PATRICK SINGAÏNY, intellectuel réunionnais

& OLIVIER BANCOULT, leader chagossien

en compagnie de:

PASCAL BLANCHARD (historien français de l’empire colonial français),

ANANDA DEVI (écrivaine mauricienne),

FRANÇOIS DURPAIRE (spécialiste des États-Unis),

ACHILLE MBEMBÉ (philosophe d’origine camerounaise, théoricien du post-colonialisme),

EDGAR MORIN (sociologue et philosophe français),

J-LUC RAHARIMANANA (écrivain malgache en langue française),

SOEUF ELBADAWI (auteur comorien),

KHAL TORABULLY (écrivain et cinéaste mauricien).

Si 7 Prix Nobel de la Paix n’ont pas pu convaincre un autre Prix Nobel de la Paix, en l’occurrence Barack Obama, 8 réalisateurs américains sauront sans doute parvenir à interpeller l’opinion américaine en voulant bien co-réaliser et participer à une campagne de sensibilisation à destination du peuple américain et des peuples du Commonwealth. C’est le pari de cet appel singulier à Spike Lee, Michael Moore, Oliver Stone, George Clooney, Lee Daniels, Ava DuVernay, Ryan Coogler et Steven Spielberg.

En effet, le 6 janvier 2017, 2 semaines avant que Barack Obama quitte la Maison Blanche, 7 Prix Nobel de la Paix ont supplié le président américain de rendre justice au peuple chagossien en les aidant à retrouver leur terre – l’archipel des Chagos –, dont la plus grande île  – Diego Garcia – est occupée par 4000 militaires américains. Le président d’une union américaine plus parfaite, hélas, n’a pas su donner suite.

Notre époque n’accorde plus crédit à la parole d’un politique dont on sait qu’elle ne dépend que d’un seul groupe de réseau d’influence, ni à celle d’un intellectuel à qui on reprocherait de ne parler qu’en son nom propre, et ne peut s’en remettre en définitive qu’à la vertu du rêve dont on sait qu’il a toujours été à l’origine de tous les triomphes de l’humain.

Du 3 au 6 septembre prochain, la Cour internationale de justice, organe judiciaire principal de l’Organisation des Nations unies, tiendra « des audiences publiques sur la requête pour avis consultatif relative aux effets juridiques de la séparation de l’archipel des Chagos de l’Île Maurice en 1965 ». 22 états ainsi que l’Union africaine ont exprimé leur intention de prendre part à la procédure orale devant la Cour. Les Chagossiens veulent ainsi donner le plus grand retentissement à leur cause qui est sans aucun doute la plus importante depuis les premières décolonisations d’après-guerre, et qui porte en germe l’instruction du procès de toute entreprise de colonisation, d’occupation et de déportation d’un peuple.

En effet, tout a commencé en 1965, quand l’archipel appartenait encore à l’Île Maurice et que la Grande Bretagne a commis sciemment l’erreur – et ce sera prouvé officiellement – de démembrer un territoire à la veille de son émancipation, l’ONU ayant été très claire à ce sujet en la condamnant à plusieurs reprises. L’objectif de l’ancienne première puissance coloniale était de garder et de subtiliser ce territoire bénéficiant d’une situation stratégique idéale, pour le louer à l’État américain qui a préalablement exigé que l’archipel soit débarrassé de ses 2000 habitants issus de l’esclavage français. Ce qui fut fait méthodiquement et brutalement entre 1967 et 1973. Une grande partie des Chagossiens ont été exilés à l’Île Maurice, d’autres se sont retrouvés aux Seychelles ou alors dans les environs de Londres, principalement dans la ville de Crawley. La majorité d’entre eux, encore vivants, attendent de pouvoir rentrer chez eux, pour ne plus être des déportés.

