Après avoir travaillé pendant 17 années aux Seychelles, à Dubaï, au Qatar, aux Maldives et au Maroc sur des projets de développements résidentiels, Ashvin Seeboo est aujourd’hui à la tête du groupe Trimetys Immobilier depuis 2017. Il est celui qui doit mener à bien le projet labellisé’ “Cap Tamarin”. Cette Smart City de 44 hectares devrait sortir de terre d’ici quelques mois dans la région de Tamarin. Le projet sera achevé d’ici 8 années. Interview.

Selon vous, quel est le premier objectif d’une Smart City ? Comment expliquez-vous que l’Etat a souhaité intégrer dans la législation le modèle de’ Smart City Scheme, il y a près de deux ans ?

— L’État avait plusieurs objectifs. Le premier était de résoudre le problème actuel de congestion routière. Aujourd’hui, Port-Louis est le centre névralgique du pays. Toutes les activités convergent vers cette zone. Il y a deux solutions pour éviter cette situation. Améliorer le réseau routier – c’est ce que l’État a fait en construisant des routes comme Terre-Rouge-Verdun qui contournent la capitale, ou en adoptant le projet de métro léger — ou faire en sorte que les Mauriciens soient proches de leurs activités. Or, créer à travers l’île un certain nombre de Smart Cities permet aux Mauriciens de travailler, d’habiter et de s’amuser sur le même lieu. Le deuxième objectif visé par le développement des Smart Cities était de créer de la richesse sur l’ensemble des régions, car ces projets comprennent plusieurs aspects : commerce, résidentiel, mais aussi bureaux. La conjonction de ceux-ci créée un microcosme, une microéconomie qui rejaillit sur les zones alentours.

Le taux d’emploi des habitants de la région de Tamarin se verra-t-il aussi affecté par cette microéconomie ? Combien d’emplois seront créés ?

— Oui, c’est évident. D’une manière générale, Cap Tamarin créera de l’emploi par les multiples activités, commerces et entreprises qui y seront installées. On estime que 1000 à 1500 postes seront offerts, tous secteurs confondus, des professions libérales à la manutention. Notre projet comprend la création de deux écoles secondaires, d’une clinique, d’une maison de retraite, de résidences pour personnes âgées, d’une agora culturelle, d’un centre sportif et des résidences pures, c’est-à-dire appartements et villas individuelles. Seront créés des emplois primaires, tels que personnels de maison, jardiniers, chauffeurs, mais aussi des emplois de services à la personne, comme des aides-soignantes, des infirmiers. Nous allons aussi essayer de convaincre des entreprises du tertiaire, ainsi que celles travaillant dans la recherche et le développement ou à haute valeur ajoutée, de se délocaliser pour venir sur la zone de notreSmart & Happy Village. Des cabinets d’architectes, de notaires, de juristes, ou encore d’experts-comptables pourront venir s’y implanter. Ces entreprises feront le choix de leurs employés qui pourront aussi vivre dans Cap Tamarin. Du côté de Trimetys, où nous favorisons déjà l’emploi des habitants de la région, nous avons l’intention de continuer dans ce sens si les compétences recherchées correspondent à celles de la population de la zone.

Hormis les Mauriciens qui seront employés, les autres habitants de la région auront-ils accès à votre Smart City ?

— Bien entendu ! Trimetys fait en sorte que Cap Tamarin soit ouvert à l’ensemble des Mauriciens, qui pourront accéder à nos produits et à nos services. Notre Smart and Happy village est destiné à tous ceux qui souhaitent y vivre, Mauriciens comme étrangers. Nous ne voulons pas créer un ghetto destiné aux seuls étrangers. Comme une extension du village de Tamarin, nous voulons que Cap Tamarin représente une mosaïque de cultures et réponde aux besoins des différentes phases de vie d’une personne, du jeune professionnel qui commence sa carrière, en passant par les familles avec enfants et retraités. Trimetys souhaite vraiment faire un projet ouvert sur la région, créer un microcosme mauricien et international. Et notre projet sera à taille humaine où tout peut se faire à pied ou à vélo. C’est la raison pour laquelle nous préférerons l’appeler “Smart & Happy Village”, plutôt que “Smart City”.

