Après deux ans de préparation, l’atelier pARTage lance enfin son projet de grande envergure : “Art in the forest”. Les 23 et 24 juillet, en vous promenant dans le Parc National de Rivière Noire, vous pourrez apprécier une exposition relevant du Land Art, qui sort de l’ordinaire.
Ils sont 28 artistes à partager cette aventure : dix Mauriciens, quatre étudiants des beaux-arts ainsi que quatorze étrangers. Tous sont animés par la même motivation : mettre l’art au service de la nature. “C’est avant tout un projet artistique, pas environnemental”, tient à préciser Krishna Luchoomun, l’initiateur de cette exposition. “Notre idée est d’utiliser notre art pour conscientiser les Mauriciens sur l’importance de l’environnement et de sa préservation, d’inspirer les visiteurs, de les aider à porter plus d’attention sur l’environnement.”
Le hasard fait bien les choses : même si rien n’a été calculé, ce projet tombe en pleine Année internationale pour la sauvegarde des forêts.
Tableaux vivants.
Au gré de sa promenade dans les bois, le visiteur remarquera des œuvres, disséminées dans la nature. “Une cinquantaine de zones ont été identifiées”, souligne Krishna Luchoomun. Chaque œuvre est différente : les matériaux utilisés varient, donnant à chaque création sa particularité et la laissant véhiculer son message. “Nous avons voulu faire quelque chose de différent. Le but est d’utiliser les matériaux de la forêt pour leur donner un autre langage”,explique-t-il. “Mais les artistes ne sont pas limités pour autant. Ils peuvent utiliser tous les matériaux qu’ils veulent, du moment que tout est enlevé après l’exposition. Bien entendu, il est hors de question de détériorer de quelque façon que ce soit la forêt.”
La majeure partie des éléments est créée par les artistes en atelier, ou dans le bureau principal du Parc National, qui leur a prêté une pièce à cet effet. Ils seront ensuite installés à différents endroits du Parc, à des emplacements que chaque artiste a identifiés et choisis selon son inspiration. Installations sur l’eau, sur les arbres ou encore sur les rochers : tous les moyens sont bons. “Au final, le promeneur se retrouvera face à de véritables tableaux en 3D”, déclare Sultana Haukim, artiste mauricienne. “Aucune explication ne sera donnée. C’est à chacun de ressentir et de découvrir les messages.” Le spectateur pourra se faire sa propre opinion sur le sujet : “Nous voulons provoquer la réflexion, et non dire aux gens quoi penser !”, ajoute Krishna Luchoomun. “Quelque chose va leur parler. En gros, c’est un dialogue entre le spectateur et l’objet.”
Afin d’apporter une dimension supplémentaire et donner un côté encore plus vivant à cette exposition en plein air, un artiste se livrera, à différentes heures, à une performance muette, par des gestes et des mouvements, et exprimera ainsi différemment les messages des participants.
Inspiration.
Les artistes sont totalement motivés pour donner libre cours à leur imagination. Et l’inspiration, dans les bois, ça ne manque pas ! “Je suis arrivée sans idée précise”, raconte Florence Vitry, artiste réunionnaise. “En me promenant dans la forêt pour repérer les lieux, les idées ont commencé à foisonner ! Et mes idées de départ ont dû être complètement revisitées pour que je puisse les adapter aux conditions des lieux.”
L’endroit semble particulièrement propice aux inspirations artistiques, car tous les participants nous ont dit la même chose. En passant la journée en pleine nature, en l’écoutant et l’admirant pour en tirer le meilleur parti artistique tout en la mettant en valeur, ils sont finalement entrés en osmose avec elle. “C’est l’environnement qui nous dit quoi faire”, déclare Krishna Luchoomun.
Les plasticiens rendent hommage à la nature à leur façon. “Écoutez les arbres”, nous invite Derf, artiste réunionnais. “Les artistes traduisent ce qu’ils ont à dire, ils ne sont que les intermédiaires.”
Tous apprécient grandement de travailler en plein Parc Naturel. “C’est un véritable plaisir, pas un travail”, nous confie Sultana Haukim. Ils s’accordent à dire qu’au cœur de cette nature, ils trouvent davantage d’idées. “Cette exposition est un retour aux sources d’inspiration. Quel plus bel atelier peut-on trouver qu’un parc protégé, une forêt préservée ?”
Voir autrement.
Cette exposition de Land Artrenferme de nombreux messages. Bien entendu, le plus flagrant est celui de l’environnement, du besoin de préserver la nature, du fait que la forêt souffre et que la terre va mal. Mais au-delà de cette première couche, le land artrelève d’une autre initiative : celui de changer le regard des gens. “Le Land Artest une manière d’essayer que les gens regardent l’art autrement que dans un espace dédié”, souligne le plasticien Guillaume Lebourg. “Cela donne un aspect éducatif à la démarche, ce qui est intéressant. L’intérêt d’être dans la nature est que l’on peut la regarder autrement.”
Si c’est la toute première exposition de Land Artdans tout l’océan Indien, cette forme d’expression n’est pourtant pas nouvelle. “Le Land Artexiste depuis que l’homme est apparu sur terre. Entre les peintures rupestres, les peintures aborigènes, ou encore Stonehenge, les exemples ne manquent pas !”, souligne Krishna Luchoomun. “Ce sont les Américains, dans les années 60-70, qui ont donné ce nom à cet art.”
Il s’agit de sortir les œuvres du circuit traditionnel des galeries et des musées, tout en retrouvant une interaction avec la nature. “Non seulement cela permet d’emmener l’art vers les gens, de le démocratiser. Mais cela nous donne aussi l’occasion de retrouver le respect que l’on doit à l’environnement. Le land artpermet de rappeler à l’homme qu’il fait partie intégrante de la nature.”
Si vous rêvez de prendre un bon bol d’air et de découvrir les créations inspirées par la nature, n’hésitez pas à mettre le cap sur le Parc National de Rivière Noire ce week-end. L’entrée est gratuite.