L’exposition Borderline a ouvert ses portes au public hier dans les zones E et F de l’impressionnant bâtiment du Grenier, auquel on accède en passant à l’arrière de la Poste centrale. L’intérêt de cette exposition, programmée pour deux semaines, réside dans le fait qu’elle porte un regard et construit un discours autour du travail de vingt artistes oeuvrant à Maurice. S’en dégagent des éléments de réflexion sur l’art contemporain mauricien que les commissaires Laetitia Lor et Alicia Maurel égrènent entre autres dans le catalogue qui redéfinit le travail de ces artistes à la lumière de ce qu’ils ont fait pour Borderline. Cet événement inédit dans sa démarche va aussi être ponctué par quatre tables rondes, ouvertes au public au cours desquelles cette réflexion pourra se poursuivre par la parole.
Impossible ici de commenter l’intégralité de Borderline où se côtoient vingt artistes qui ont en quelque sorte chacun une petite exposition individuelle, le tout rassemblant quatre-vingt-dix sept oeuvres, qui peuvent être peinture, aquarelle, dessin, vidéo, photographie, installation, gravure, sculpture proposant aussi souvent de mixer les techniques. Les organisatrices recommandent de la visiter en partant de la droite. Ainsi s’ouvre-t-elle en entrant sur l’impressionnant « banyan sucré, salé » qu’a patiemment confectionné l’artiste Nirmal Hurry sans doute avec l’aide de quelques petites mains.
Réalisé à partir de papiers déchiquetés noués et agglutinés ensemble pour former des lianes, puis enveloppés dans des tubulures en plastique qui donnent de la brillance, cet arbre dont les lianes ressemblent à des racines, formant des troncs en s’enchevêtrant dans une apparente confusion, est à entendre comme la complexité à définir l’identité mauricienne. À la fois enraciné et tendu vers le ciel, cet arbre à palabre tout blanc et brillant utilise un matériau dont nos bureaux sont remplis, ces supports éphémères d’informations devenues obsolètes. Est-ce une invitation à réinventer notre récit dans le monde actuel ? Assurément car au fil des déambulations dans cet espace réinventé, chaque artiste nous y invite à sa manière.
Deanna de Marigny offre une nouvelle vie à des matériaux nobles maltraités. L’arbre revient dans les grands tableaux colorés de Krishna Luchoomun qui s’intéresse à ces enracinements souterrains qui se touchent, constituent des réseaux et forment un centre nerveux aux ramifications centrifuges. Azim Moolan propose deux expériences visuelles sous des titres totalement énigmatiques. Il faut être deux amis pour apprécier l’installation ID GAF : monter face à face sur les petits piédestaux en bois posé au sol et glisser sa tête dans ce qui ressemble à un énorme casque de coiffeur, et tandis que l’on s’observe, un jeu de lumières mélange les deux visages de différentes manières…
Henry Crespy propose une version contemporaine de Paul et Virginie, David Constantin nous dit que la terre n’a plus besoin des hommes, Stina Bécherel met du merveilleux dans notre quotidien et Yves Pitchen nous émeut avec des photographies en couleur inédites qu’il a réalisées dans les années 80. Il faudrait encore parler d’Élisabeth de Marcy Chelin, Chloé Ip, Jocelyn Thomasse, Baba Gaïa, de Céline Le Vieux, Gaël Froget, Khalid Nazroo, Maiti Chagny, puis Maryann Maingard, Salim Currimjee, Simon Back et Stéphanie Desvaux. Nous y reviendrons.
Quatre rendez-vous
Alicia Maurel et Laetitia Lor proposent quatre tables rondes gratuites et ouvertes au public, sur différents axes de réflexion sur l’art contemporain à Maurice et le thème Borderline, au cours desquelles s’exprimeront certains artistes exposant avec l’appui de différents modérateurs. Animée par les deux commissaires, la première d’entre elles se tient ce matin sur place à 11 heures pour traiter de « L’art des autres ». Le rendez-vous suivant est fixé à mercredi 6 avril à 15 heures, avec Yves Pitchen comme modérateur pour porter un nouveau regard sur Malcolm de Chazal et Pierre Poivre en les considérant comme des « border-liners » avant la lettre…
Suivra vendredi 8 avril, à 11h30 une troisième rencontre animée cette fois-ci par l’architecte Gaëtan Siew sur le thème « Le développement des arts districts – influences et modèles ». Enfin, ces sessions de débat et d’échanges se concluront mercredi 13 avril, à 15 heures, sous la férule des modératrices Alicia Maurel et Laetitia Lor, par une proposition de synthèse qui devrait permettre de « Définir notre art contemporain ».