Comment allez-vous procéder concrètement pour que votre village soit une mosaïque de cultures ?

— Pour commencer, Trimetys ne construira aucun mur autour de notre Smart City. Les habitants de la région pourront donc venir bénéficier des services, d’un parc public, ainsi que des facilités sportives. Surtout, nous allons faire des produits adaptés au marché mauricien. Le premier critère est le prix. Aujourd’hui, il faut avoir minimum Rs 12 à 15 millions pour acheter dans la région Ouest, et minimum Rs 50 000 par mois pour louer. Avec de tels prix, seuls une tranche de la population mauricienne ou des étrangers avec un certain pouvoir d’achat peuvent se permettre d’investir dans cette région prisée. Donc, Trimetys viendra avec un éventail de produits allant du petit studio accessible à un étudiant qui se lance dans la vie professionnelle, ou à un jeune couple, à la villa. Notre objectif est d’avoir des produits de 3 à Rs 40 millions, mais souhaitons que le gros de nos projets soit de 6 à 12 millions. Les prix pour la location pourraient commencer à partir de Rs 15 000-25 000, en fonction de la taille.

Quelle sera la proportion de ces “petits studios” par rapport aux autres biens ?

— Tout va dépendre de la demande du marché. Pour l’instant, nous avons déjà trois projets qui sont en commercialisation : des appartements classiques, une résidence pour personnes âgées actives, des villas de luxe. Dans quelques semaines seront prêts les petits studios et appartements. En fonction de la demande et de la réactivité du marché, on adaptera la deuxième et la troisième phase. Nous essayons d’être à l’écoute. C’est ce que nous avons d’ailleurs fait pour les résidences pour personnes âgées. Nous avons invité des retraités propriétaires de grandes maisons, mais qui souhaitent trouver un plus petit logement pour faciliter leur vie, à participer à des focus groups. On a entendu leurs besoins d’avoir des biens plus petits, plus sécurisés, moins contraignants à gérer, avec des services par exemple. On a conceptualisé les projets en fonction des résultats de ce focus group. Pour ces petits studios dont je vous ai parlé, nous avons pensé à un design adapté par rapport à des études de marché.

Le nombre d’étrangers voulant acheter des villas de luxe pourrait donc être plus important que le nombre de jeunes Mauriciens voulant acheter un petit studio. Le risque que votre Smart City soit plus habitée par des étrangers n’est donc pas négligeable ?

— Il est aussi dans notre intérêt de créer des produits attirant les Mauriciens. Si l’on veut que les entreprises se délocalisent sur notre zone, il faudra bien que leurs personnels puissent s’y loger ! Notre idéal serait que notre Smart & Happy Village soit habité à 50 % par des Mauriciens. Nous voulons impérativement que se côtoient les Mauriciens et les étrangers, mais aussi les Mauriciens vivant à l’étranger. Beaucoup vont sans doute revenir à l’île Maurice, comme l’Etat fait un appel de pied à tous les Mauriciens expatriés pour qu’ils reviennent. L’objectif de Trimetys est de faire en sorte qu’ils retrouvent, en rentrant chez eux, un espace à la fois urbain et balnéaire au sein de Cap Tamarin, quelle que soit la phase de leur vie.

C’est-à-dire ? Qu’entendez-vous par urbain et balnéaire ?

— L’espace sera urbain, car nous allons élaborer de nouveaux concepts, comme celui des maisons en bande, du style londonien. Le Mauricien a toujours eu l’habitude d’acheter une maison avec un jardin, d’où cette offre de petite maison en bande avec jardin. Nous venons donc créer un produit qui vient répondre à ce désir, bien que les maisons mitoyennes ne soient pas encore dans les mœurs à l’île Maurice. Et l’espace sera balnéaire, car l’aménagement sera aussi en phase avec la position géographique du projet, soit près du bord de mer.

