Voilà une rentrée qui a tenu toutes ses promesses. Finies les séances ternes et bon enfant post électorales de 2015. Place à la confrontation des idées et à la dénonciation tous azimuts. Le contexte tourmenté pour dire le moins dans lequel se trouve le gouvernement Lepep a amplement profité à l’opposition, qui n’a pas manqué de faire feu de tout bois dès l’entame de la séance avec la PNQ consacrée à l’affaire « bal la poudre de Dayal ». On aura aussi compris que c’est loin d’être l’apaisement entre Roshi Bhadain et Vishnu Lutchmeenaraidoo puisque le premier a lancé une pique à l’ancien ministre des Finances sur la gestion du dossier BAI et que, pour toute l’assurance dont il peut faire montre, Ivan Collendavelloo aura été incapable de donner le nombre d’employés contractuels la CWA, certains avec 18 ans d’ancienneté qui, selon lui, travailleraient dans un système proche de « l’esclavagisme ».
Avant même le début de la séance, le ton était donné. Le Whip de l’opposition, Rajesh Bhagwan, ne s’est pas fait prier pour lancer des «chor» (volère) en direction des travées de la majorité où avaient déjà pris place quelques députés bien discrets. La nervosité était palpable du côté des députés et ministres du gouvernement, cette rentrée intervenant en pleine tempête pour plus d’un membre du gouvernement, avec un ministre forcé à la démission et un autre en congé de maladie prolongé.
Ce qu’on retiendra de la PNQ de Paul Bérenger axée sur le brûlant dossier de l’affaire Raj Dayal, c’est que le Premier ministre a avoué avoir été «choqué» après avoir lu une retranscription des échéances entre son ancien ministre de l’Environnement et l’homme d’affaires Patrick Soobhany. De grands éclats de rire ont fusé des bancs de l’opposition lorsque sir Anerood Jugnauth a insisté sur la «détermination à combattre la fraude et la corruption», ce qui l’a irrité mais qui ne les a pas empêchés de renchérir «déor dimounn pé riy zot !»
Le leader de l’opposition a beaucoup insisté sur ce qui semble un traitement de faveur accordé par le commissaire de police à un ancien collègue — Raj Dayal — en refusant de procéder à une arrestation demandée par l’Independent Commission against Corruption. Défendant son chef de la police à qui il a donné « 100% raison », le Premier ministre a dit que ce dernier a pris cette décision pour le moment étant donné que l’enquête n’en était qu’à ses débuts.
Quant au parallèle dressé par Paul Bérenger avec le traitement accordé à des opposants qui se font interpeller sous des charges provisoires pour des fautes alléguées de moindre importance, le Premier ministre a dit qu’il croyait que cela conforterait l’opposition de savoir que la police est plus prudente, mais Shakeel Mohamed a renchéri en évoquant son propre cas, mais il récolta un «shut up!» de la part de sir Anerood Jugnauth, ce qui provoqua un grand brouhaha dans l’hémicycle.
Le leader de l’opposition prendra un point d’ordre pour réclamer de la Speaker qu’elle statue sur l’expression utilisée par le Premier ministre mais, comme d’habitude, Maya Hanoomanjee dira n’avoir rien entendu et devra aller écouter les enregistrements avant de se prononcer. Toujours est-il que l’incident n’aura aucune suite après que la victime, le chef de file du PTr au Parlement, a décidé de ne pas pousser l’affaire plus loin.
Quant à l’étonnement exprimé par Paul Bérenger que des ministres se soient déclarés solidaires de Raj Dayal bien que lui-même, «shocked», a exigé qu’il débarrasse le plancher, il s’est contenté de dire que chacun est libre d’exprimer ses sentiments. Une manière de montrer que son autorité n’est pas toujours respectée. C’est un leader de l’opposition non moins choqué qui a dénoncé ce qu’il considère manifestement comme une manoeuvre de Raj Dayal pour consigner une déposition à la police contre son accusateur et a ironisé en demandant si c’est Heman Jangi qui va mener l’enquête.
Rajesh Bhagwan, qui a résolument décidé de s’attaquer à ce qu’il appelle le «nouveau blue-eyed boy» qu’est devenu l’ancien ami intime de Navin Ramgoolam, Rakesh Gooljaury, a voulu savoir si le Premier ministre est au courant que ce dernier a essayé d’influencer l’homme d’affaires Patrick Soobhany pour qu’il retire sa plainte. Le chef du gouvernement a déclaré n’en avoir aucune connaissance.
Quant à son collègue Reza Uteem, il posera, à juste raison, une question au Premier ministre lui demandant une enquête sur tous les permis EIA délivrés par l’ex-ministre de l’Environnement Raj Dayal en vue d’établir s’il n’y a pas eu maldonne, proposition qu’a formellement rejetée le chef du gouvernement en prétextant que cela n’est pas lié au cas qui le concerne.