ARTS PLASTIQUES JUSQU’AU 12 AOÛT : Une expérience vanillée en avant-première

Lizvlx et Hans Bernhard donnent une conférence lundi au MGI à 13 h, avant d’animer pendant quelques jours un atelier avec les étudiants

Les amateurs d’art vidéo et de hacking créatif devraient se dépêcher d’aller au MGI, à Moka, où un couple d’artistes venu de Suisse montre ses inventions. L’exposition d’Übermorgen (après-demain en allemand) qu’ont fondée Lizvlx et Hans Bernhard est en démonstration à la galerie du département de Fine Arts jusqu’au 12 août, seulement aux heures ouvrables. Ce couple de media hackers, vidéastes et online performers s’est particulièrement fait remarquer en 2000 lorsqu’ils ont organisé une vente aux enchères en ligne des votes pour l’élection qui opposait George W. Bush à Al Gore… Au public mauricien, ils réservent entre autres leur dernière création vidéo inédite.
Lizvlx et Hans Bernhard inaugurent aujourd’hui au MGI l’exposition qu’ils ont conçue dans le cadre de la résidence qu’ils effectuent à Maurice depuis quelques semaines sous la houlette de pARTage, avec le soutien de Pro Helvetia et BKA Austria. S’ils passent ici en revue différents types de créations déjà montrées dans le passé, ils présentent en première mondiale une vidéo de 26 minutes qui leur a été inspirée par Elliot Rodger, ce jeune homme de 22 ans atteint d’une forme d’autisme, qui s’est rendu tristement célèbre en tuant sept personnes avant de se suicider, le 23 mai 2014, sur un campus à côté de Santa Barbara, en Californie. Nice vanilla latte est le titre énigmatique de cette vidéo qui se propose de montrer la psychopathologie en action. Pour les auteurs, ce « malignant narcissist and spree killer » fait partie d’une famille de malades mentaux : la mère, la sœur, les enfants et la grand-mère étant évoqués… S’intéressant à leurs interactions et manipulations réciproques, Übermorgen réagit en quelque sorte à sa façon et dans son style mi-provocateur, mi-ironique à cet acte aussi terrible qu’irrationnel commis par un jeune homme qui exprimait, entre autres, une haine viscérale contre les femmes sur les réseaux sociaux.
Si la tuerie de Santa Barbara est la suite d’une longue liste de violences similaires, pour Lizvlx et Hans Bernhard, elle fait partie d’un éventail de phénomènes actuels qui animent de manière récurrente les chroniques de presse, et qui leur donnent du grain à moudre dans leurs créations. La violence de la marée noire qui a littéralement asphyxié le golfe du Mexique, d’avril à septembre 2010, leur a inspiré quant à elle l’idée d’une peinture mouvementée. Imaginez qu’au lieu des 800 litres de pétrole qui se sont déversés de la plate-forme Deepwater Horizon, l’océan se recouvre soudain de nappes de peinture à l’huile aux couleurs différentes et que les éléments, les courants et la marée composent ainsi la plus grande toile du monde… L’idée est simple, fantasque, mais elle fait son effet grâce à une simulation informatique présentée sur un morceau de piano classique à la fois solennel et tragique. Cette vidéo intitulée Deephorizon entend présenter à la fois l’artificialisation (Verkuenstlichung) de la nature et la naturalisation (Vernatuerlichung) de l’art, jouant sur ces deux mots allemands si proches et éloignés à la fois.

A new political style…
WOPPOW, ou Somali Pirate Fashion, montre les images drolatiques d’un monde où la piraterie qui sévit dans notre océan enclencherait une mode vestimentaire très tendance. L’idée n’est pas si farfelue lorsqu’on songe par exemple aux fameux pantalons corsaires et petits foulards rouges croisés autour du cou si tendances dans la mode occidentale, héritées du thème de la piraterie du XVIIIe… Les artistes vont juste un peu plus loin dans leur approche de l’absurde et de la crétinerie avec des commentaires aussi déconcertants que ce qui suit : «… we are so inspired by the violence of this world, we got really interested in political statements, being political is such a huge trend, it’s not military style anymore, it’s political style, by using bullet ».
Après ces quatre minutes de délire déjanté, il est possible de passer à une autre réjouissance qui prend quant à elle à rebours cette manie qui consiste à vouloir rester jeune, y compris en subissant des transformations physiques invasives. Pourquoi s’embêter avec tout ça quand il est possible avec l’outil virtuel de se vieillir à volonté avec l’aide d’Oldify… Des pigments sur papier montrent l’expérience du vieillissement tel que l’ont vécu les enfants Billie et Lola jouant avec du maquillage virtuel (Touch apps et Apptly) avec l’aide de Lizvlx, pixel par pixel. « They look so old and weird ! We made them so pretty before ! I think Selena Gomez will look like Lindsay Lohan one day… »
Outre leur proposition aussi provocante que pertinente aux électeurs américains de mettre aux enchères en ligne leur bulletin de vote lors des élections qui ont opposé George W. Bush et Al Gore, Übermorgen s’est aussi fait remarquer internationalement avec le projet GWEI — entendez Google Will Eat Itself — qui consistait à s’appuyer sur le modèle publicitaire de Google pour inciter les utilisateurs à en quelque sorte devenir eux-mêmes propriétaires du géant virtuel. Une démarche artistique qui pointe du doigt certains travers éthiques de l’économie virtuelle, et qui a valu au couple une critique élogieuse dans le New York Times…