ARGY : VOYAGE au cœur de l’EST

Un entourage agréable, une ambiance vivante et de joyeux lurons : des éléments qui font l’éclat d’Argy. Localisé dans l’est, Argy est le faubourg de Flacq. Loin des buildings et des préjugés dont il fait parfois l’objet, le village a su se faire un nom. Scope vous propose de redécouvrir cet endroit mythique de Flacq, chargé d’histoire.


L’histoire
Selon l’ouvrage de Bhurdwaz Mungur et Breejan Burrun, Argy était connu comme un village de Flacq au commencement des années 1900. Le nom vient de la sucrerie du village; le propriétaire, M. Maréchal, était natif d’Argy en France, un village situé dans le département de l’Indre, en région Centre-Val de Loire.
D’après une autre source, le village tiendrait son nom de René d’Argy, lieutenant français en poste à la circonscription de Flacq dans les années 1780.


Anne Mathieu, la doyenne
La doyenne, Anne Mathieu, 78 ans, y a vécu plusieurs décennies. “Avant, les rues de la cité n’étaient pas asphaltées. Il n’y avait que des sentiers boueux et rocheux et pas beaucoup de maisons. On pouvait voir des champs de cannes à perte de vue.” Elle connaît la cité comme sa poche, mais elle n’y a pas toujours résidé. “Mon époux et moi avons attendu sept ans avant de bénéficier d’une maison CHA. Ce n’est qu’en 1966 que j’ai déposé mes bagages à Argy”, avoue l’ex-habitante de Rose Belle.
Plongée dans ses souvenirs, la dame n’hésite pas à révéler qu’une atmosphère paisible et tranquille régnait dans la cité. “Il faisait bon vivre ici. J’y ai élevé mes six enfants, et tout le monde pouvait laisser les enfants jouer tranquillement, sans se soucier de quoi que ce soit”, confie la doyenne. “Mo prefer mo vilaz kouma li ete avan.” Comme tous les bourgs de l’île, Argy n’est pas épargné par les malveillants.
Anne Mathieu nous montre une rue menant vers des terrains VRS de la propriété de Constance La Gaieté, où plusieurs maisons sont construites depuis quelque temps. “C’est là-bas que j’allais chercher de l’eau à la rivière. Avant, personne n’avait de compteur d’eau. On faisait tous les jours le va-et-vient vers le robinet et on portait des bacs à réserve d’eau sur la tête.”
Au fil des années, les choses ont évolué. Pendant longtemps, les gens du quartier utilisaient des lampes à pétrole pour l’éclairage domestique. “Se an 1976 ki nou’nn gagn kouran.” Les maisons CHA ont laissé peu à peu place à des maisons en béton.


Gare de train d’Argy
À quelques mètres où vivent les habitants d’Argy, dans un terrain couvert de broussailles, se trouve un bâtiment en ruines. “Avant même que je vienne habiter la localité, en 1965, il y avait plus de trace de trains à Maurice. Cette ancienne gare servait de bureau de poste”, confie Anne Mathieu. Selon le livre de Bhurdwaz Mungur et Breejan Burrun, Argy était jadis doté d’une gare ferroviaire où les gens des communes adjacentes venaient prendre le train à destination de Port-Louis. Le train transportait aussi le sucre. “Avan, tou dimounn ti pas par Argy pou kapav al promne. On aurait dû classer cette ancienne gare patrimoine historique au lieu de la laisser à l’abandon.”
Il ne reste que deux façades en pierre à moitié démolies et un arbre qui a poussé au cœur de l’ancienne gare de train. Les lignes de chemin de fer ont disparu. Les rues bitumées et les maisons en béton ont pris le dessus.


Mécano de père en fils
À plus de trente ans d’existence, le Garage Yoyo & Sons connaît un succès sans faille. “D’un garage en tôle à un garage tout équipé de la région, le chemin a été long”, lâche Henriot Veerasamy, 56 ans, le propriétaire. Il est fier de léguer son garage à son fils de 22 ans, Miguel. Le jeune homme, diplômé en mécanique, suit les traces de son père depuis trois ans. “Les clients ont confiance en moi et en mon fils. La qualité de nos services fait que les clients reviennent toujours”, souligne le père.
“Depuis que j’opère, je n’ai jamais eu de souci avec le voisinage car je commence et je m’arrête de travailler à une heure raisonnable.” De plus, le garagiste œuvre énormément pour l’avancée de son quartier. Le quinquagénaire est connu pour son soutien social. “Tous les ans, j’offre des repas aux personnes âgées de la région et je suis le président de Flacq El Classico FC.” Il souhaite que les jeunes d’Argy soient actifs dans le domaine du sport pour ne pas se faire happer par les fléaux sociaux.


Ti laboutik lontan
“Je ne me souviens plus de la date des débuts de ma boutique. Elle appartenait à mon père”, dit Judex Zama, le gérant de La Boutique Zama. Comme dans beaucoup de familles, il a pris le relais de son père. “Mon père avait 76 ans et il ne pouvait plus gérer la boutique. C’est mon frère qui s’en est chargé. À force de donner des facilités de crédit aux clients qui ne pouvaient pas payer, la boutique a fait faillite.” Avec l’aide de sa mère, le commerçant a su remonter la pente et a remis sur les rails l’héritage laissé par son père. “Cela fait quinze ans que je dirige seul ma boutique et tout marche à merveille. Le matin, je vends plus de six cents pains par jour.”


L’étal de porc
Dorinne Legallant et son époux Jean-François sont depuis 1990 les redoutables vendeurs de porc d’Argy. Des saucisses fumées aux côtelettes de porc, ils vendent de tout. “Avec patience et persévérance, nous avons réussi à monter notre petite affaire.” Les clients viennent de toutes les régions de l’est et sont de plusieurs communautés. “Je m’occupe de l’établissement et mon mari des animaux. Notre ferme se trouve à La Laura.”


Zanfan Argy
Argy est aussi connu pour son sens du rythme. Le séga fait partie des mœurs de la cité. Alvinio Zelie et Rolando Froid, tous deux âgés de 21 ans, sont des ravanniers de la nouvelle génération. Aussitôt qu’il y a une fête au village, les deux amis débarquent avec leurs ravannes et leur groupe. “J’ai grandi dans une famille de ségatiers. C’est en regardant mon oncle jouer de la ravanne que j’ai eu envie de vivre de la musique, du sega tipik”, confie Alvinio Zelie.
Pour les deux complices, tout ce qui compte, c’est jouer de la ravanne et faire vibrer les gens.