ASSEMBLÉE NATIONALE : Fermeture jusqu’au 2 4 octobre

La Finance Act et la Economic Development Board Act votées, la première avec amendement, malgré de fortes objections de l’opposition

Le rideau est tombé mercredi 19 juillet sur la première partie de la session parlementaire 2017 qui a démarré le 28 mars. Les parlementaires ne reprendront le chemin de l’hémicycle que le 24 octobre, cette fermeture devant donner du temps au gouvernement pour décider quelles suites donner à la démission de Roshi Bhadain et de la partielle qui est devenue une obligation au No 18. Deux textes importants ont été votés à la séance de mercredi, The Finance Act qui donne force de loi aux mesures énoncées dans le discours du budget présenté le 8 juin dernier après d’âpres débats et de fortes objections de l’opposition et l’Economic Development Board, organisme qui vise à regrouper les organismes qui font la promotion de Maurice et qui visent à faciliter l’investissement comme le Board of Investment, la SMEDA et la Financial Services Promotion Authority. C’est sur le Finance Bill que les débats se sont prolongés. Après la présentation du texte par le Premier ministre et ministre des Finances tentant d’atténuer les appréhensions de ceux qui ont estimé qu’il y avait trop de lois qui n’ont rien à faire directement avec le budget subissant de profondes modifications et un rappel que Xavier Duval, ministre des Finances, en avait fait autant, les débats ont démarré sur les chapeaux de roue.
Le premier intervenant, le leader de l’opposition, s’est surtout attardé sur les changements apportés à l’organisation des courses hippiques et qui enlèvent des pouvoirs au MTC pour les confier à une GRA qui ne disposerait d’aucune compétence pour réguler convenablement ce secteur. Xavier Duval a profité pour s’attarder sur le cas de Raouf Gulbul, président de la Gambling Regulatory Authority, dont le nom a été balancé devant la Commission d’enquête sur la drogue et qui devrait être convoqué pour s’expliquer et qui a été maintenu en poste.
Et c’est cette instance présidé par ce nominé politique contesté qui va mettre de l’ordre au Champ-de-Mars, a ironisé Xavier Duval qui a profité pour dénoncer ce qu’i considère comme une campagne contre le président du MTC, Mukesh Balgobin. Il n’a pas manqué de faire remarquer que tout ce remue-ménage n’a, en fait, qu’un but : protéger un petit copain de la direction de la GRA et un proche du MSM.
Anil Gayan a essayé tant bien que mal de donner la réplique à Xavier Duval en s’attardant avec malice sur les passages du leader de l’opposition à divers gouvernements pour souligner que Pravind Jugnauth n’a rien inventé, tandis que ses collègues Yogida Sawmynaden est intervenu pour tenter de rassurer sur les changements qui touchent la carte nationale d’identité biométrique.
C’est, par contre, à l’Attorney General, Ravi Yerrigadoo, qu’a échu la tâche de défendre la clause du Finance Bill, qui autorise le ministre des Arts et de la Culture de décider la liste du patrimoine classé en soulignant que le bâtiment anciennement connu comme La School à la rue Edith Cavell qui doit abriter les nouveaux locaux de la Cour suprême ne figurait pas sur cette liste.
Du côté de l’opposition, deux autres interventions remarquées, celle du chef de file du PTr Shakeel Mohamed qui a lui aussi évoqué le cas de Raouf Gulbul et celle de  Reza Uteem, porte-parole du MMM, sur le dossier économie qui a, documents à l’appui, démontré que le gouvernement procède à des changements fondamentaux à la loi, non pas pour plus de transparence, ni pour un assainissement de la situation dans le milieu hippique comme le préconisait le rapport Parry, mais pour protéger un bailleur de fonds du MSM.
Le parti avant-gardiste
Summing-up élaboré de Pravind Jugnauth qui a répondu point par point aux critiques de l’opposition. Il a lui aussi estimé injustifiées les critiques du leader de l’opposition quant au nombre de textes que ce Finance Bill modifie en rappelant que celui qui a été ministre des Finances de Navin Ramgoolam en avait fait autant, sinon plus.
Après avoir parlé du MMM comme d’un parti avant-gardiste, le Premier ministre et ministre des Finances a expliqué que c’est lui qui a, néanmoins, choisi de saisir la Cour suprême sur certaines dispositions de la National Identity Card Act et qu’il ne contestait que le volet du stockage des données et que la justice lui a donné raison. « Que voulaient les anti-cartes biométriques? Que le gouvernement jette à la poubelle un projet qui a coûté Rs 1,4 milliard ? » s’est demandé Pravind Jugnauth qui a assuré que la carte sera utilisée à bon escient.
Il s’est beaucoup attardé sur les vives critiques formulées sur les nouvelles dispositions octroyées à la GRA pour mieux encadrer l’organisation des courses hippiques et a dit qu’il est déterminé à mettre un terme aux agissements de la mafia dans ce milieu qui, a-t-il rappelé, est étroitement lié au trafic de drogue.
Il a fait le procès du Mauritius Turf Club et son incapacité ou son absence de volonté à agir en citant certains cas récents, comme le mélange de genres illégal et malsain qui s’est déroulé sur un catamaran où l’on a vu jockeys, bookmakers et autres trinquant joyeusement, et celui du jockey contrôlé positif à la consommation de méthadone.
Les arguments de Reza Uteem ayant visiblement fait mouche, c’est sur les arguments de ce dernier que Pravind Jugnauth s’est attardé dans sa conclusion sur le Finance Bill. Il semble ne pas avoir du tout apprécié que le député de l’opposition ait dit qu’avec ce gouvernement, ce n’est pas « trial and error », mais « error and error » et a observé que pour le MMM, cela est, ces derniers temps, « failure and failure ».
Et les nominés politiques du PMSD ?
Débats moins intenses sur l’Economic Development Board, dont le Premier ministre a dit qu’il vise, comme dans le cas de Landscope, à regrouper divers organismes qui font le même travail pour atteindre plus d’efficacité à moindre coût. Il a assuré que tout sera fait pour que les salariés concernés par le regroupement des organismes concernés, BOI, SMEDA et FSPA, conservent leur emploi avec les mêmes conditions.
C’est Dan Baboo qui est intervenu en premier sur ce texte. Lors de sa lecture intensive, il a formulé des critiques contre ce projet du gouvernement en observant qu’il vise, d’après lui, à centraliser le contrôle de certains nominés politiques sur des organismes publics. Parmi les autres intervenants, Ritish Ramful, député travailliste autrement plus mesuré que son collègue du PMSD et qui a surtout tenu à souligner que, quel que soit le texte voté, c’est l’application qui demeure le vrai problème, les meilleures intentions n’étant que rarement traduites dans des faits concrets. Il a cité pas mal d’exemples d’annonces faites dans des budgets précédents et qui ne se sont jamais matérialisées pour étayer son propos.
Le Premier ministre et ministre des Finances a concouru dans le sens du député du PTr pour dire que c’est effectivement le suivi qui est important dans la réalisation des projets annoncés. Il a, par contre, réfuté la critique de Dan Baboo sur les nominés politiques en citant nommément ceux que le PMSD avait désignés au temps où ce parti était au gouvernement.
Pravind Jugnauth a aussi soutenu que la rationalisation des organismes publics a toujours suscité des critiques. Il a ainsi évoqué ce qui s’était passé au moment de la création de la Mauritius Revenue Authority en 2004, organisme qui a réuni toutes les agences de collecte de revenus de l’Etat et qui est aujourd’hui devenu une référence en Afrique, les directeurs de cet organisme étant constamment sollicités pour leur expertise et la création d’entités similaires sur le continent. 