Malgré l’activisme incessant des Chagossiens, en 2016, la Grande Bretagne et les États-Unis d’Amérique ont scellé sans ciller la reconduite de la location pour encore 20 ans. Cela laisse supposer que la grande majorité des Chagossiens, qui se battent depuis 50 ans pour retrouver leur terre, n’aurait aucune chance de réaliser leur souhait ultime de rentrer chez eux. Pourtant les Chagossiens ont déclaré ne pas être forcément contre l’existence de cette base au cœur de laquelle ils pourraient éventuellement y travailler, à l’instar des Philippins et des Mauriciens. Ils proposent même qu’ils puissent retrouver leur chez eux en résidant sur une autre île de l’archipel, Peros Banhos. Mais les 2 grandes puissances le refusent obstinément.

La décolonisation de l’Île Maurice attend d’être achevée et le droit des Chagossiens à résider sur leur terre doit être reconnu non pas par seulement 94 pays, mais par l’écrasante majorité des Nations, parmi lesquelles La Grande-Bretagne, les États-Unis d’Amérique et la France, pays des Droits de l’Homme, lesquels stipulent que tout être humain, quelle que soit sa couleur de peau, sa religion ou son histoire, a droit à une terre, et que le chasser malgré lui de cette terre est un crime contre l’humanité ainsi que l’a rappelé en 2013 J-M Le Clézio, prix Nobel de littérature. L’archipel des Chagos doit revenir aux seuls Chagossiens qui y ont fondé une culture créole unique. Spike Lee, Michael Moore, Oliver Stone, George Clooney, Lee Daniels, Ava DuVernay, Ryan Coogler et Steven Spielberg, faites en sorte, nous vous en prions, que cet immense espoir chagossien soulève l’opinion mondiale et son cœur afin que les deux puissances reconnaissent leur erreur et fassent enfin preuve d’humanité (1). Une erreur si inhumaine soit elle peut être certes réparée. Et la réparer contribuera à mettre progressivement un point final à l’histoire traumatique de la Traite des Noirs et de l’engagisme indien dans l’espace indiaocéanique. Une histoire commencée depuis plus de 300 ans et qui vit ses derniers soubresauts avec ce conflit qui oppose un peuple fier de 10000 âmes à deux Goliath.

Proposition indicative : chaque réalisateur face caméra délivrerait une partie d’une chaîne d’un message et lorsque chacun apparaîtrait à l’écran, s’afficherait également une de leurs œuvres phares qui justifierait et légitimerait leur intervention.  Malcolm X pour Spike Lee, Bowling for Columbine pour Michael Moore, JFK pour Oliver Stone, Les Marches du Pouvoir pour George Clooney, Le Majordome pour Lee Daniels, Selma pour Ava DuVernay, Black Panther pour Ryan Coogler et La Liste de Schindler pour Steven Spielberg.

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Solemn appeal to eight

American directors

PATRICK SINGAÏNY, writer and intellectual

from Réunion

& OLIVIER BANCOULT, Chagossian leader

with:

PASCAL BLANCHARD (French historian

specializing in the French colonial empire),

ANANDA DEVI (Mauritian writer),

FRANÇOIS DURPAIRE (specialist of the United States), ACHILLE MBEMBÉ (philosopher of Cameroonian origin, postcolonialism specialist),

EDGAR MORIN (French sociologist and philosopher),

J-LUC RAHARIMANANA (French-language Malagasy writer),

SOEUF ELBADAWI (Comorian author).

KHAL TORABULLY (Mauritian semiologist and director)

Seven Nobel Peace Prize winners did not succeed in convincing another Nobel Peace Prize winner, President Barack Obama, as to the validity and urgency of this cause; but it is to be hoped that eight American filmmakers will be able to challenge American opinion by jointly directing and participating in a campaign to raise awareness among the American people and Commonwealth nations. This is the raison d’être of this singular appeal to the well-known directors Spike Lee, Michael Moore, Oliver Stone, George Clooney, Lee Daniels, Ava DuVernay, Ryan Coogler and Steven Spielberg.

