— Tu as vu comme les gens sont bêtes dans ce pays ?

— Qu’est-ce que ta garce de belle-soeur t’a encore fait ?

— Ayo, celle-là, je ne la prends plus compte. Crois-moi, moins j’entends parler de ce qu’elle fait et mieux je me porte !

— Si c’est pas ta garce de belle-sœur, qui est bête comme ça, alors ?

— Si je comprends bien, tu ne lis toujours pas le journal ?

— Ayo, tu sais bien que je préfère aller surfer sur le net.

— Tu devrais faire attention, toi avec ton internet. Mais si tu avais lu, tu aurais su à quel point les gens sont bêtes à Maurice.

— Pour ça, pas besoin de lire le journal, il suffit de regarder pour qui les gens votent ici avant de passer cinq ans à le regretter. Qu’est-ce qu’il y avait comme ça dans le journal qu’il fallait lire ?

— Il y a des femmes qui se sont fait avoir sur ton fameux internet-là sur lequel tu passes tout ton temps.

— Ayo, ne recommence pas avec moi, je te dis. D’abord, je ne passe pas tout mon temps sur internet. Ensuite, on ne peut pas rester arriérée et il faut être moderne et savoir profiter de la technologie.

— Même si des gens se servent de cette technologie pour te couillonner et te voler ton argent.

— Tu sais, tu n’as pas besoin d’aller sur internet pour te faire couillonner. Tu as entendu ce que l’ancienne présidente de la République a dit : c’est parce qu’on lui a donné de mauvais conseils qu’elle a fait ce qu’elle a fait.

— Elle a dit ça ? Elle ne manque pas de toupet ! C’est parce qu’on lui a donné un mauvais conseil qu’elle a confondu entre deux cartes de crédit et utilisé la mauvaise pour acheter des bijoux à plusieurs reprises ! De toutes les façons, elle ne m’a jamais inspiré confiance.

— C’est pas ce que tu disais quand elle a été nommée, en tout cas.

— Je me suis trompée et je ne suis pas la seule. Elle a couillonné tout le monde, toi.

— Assez parlé de cette ex-présidente qui va dire, au féminin : pas moi ça li ça. En attendant, elle touche une retraite de plus de Rs 300 000 par mois tax free, sans compter les gardes du corps, les secrétaires, les voitures, le médical, tout ça.

— Ayo, arrête de me parler d’elle, tu vas me faire avoir des nerfs. Qu’elle est cette affaire d’internet dont tu voulais me parler ?

— Ah oui. Dans le journal on dit qu’il y a des Mauriciennes qui se font avoir sur internet. Ça même je te dis que cet internet-là est dangereux.

— Ecoute, tout est dangereux dans la vie, il faut juste savoir prendre ses précautions pour ne pas se faire avoir. Qu’est-ce qui s’est passé avec ces Mauriciennes-là.

— D’après le journal, une Mauricienne a reçu des demandes pour devenir friend sur Facebook et elle a accepté.

— Je parie que c’était le fils d’un ancien président africain qui avait un compte secret ?

— Non, toi. Il paraît que c’était un quelqu’un de bien, un Anglais dans la quarantaine, sympa, écrivant bien et avec une jolie photo. Un peu comme l’acteur Jude Law, tu vois.

— Tu sais, il ne faut jamais se fier aux descriptions sur Facebook, encore moins aux photos. Qu’est-ce qui est arrivé ensuite ? Son nouvel ami lui a demandé de l’argent en emprunt ?

— Non, toi. Il a correspondu pendant des mois, l’a félicité de bien élever ses enfants

— elle est mariée, la correspondante mauricienne ?

— Elle est divorcée et cherche à refaire sa vie. Il était compréhensif, et petit à petit l’amitié est devenue de l’amour. Et après, il a envoyé un colis à la Mauricienne.

— Ah bon ? Il ne lui a rien demandé et c’est lui qui lui a envoyé un colis ?

— C’est ce que je suis en train de te dire. Il lui a même envoyé une photo du colis. Mais il y a eu un problème à la douane à Maurice ?

— Un problème ? Quel qualité de problème ? Ne me dis pas qu’il y avait de la drogue dans le colis !

— Mais, pas du tout. Il y avait des taxes à payer pour pouvoir retirer le colis. Le correspondant a alors demandé à la Mauricienne

— de faire un virement bancaire pour payer les taxes

— il lui a demandé de faire très rapidement ce virement sur un compte

— d’un ami dans une banque mauricienne et lui a donné le numéro de compte en lui

— disant qu’il fallait faire le virement de Rs 20 000 tout de suite, sinon la douane allait saisir ou détruire le colis !

— Exactement. Et après, quand la Mauricienne a fait le virement et qu’elle est allée à la douane

— il n’y avait aucun colis à son nom.

— Ça même toi mais attends un coup : si tu n’as pas lu le journal, comment tu peux connaître tous ces détails-la ? A moins que à moins que ne me dis pas que toi aussi tu es entrée dans cette calèche cassée-là ? Toi aussi, toi aussi tu as fait le virement pour avoir le colis qui n’existait pas ? !

— Ecoute je suis un peu pressée la

— ok ok, je comprends mais avant de partir reconnais au moins une affaire avec moi

— quelle affaire ?

— Que certains Mauriciens sont vraiment mari bêtes pour se faire arnaquer sur internet !