Mis devant une proposition pilotée par le ministère de la Culture, le Conseil des ministres a décidé à sa séance de travail hebdomadaire, vendredi matin, de décréter la vieille chapelle catholique de Sainte-Anne, à Stanley, Rose-Hill, patrimoine national (National Heritage Centre).
Le gouvernement y a mis énormément de temps puisque c’est aussi loin qu’en décembre 2011 que la Commission Justice et Vérité avait recommandé cette décision, mais cela n’empêche que l’on affiche la satisfaction du côté de l’Association mauricienne des Indo-catholiques (IMCA). « Ça fait bien plus qu’un demi-siècle que les Indo-Mauriciens de foi catholique attendaient ce moment. La chapelle Saint-Anne fait partie de leur Histoire et c’est bien que leur contribution dans notre pays soit en quelque sorte reconnue », déclare Marcel Chowriamah, lequel fut le porte-parole de l’IMCA devant la commission.    
Dans sa déposition à l’époque, soit en juin 2010, Marcel Chowriamah avait demandé à la Commission Justice et Vérité d’engager des consultations avec le Diocèse de Port-Louis afin que la vieille chapelle ainsi que son enceinte soient déclarées National Heritage Centre en guise de reconnaissance envers la communauté indo-mauricienne de foi catholique. Selon lui, cette démarche pouvait se faire sans que les droits de propriété du diocèse sur la chapelle ne soient affectés. Toujours à son avis, avec le classement de la structure religieuse au patrimoine national, son administration, son entretien et son utilisation pouvaient toujours donner lieu à des arrangements entre l’Etat et l’autorité diocèsaine.
Pour M. Chowriamah, la vieille chapelle revêt une importance historique aux yeux de la communauté catholique indo-mauricienne. Il y eut d’abord une première chapelle qui, rappelle-t-il, avait été reconstruite plusieurs fois entre 1871 et 1904. La vieille bâtisse en pierres taillées qui, elle, tient encore debout avait été érigée en 1904 et elle sert à ce jour encore de lieu de rencontre aux différentes organisations paroissiales.
Un don de Sir Célicourt Antelme
Le terrain sur laquelle se trouve la chapelle avait été donné à l’époque par la Stanley Sugar Estate Company Limited qui appartenait à l’avocat Sir Célicourt Antelme. Mais Sir Antelme n’avait pas fait pareil geste de générosité uniquement qu’envers les Indo-Mauriciens chrétiens, mais également envers tous les travailleurs engagés tamouls et hindous qui travaillaient sur son établissement. C’est pourquoi, d’ailleurs, chacune de ces communautés ayant pu construire son lieu de culte côte à côte ce carrefour de Stanley pourrait être probablement un exemple de cohabitation religieuse unique au monde.
Toujours selon M. Chowriamah, ce sont des pères jésuites venant de Madurai, dans le Tamil Nadu (Inde), qui fondèrent la Mission catholique indienne à Maurice. Ils avaient pensé pouvoir ainsi répondre aux besoins spirituels et culturels de leurs ouailles. Cependant, si les travailleurs engagés hindous et tamouls purent, eux, prendre le contrôle total des portions de terre que leur avait allouées Sir Célicourt Antelme, tel ne fut pas le cas des catholiques de culture tamoule puisque leur part avait, elle, été acquise (ou vendue) au Diocèse de Port-Louis bien que le contrat foncier (no. 275  volume 459) indique que l’acquisition avait été faite « pour la mission indienne ».
« D’autres combats seront nécessaires »
En 2010, devant la Commission Justice et Vérité, Marcel Chowriamah avait souligné « qu’il est possible que, ignorants des implications légales, les ancêtres des Indo-Mauriciens chrétiens aient perdu le contrôle direct d’un bien de leur communauté ». Cependant, il avait également exprimé sa foi qu’un dialogue avec le diocèse pouvait rétablir l’ordre des choses. Ce pourquoi aussi, il avait réclamé « le classement de la chapelle au patrimoine national ainsi que d’autres mesures que la commission jugerait nécessaires pour redresser contre l’injustice, l’ostracisme et la marginalisation qu’a subie la communauté ».
Le porte-parole de l’IMCA avait fait remarquer que « la Commission électorale Malcolm Trustam-Eve avait estimé à 3% (sur une population de 600,000) les Indo-Mauriciens de foi chrétienne et que, depuis, des ambiguïtés constitutionnelles ont perduré ». 
Pour Marcel Chowriamah, « sous l’aspect constitutionnel sans doute d’autres combats seront encore nécessaires, mais c’est une autre histoire ! »