Le leader de l’opposition a, dans le cadre d’un entretien accordé au Mauricien dimanche avant la conférence de presse du Premier ministre, exprimé librement son état d’âme. Il considère que le gouvernement ne devrait pas hésiter à prendre l’argent du FMI et de l’Exim Bank de l’Inde.

Quelle est votre première appréciation de la situation ?
Nous sommes en état de guerre. Il y a non seulement une urgence sanitaire mais aussi une urgence économique. Nous félicitons toutes les personnes qui travaillent sur le terrain, ceux qui nettoient les salles et les routes. C’est le moment d’agir comme une seule nation. Le passé sera jugé après. Il nous faut prendre des décisions courageuses et historiques. Il nous faut d’abord et avant tout adopter un bon contrôle et agir avec responsabilité.

Est-ce que les mesures économiques prises sont adéquates ?
Il n’y a pas eu l’espace fiscal pour venir avec un “stimulus package”. Encore une fois, nous nous efforçons de ne pas regarder dans le rétroviseur. Il ne faut pas hésiter d’avoir une largesse concernant ce qui doit être fait pour avoir tous les équipements, à savoir les “personal protective equipements”, les ventilateurs dans les hôpitaux, et les tests qu’il faut faire.
Au niveau international, nous constatons que la Grande-Bretagne est arrivée avec un “stimulus package” sans précédent. À Maurice, « the horse is out of the stall ». Il s’agit maintenant de le contenir. Il ne faut pas voir notre déficit budgétaire. S’il faut prendre de l’argent avec l’Exim Bank de l’Inde ou avec le FMI, il ne faut pas hésiter. On ne devrait pas dire que nous avons assez de ressources financières. C’est une question de déboursement des ressources. Il nous faut mobiliser toutes les ressources afin de pouvoir contenir le problème.
Une des premières choses qui aurait dû être faite, c’est d’avoir un “coronavirus tsar”. Nous aurions dû avoir une personne experte pour être aux commandes. Je suis chagrin qu’un ministère comme celui de la Santé ait en trois mois changé trois Senior Chief Executive.
Il faut donc revoir les ressources financières pour assurer l’efficacité de la fonction publique, et avoir un “coronavirus tsar”, soit quelqu’un qui a une connaissance scientifique et qui aurait été là à côté des autorités. On aurait pu faire venir un expert de l’Inde ou de la Chine surtout. Aujourd’hui des équipes d’experts chinois vont à travers le monde. Même La Lombardie, riche province italienne, a accepté l’aide de la Chine. Il faut reconnaître que le “level of preparedness” a laissé beaucoup à désirer et qu’il y a « a lot of catching up to be done. »
Pour contenir le virus, il faut augmenter le nombre de tests, surtout à l’intention de ceux qui sont sur le “frontline”. En termes de ressources humaines, tous les chefs de service doivent avoir un “emergency power”. Il faut recruter des médecins qui ont déjà fait leur internat, appeler ceux qui ont terminé leurs études. Il faut créer un pool de “Paramedics” pour prévenir le “worse case scenario”.

Vous avez rencontré le Premier ministre. Comment cela s’est passé ?
J’ai rencontré le Premier ministre à sa demande. Beaucoup de questions ont déjà été soulevées avec lui. J’étais accompagné du député Ritesh Ramful. La rencontre était courtoise et a eu lieu dans un esprit patriotique qui dépasse les divergences politiques, sachant que c’est tout le pays qui est en guerre. Je lui ai fait comprendre qu’il a été mal inspiré de se rendre dans un centre de quarantaine. Une personne qui entre dans un centre de quarantaine devrait normalement subir immédiatement un test par précaution. D’autres sujets que je comptais inclure dans la PNQ ont été évoqués et je lui ai fait comprendre que nous sommes prêts a apporter notre contribution à l’élan national. Nous sommes en état de guerre. Il n’y a pas de bombe mais un virus invisible qui est en train de faire des dégâts immenses.