On January 6, 2017, two weeks before Barack Obama left the White House, seven Nobel Prize winners urged the American president to ensure that the Chagossian people receive a long-overdue redress by helping them return to their native country, the Chagos Archipelago, the largest island of which, Diego Garcia, is occupied by 4000 American soldiers. Barack Obama, the president of a more perfect union, did not, sadly, act on this appeal.

Our times have taught us that we can no longer believe the word of politicians who are guided solely by groups of influential networks, nor rely solely on intellectuals who only listened to their own voice. In the end, we can only follow the dreams that have always been at the root of all human triumphs (including the dream of that extraordinary individual who called upon us all follow his path in the 1960s, Martin Luther King).

From September 3 to 6, 2018, the International Court of Justice of the United Nations will hold « public hearings on the request for an Opinion on the Legal Effects of the Separation of the Chagos Archipelago from Mauritius in 1965. » 22 states, as well as the African Union, have expressed their intention to take part in the oral proceedings before the Court. In this way, the Chagossians hope to give the greatest possible visibility to their cause, which is undoubtedly the most important since the first wave of decolonization of the post-war period, and which upholds the implicit condemnation of any attempt to colonize, occupy and deport a people.

It all began in 1965, when the Chagos archipelago still belonged to Mauritius. Great Britain, the then colonial power, knowingly committed the “error” – and this will be officially proven – of breaking apart a territory on the eve of its emancipation. The UN had been very clear on this subject, and condemned it repeatedly. The goal of the former colonial power was to retain this territory by unlawful means, because of its ideal strategic location in the Indian Ocean, to rent it to the United States. The US in turn demanded, as a precondition, that the 2000 inhabitants of the archipelago, descendants of slaves under French colonization, be removed from the territory. This was done methodically and brutally between 1967 and 1973. Most of the Chagossians were exiled to Mauritius, others found themselves in the Seychelles, and yet others in the vicinity of London, mainly in the town of Crawley. The majority, still alive, are waiting to return home; to no longer be the deported.

Despite the unceasing activism of the Chagossians, Great Britain and the United States of America signed in 2016 the renewal of the lease for another 20 years. This means that the vast majority of Chagossians, who have been fighting for 50 years to have the right to go back to their native land, will have no chance of fulfilling their ultimate dream of going back home. Yet, many Chagossians said they were not necessarily against the existence of this military base, where they might find work like the Filipinos and Mauritians. They would even agree to reside on another island of the archipelago, Peros Banhos, which is still part of their home. But so far, the two great powers have stubbornly refused this request.

This means that the decolonization of Mauritius is still not complete. The right of the Chagossians to reside on their land must be recognized not only by 94 countries, but by the overwhelming majority of nations, including Great Britain, the United States of America and France, the country of Human Rights which stipulate that every human being, regardless of skin colour, religion or history, has the right to their land. To drive a people out of their land is a crime against humanity, as J-M.G Le Clézio, the Nobel Prize for literature, stated in 2013. The Chagos archipelago must be returned to the Chagossians, who developed a unique Creole culture there.

Spike Lee, Michael Moore, Oliver Stone, George Clooney, Daniels Lee, Ava DuVernay, Ryan Coogler and Steven Spielberg, we beg you to help make sure that this immense hope of the Chagossian people touches the heart of people worldwide in order for both powers to recognize their mistake and finally show some humanity (1). Any error, however inhuman, can be redeemed. This will help put an end to the traumatic history of slavery and Indian indentureship in the Indian Ocean. A history that began over 300 years ago and that is now in its last throes, with this conflict that pits 10,000 proud souls against two Goliaths.

(1) Tentative proposal: Each director would face the camera and deliver part of the message. When each director appears on screen, images of their main works would also be shown, justifying and legitimizing their intervention. Malcolm X for Spike Lee, Bowling for Columbine for Michael Moore, JFK for Oliver Stone, The Ides of March for George Clooney, The Butler for Lee Daniels, Selma for Ava DuVernay, Black Panther for Ryan Coogler and Schindler’s List for Steven Spielberg.

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