratique dans notre quotidien. » L’homme salue également « mes frères, Paul et Koeny, qui ont cru en nous, et qui nous ont soutenu tout le temps. Ce sont des gens de l’ombre qui ont toujours répondu présent et font une foule de démarches pour que nous en arrivions là !»