Justement, la position géographique de votre projet, entre le lagon et les montages, est particulière. Comment estimez-vous prendre en compte l’environnement, sachant que vous supprimez des hectares de zones vertes, en construisant votre projet sur d’ anciens arpents de cannes à sucre ?

— Le fait que l’activité sucrière ne soit plus assez rentable a un impact sur la gestion des terres à l’île Maurice de manière générale. Il nous faut revoir la gestion de ces espaces verts, essentiels pour que nos villes respirent. L’État a la responsabilité de mener à bien ce défi, et cela à l’échelle globale de l’île. Déterminer des zones protégées comme le Parc National de Rivière-Noire, est un exemple à reproduire. De notre côté, Trimetys a prévu un parc de 4 hectares en bord de rivière ouvert à tous les Mauriciens, ainsi que des zones vertes à plusieurs endroits du projet. Or, convertir un champ de canne à sucre en parc, c’est prendre en compte l’environnement. C’est planter des plantes de meilleure qualité, qui protègent mieux l’environnement, qui absorbent mieux le CO2, qui sont moins polluantes. Je suis persuadé que les autres groupes ont aussi prévu d’intégrer un parc dans leur projet. Beaucoup de poumons verts seront donc revalorisés à travers ces différents projets. Il y aura vraiment une préservation du patrimoine de la faune et de la flore.

 Votre Smart City est donc, selon vous, bien structurée pour être en phase à la fois avec l’urbanisme actuel, la population et la nature ?

— Oui. Nous lions nos nouveaux projets avec les zones existantes pour qu’ils se fassent dans le respect des villes et des quartiers existants et de la nature. À l’île Maurice, petit territoire, trouver un équilibre entre la nature et les besoins économiques est un véritable défi. Les jeunes ont besoin de trouver de l’emploi, d’avoir de quoi vivre. Aujourd’hui, la grande différence est que ces projets sont réglementés, ce qui évite le développement sauvage, comme on peut voir dans certaines régions du Nord. L’État a pris conscience qu’il faut éviter les erreurs du passé et cela est rassurant.

N’avez-vous pas peur que Maurice devienne une île constituée de Smart Cities, à l’image de Singapour, que les Mauriciens perdent leur identité, et Maurice son âme ?

— Les Mauriciens s’adaptent tout le temps. Ils se sont adaptés à acheter de plus grandes voitures qu’autrefois, à utiliser Internet. Et notre identité évolue. L’identité de mes parents n’est pas la même aujourd’hui qu’il y a 50 ans ! Mon identité n’est pas la même aujourd’hui qu’il y a 20 ans ! Et dans tous les cas, il y a toujours une partie qui adhérera à vos projets ou non dans la vie. Demain, vous changez votre couleur de cheveux en jaune, certains vont trouver ça élégant, d’autres non. Vous ne pourrez jamais plaire à tout le monde. C’est pareil avec les projets. Nous nous assurons de faire un développement structuré, de protéger l’environnement, pour léguer une île plus planifiée avec le meilleur protocole de protection de l’environnement possible à la future génération. On ne peut demander à un pays, à une économie ou à une personne de ne pas évoluer et se développer. Il faut savoir garder le meilleur et surtout éviter de reproduire certaines erreurs. La chance de Tamarin, c’est qu’avec le projet de Smart & Happy Village de Trimetys, tout est pensé pour que ce développement se fasse en harmonie avec le terroir, l’environnement et la nature profonde de cette région.

Avez-vous l’impression que les habitants de la région sont réceptifs à votre projet ?

— Oui. S’ils ne l’étaient pas du tout, l’État n’aurait pas approuvé le projet. Dans tous les cas, beaucoup de Mauriciens sont favorables aux projets de Smart Cities, car ils voient les avantages qu’elles vont apporter. Offres d’emploi, proximité avec le lieu du travail, une meilleure qualité de vie, une meilleure gestion des ressources et une planification réfléchie