Le Premier ministre a annoncé un “lockdown”…
Il y a beaucoup de débats à ce sujet dans le monde. Certains sont même opposés à une forme de “lockdown”. Mais pour le moment, c’est la seule solution. Le“lockdown” est dans l’intérêt de tout un chacun. Il doit être scrupuleusement en fonction des instructions données et ds protocoles d’hygiène établis. La solution pour le moment, c’est ce que nous faisons en ce moment. L’autre solution contre le virus est un vaccin. Nous ne savons pas quand il y a aura un vaccin. Prions pour que les laboratoires de recherche arrivent à une solution au plus vite. La Chine a appliqué le “lockdown”avec succès. L’Europe peine à le faire avec succès. Aux, Pays-Bas on a adopté un système de “suppression and mitigation”. D’autres pensent qu’il faut lever le “lockdown” à un certain moment, quitte à le réintroduire mais cette méthode comprend des risques.

Avez-vous des inquiétudes pour Maurice ?
J’ai parlé des marchands de légumes. Le gouvernement devrait leur accorder une attention particulière parce qu’il ne faut pas déranger la “supply chain”. Des mesures financières ont été prévues pour le secteur formel. Mais il y a beaucoup d’opérateurs qui ne sont pas “tax registered”. C’est ainsi que plusieurs classes de travailleurs auront un problème de “cash-flow”. Un “employment relief scheme” pour les “self employed” aurait été le bienvenu. Même si le gouvernement compte dépenser des milliards. Le problème des petites entreprises reste entier en raison du manque de “cash-flow”. Il faut empêcher tous les dérapages sociaux. La dimension sociale doit faire partie intégrante des mesures de soutien qui sont introduites. Maintenant qu’est-ce qui va se passer pour les retraités ? Tout le monde n’a pas un compte bancaire.
Autre sujet d’inquiétude, on n’a pas encore expliqué qui sont ceux qui sont à risque. Il y a les travailleurs étrangers, il y a le “herding” dans les “slums”, les enfants de rue qui sont les plus à risque. Ne faudra-t-il pas envisager une forme de “meal on wheel” qui aurait été appliquée avec toutes les précautions ? Il faudrait envisager une forme de distribution de vivre pour les plus pauvres si le “lockdown” doit se poursuivre. Ce qui m’inquiète aussi lorsqu’on parle de confinement, c’est la question de savoir pendant combien de temps une personne peut gérer ses commodités. Where do you draw the line ? Faut-il introduire un type de ration ? Le fil conducteur doit être clair et net afin de prévenir tous les risques.
Autre problème : beaucoup de gens attrapent l’influenza en cette période de l’année. Beaucoup de personnes restent chez elles pour se soigner, ce qui est la meilleure chose à faire. Je me demande s’il ne faut pas créer de nouveaux hôpitaux. Maurice n’est pas la Chine qui a construit un hôpital en quelques jours. Il faudra envisager de transformer le centre multisport de Côte-d’Or à l’intention de ceux qui ont des “infectious disorders”.

Quid de la politique ?
Je me réjouis que les partis politiques aient agi avec beaucoup de responsabilité. Le moment est très grave pour être cynique. Je dis à mes amis parlementaires que nous sommes aujourd’hui confrontés à une crise sans précédent. Dans un moment pareil, il ne faut pas faire des remarques inappropriées. C’est toute l’île Maurice qui doit vivre ensemble et nous devons vaincre le coronavirus.
Nous sommes tous des humains. Il ne faut jamais oublier toit ce que signifie la politique humanitaire. Il ne faut pas vivre au-delà de nos moyens. Il faut vivre d’après nos moyens en développant une “saving culture” et vivre en bon voisinage. Il ne faut pas devenir individualiste.

Comment vivez-vous cela personnellement ?
Je peux aider en donnant des conseils à des gens à travers des applications. Nous sommes en état de guerre et nous devons tous être utiles. Tout doit être fait pour contenir le nombre de personnes qui sont atteintes.