« It is by living on the borderline of history and langage, on the limits of race and gender, that we are in a position to translate the differences between them into a kind of solidarity. » Cette citation extraite de The Location of Culture, du spécialiste indien des études post-coloniales Homi Bhabha, a particulièrement inspiré les conceptrices de l’exposition collective Borderline, qui prend place à partir de vendredi au Grenier, à Port-Louis. Entrée libre et gratuite pour découvrir Borderline, qui associe 90 oeuvres réalisées par 20 artistes jusqu’au 14 avril.
Borderline, cette marge, cette limite, ligne mitoyenne d’où la vue est plus large, représente le thème de convergence qui a guidé les 20 artistes participant à l’exposition Borderline. Ils prennent place sur deux niveaux du plus célèbre bâtiment du port de Port-Louis : le Grenier. Cet immeuble à étages, tout de briques argileuses, caractéristique de l’architecture industrielle portuaire britannique, a joué un rôle à la fois nourricier et commerçant, bien plus vital pour la nation que celui d’actuel parking. Compte tenu de sa position centrale dans la capitale, il a été question à une époque d’y installer un village d’artistes avec, notamment, des ateliers, des espaces d’enregistrement et d’exposition et un auditorium, pour le public, dans l’esprit des usines éphémères d’Europe qui, à la fin de leur vie, se sont transformées en espaces de création, ou encore des anciens entrepôts de Bercy, à Paris, qui ont été convertis en ateliers d’artistes. En vain.
Salim Currimjee y a présenté une exposition temporaire sur un niveau il y a quelques années, venue réveiller l’intérêt pour le lieu ponctuellement dans sa monotone vie de parking automobile. Cette fois, Alicia Maurel et Laetitia Lor ont eu l’idée d’investir deux niveaux pour accueillir le projet collectif Borderline, qui associe artistes connus et moins connus, la plupart s’inscrivant dans des courants de création contemporaine. Ayant créé l’agence de commissariat artistique The third dot, elles entendent monter régulièrement des événements artistiques d’envergure comme celui-ci ainsi que des expositions individuelles dans différents lieux transformés temporairement, qui permettent aux artistes à la fois de mieux faire connaître leur travail et de mieux gagner leur vie.
« En proposant un véritable “curating”, nous souhaitons aussi accompagner les artistes et les représenter sur le marché international, les aider à se professionnaliser pour aussi à terme leur permettre d’avoir une cote », explique en l’occurrence Laetitia Lor, qui est elle-même artiste en activité à Maurice. Sa complice, Alicia Maurel, a quant à elle, après des études en sciences politiques et affaires internationales, réorienté sa vie professionnelle en réalisant tout d’abord sa maîtrise dans une institution londonienne sur le développement d’espaces artistiques dans l’île Maurice post-coloniale en concevant une formule qui consisterait à inventer un troisième espace… Cette exposition au Grenier en est la première application concrète. D’entrée libre et gratuite, Borderline occupera les niveaux E et F du Grenier du 1er au 14 avril, tous les jours, de 10 à 17 h. Les organisatrices seront sur place pour renseigner les visiteurs et expliquer leur démarche autour de ce qu’elles appellent ici un « musée d’art éphémère », conçu pour un lieu chargé d’histoire et capable d’abriter 90 oeuvres dont la réalisation a été suivie pendant quatre mois en studio.
Tous les médias sont convoqués pour ce projet, de la peinture à la vidéo en passant par la sculpture, l’installation, le dessin, la photographie ou le collage. L’ambition est ici de « raconter, par le biais de l’art, notre territoire et sa société, dans son ambivalence et sa complexité ». L’hybridité, l’union des différences et leur transformation en solidarité, le dialogue et les échanges entre artistes en sont la pierre angulaire. Les contributeurs sont Azim Moollan avec des installations numériques et de la vidéo, Baba Gaïa avec du dessin, Céline Le Vieux pour la peinture abstraite, Chloé Ip pour la photo, David Constantin pour la peinture, Deanna de Marigny pour la sculpture, Elisabeth de Marcy Chelin (installation), Gaël Froget (peinture), Henri Crespy et Jocelyn Thomasse pour la peinture figurative, Khalid Nazroo, Krishna Luchoomun, Maiti Chagny (peinture abstraite), Maryann Maingard, Nirmal Hurry, Salim Currimjee, Simon Back, Stéphanie Desvaux, Stina Béchrel et le photographe Yves Pitchen.