ARTS PLASTIQUES: GALERIE AGARTHA* KHRONOS

L’exposition est construite sur une sélection de travaux qui se déclinent sur une dizaine d’années, notamment les trois récents solos : PRAKZIS, Galerie Agartha (ex-CONSULAT), 2012, MORS ULTIMA RATIO, Maison Ghanty, 2015 et VIVA LA MUERTE… HOMINUM MUNDUM !, IFM, Institut Français de Maurice, l’an dernier. Ce n’est pas une rétrospective, mais un regard au large spectre.
J’ai choisi comme titre KHRONOS, le Temps en grec, précisément parce qu’en filigrane le temps écoulé tisse le lien entre les différentes pièces montrées. Ce temps qui défile permet de constater non seulement l’évolution, mais aussi donne à voir les constantes, les techniques établies depuis longtemps, la manière, les processus de création, la dialectique interne et la méthodologie pour aborder les problématiques de l’Esthétique Contemporaine. L’Art Contemporain est mondial, mais chaque pays l’investit selon ses critères propres, ses réalités sociales, son Histoire et sa Culture. En cela mon travail se fonde sur un discours et un vocabulaire témoins d’une spécificité, d’un particularisme ancré dans l’Ensemble Culturel de la Kréolité (que je persiste à écrire avec un K pour marquer sa différence et sa cohérence), tout en étant ouvert sur et inscrit dans l’Universalité de l’Art. La Kréolité s’entend comme Cultures issues des mêmes conditions historiques qui ont façonné l’Âme commune et particulière de chacun des peuples dans leurs contextes spécifiques, et dont le maillage traverse plusieurs régions, plusieurs continents, plusieurs océans, les Caraïbes, le Brésil, la Nouvelle Orléans, l’océan Indien entre autres.  
Le Parcours
La première période débute en 1970 avec les séries SOLUTIONs, proche de l’Arte Povera, des Déchireurs D’affiches et du Pop Art. La réflexion était portée sur les problématiques sociétales, politiques et économiques de l’époque et du pays. C’était la période de l’Art et de l’Artiste Engagé et du concept de « …l’intellectuel organique des masses… », d’Antonio Gramsci. Un des questionnements fut le subjectif et l’objectif en Art. Il s’agissait d’appliquer la méthode d’analyse matérialiste dialectique à une sphère autre que les sciences politiques, en démontrant la volonté d’être cohérent dans différents niveaux d’une Pensée par la démonstration d’une praxis qui concilie le discours et l’action politique, l’analyse critique et la réflexion philosophique, la théorisation d’une esthétique et sa pratique. Inscrire dans le discours et la pratique Esthétique la thèse de la fonction sociale de l’Art et établir qu’il fait partie du mouvement de l’ensemble des réalités sociales et historiques.
Les années 80 voient l’affirmation d’une esthétique propre à l’Identité et la Culture Nationales, dont le pilier est la Kréolité, définie comme la lente sédimentation d’éléments culturels pluriels au cours du processus historique et social de la création d’un ensemble, à savoir la Nation mauricienne issue du colonialisme, de l’Esclavage et de l’Engagisme. En d’autres temps, on dénommait Créoles les personnes d’origines européennes nées dans les colonies. Puis créole est devenu synonyme de Descendants d’Esclaves. Aujourd’hui, avec d’autres intellectuels de la Diaspora Kréol de la stature des Edouard Glissant, Raphaël Confiant, Patrick Chamoiseau, Léon Damas, Daniel Hoarau (Danyel Waro), Axel Gauvin entre autres j’affirme que la Kréolité est une Culture particulière qui émane du Brassage, du Métissage, de la Bâtardise forcés par l’Histoire des peuplements. Elle n’est pas une culture de comptoir ou de commerce et notre langue vivante qui dit le Récit de la Kréolité n’est pas un patois, un pidgin, un syncrétisme, même si elle fut à ses origines un parler rudimentaire produit par la nécessaire simplification des langues en contact pour des besoins limités et que ses racines sont de parentèle française, anglaise, portugaise, africaine, malgache, indienne, chinoise et arabe.
L’émancipation de l’unique source culturelle occidentale est pour moi alors déjà un fait acquis. Le Discours « nationalitaire », par opposition au nationalisme soupçonné aujourd’hui de xénophobie, s’inscrivait dans l’architecture de la consolidation de l’Identité Nationale et de l’Art entendu comme expression sans contraintes et sans entraves.
La période fin 80, début des années 90, sur ces mêmes Axes de réflexion, permirent de sortir de la stricte préoccupation politique et de la relation à l’Histoire qui s’écrit pour s’ouvrir sur une appréhension plus vaste du rapport de l’Homme à lui-même, à l’Autre, à son environnement et à l’Univers. Cette réflexion mena à la thématique SIGNES/SYMBOLES/ARCHETYPES et à une nouvelle écriture picturale dont les références majeures furent l’Ésotérisme, l’Occulte, les Traditions. Les Alphabets comme Signes, la Géométrie pour Symbole et les Formes pour Archétypes générèrent ensemble une empreinte qui consolida un Vocabulaire Plastique déjà installé. Au blanc et noir et aux couleurs primaires du début, avec le kadrikolor national comme leitmotiv, s’ajoutèrent les Ors, les Bronzes, les cuivres, les Ocres, les Bruns, les Marrons et les Terres de Siennes.
Les formats académiques rejetés dès le départ, les encadrements abandonnés depuis longtemps, ce sont les châssis qui disparaissent dans les années 90 avec les Kakémonos. La Verticalité, les techniques mixtes sur des rouleaux de toile, de papier, de carton, des pièces de bois ou de contre-plaqué devinrent la Marque de Fabrique.
Mi-années 90, les fondements premiers étaient là, mais je commençais à me sentir prisonnier de la géométrie, des formes par trop structurées, d’une certaine dimension architecturale. J’ai abordé une période où je retrouvais la liberté du trait, des déchirures, des hachures et le dessin arrivant avec force.
Aujourd’hui le travail s’invente d’autres dimensions, par les installations, les scénographies, l’appropriation et le détournement d’espace de leur fonction initiale, par la création de nouveaux volumes dans des volumes existants, des œuvres éphémères, l’usage de techniques mixtes sur des supports variés et avec tous types de matériaux (timbres, enveloppes, photocopies, collages, pochoirs, encres, feutres, acrylique, etc.). Les catalogues deviennent aussi des éléments de la Manifestation d’Art Contemporain pour dépasser la notion d’exposition, d’accrochage, de cimaises, etc. Le travail se réfère à lui-même, s’inventorie en puisant dans sa propre historicité, celle de son auteur, de l’environnement social et du Temps Historique présent. Les derniers travaux puisent souvent à une palette réduite au noir et blanc en déclinant des nuances de gris qui vont des plus chaudes aux plus froides rehaussées de rares touches de couleurs.

C’est ce cheminement, cet itinéraire plastique qui se donne à voir dans KHRONOS.  

PS : Je voudrais remercier ici, Pierre Martin pour son soutien continu, Eric Martin, Ravish Rama, Directeurs et toute l’équipe de Avila (Mauritius) Ltd.

*5, rue Saint-Georges Port-Louis (ancien Consulat de France et ancien CIFOD)
Ouvert tous les jours de 11hr à 16h, sauf week-ends et jours fériés