ARTICLE PARU DANS LE “FORUM” DU “MAURICIEN” LE 28 FÉVRIER, 2013 — PLACE D’ARMES INONDÉE ET PARALYSIE : pour des explications crédibles du gouvernement…

Nous avons tous été interpellés par les photos de la Place d'Armes envahie d'eau, une situation inédite par temps pluvieux ou d’averses dites diluviennes. Celle de la Jaguar prise au piège en ce lieu transformé en “lac” restera aussi dans les mémoires, compte tenu d’un phénomène à caractère exceptionnel.
Devant l'ampleur des congestions routières résultant en la paralysie de ce point névralgique de la circulation vers Port-Louis et le Nord, devenu impraticable pour quelques heures, l'État et le secteur privé prirent la folle décision de renvoyer chez eux des milliers de travailleurs mauriciens - qui étaient sans doute plus à l'abri dans leurs entreprises - pour aller rejoindre dans la nature les autres, ceux qui bataillaient pour gagner leurs bureaux, au moment même où les éléments provoquaient un état de dangerosité maximale. Les embouteillages se sont alors décuplés mais heureusement que la météo s'était trompée… et qu’il n'y a eu point de victime.
Cette absence de victimes humaines ne peut être un prétexte acceptable pour que le gouvernement fasse l'économie d'une enquête pour analyser, voire déterminer, les raisons pour lesquelles une simple pluie, fut-elle diluvienne, a conduit à une telle situation chaotique. La grande frayeur vécue par une députée orange devenue PPS rouge, au volant de la Jaguar mise à sa disposition par les contribuables, n'est-elle pas un motif suffisant pour appréhender ce qui s'est réellement produit en ce mercredi fatidique ?
La référence premierministérielle aux galères new-yorkaises victimes des coups de boutoir de l'intense ouragan Sandy, en vue d’absoudre les services étatiques de toute responsabilité, n'est pas raisonnable ; elle traduit bien une méconnaissance des phénomènes atmosphériques. Entre un cyclone dévastateur et une simple pluie, il y a une différence indiscutable, le Premier ministre a raison, il faut laisser le soin aux spécialistes d’apprécier. Ces égarements ont quand même, selon des économistes reconnus, coûté la bagatelle de Rs 300 millions à notre économie.
Jusqu'ici seul le journal Week-End s'est aventuré à esquisser une explication qui tienne la route. La construction de la troisième voie avec des remblais comme obstacle à l'écoulement libre de l'eau et seulement quatre drains classiques pour la laisser circuler en temps pluvieux en est vraisemblablement le déclencheur. Cela a entraîné une brutale montée des eaux en aval qui a débordé sur les routes existantes et, la pente aidant, cet excès d'eau s’est par la suite accumulé à la Place d'Armes. L'ouverture de passages d'eaux par les maîtres d'ouvrage la semaine suivante a démontré que cette hypothèse était la plus probable.
Néanmoins, il nous faut des certitudes. Il appartient donc à l'État de nous garantir cela. La question est simple et mérite une réponse limpide pour qu'un tel phénomène ne se reproduise plus. Pourquoi et comment la Place d'Armes, normalement arrosée et se retrouvant avec quelques flaques d'eau en pareil temps, s'est cette fois retrouvée inondée au point de bloquer la circulation et paralyser par là même le pays ? Cette réponse, c'est le moins que l'on puisse attendre d'un gouvernement qui clame son sens de responsabilité et de transparence…

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NdlR : * Fait exceptionnel : nous publions de nouveau ce texte d’Oeil de Lynx, qui nous avait fait parvenir sa contribution après la première inondation à la Place d’Armes cette année. En citoyen responsable, ce correspondant et fidèle lecteur du “Mauricien” et de “Week-End” souhaitait une prompte réaction de la part des autorités… En attendant Godot !