 
Pravind Jugnauth bat tous les records
Il est le champion toutes catégories et il bat tous les records. Lui, c’est le Premier ministre, Pravind Jugnauth. Au terme de la première tranche de cette présente session parlementaire, il est celui qui enregistre le plus grand nombre de questions orales et écrites qui n’ont obtenu aucune réponse. Au 14 juillet dernier, sur un total de 157 interpellations restées sans suite, le Premier ministre collectionnait à lui tout seul pas moins de 60 questions jetées aux oubliettes pour la période s’étendant du 28 mars au 14 juillet.
Son père, jadis assez régulier dans la soumission rapide des réponses écrites, a à son actif  8 questions restées sans réponse aucune. Il est toutefois devancé par le ministre de la Santé Anwar Husnoo qui n’a pas indiqué la moindre réponse à 9 questions qui lui étaient adressées. Suivent d’autres ministres qui ont entre une et cinq réponses manquantes.
Il faut rappeler que la Speaker avait, suite à une intervention du député Rajesh Bhagwan pour déplorer cette apathie ministérielle probablement délibérée, que les ministres ont le devoir de faire circuler les réponses aux questions dans le meilleur délai.

 
Reza Uteem fait bonne impression
S’il y a un député qui s’est révélé depuis que les téléspectateurs peuvent suivre les délibérations parlementaires, c’est bien le premier député du No 2, Reza Uteem. Ils sont, en effet, nombreux à avoir dit qu’ils apprécient beaucoup ses interventions.
S’il avait pu laisser une opinion mitigée dans les débats à la télévision ou à la radio, l’élu du MMM a confirmé qu’il est quelqu’un qui fait son « homework », qui travaille minutieusement ses interventions, que ses arguments économiques et politiques ont du sens et qu’il figure parmi la dizaine de députés qui n’ont pas besoin, et c’est rare, de lire, en tâtonnant, un discours.
Sinon, la plupart des nouveaux députés et ministres, comme Dan Baboo et Mahen Jhugroo, pour ne citer que ces deux exemples très éloquents, restent bien en-dessous de la moyenne. C’est résumé ainsi pour rester poli.

 
PNQ : pas de petit dernier pour la route des vacances
S’il y a eu une séance fixée pour mercredi et non pas mardi, c’est pour éviter l’épreuve du Question Time. C’était acté. Mais la séance de mercredi comportait, comme il se doit, un item « Question », ce qui ouvrait la voie à une Private Notice Question.
Or, le leader de l’opposition, à qui revient ce privilège exclusif, a fait l’impasse sur la possibilité qui lui était offerte, l’explication étant qu’il avait été pris par la préparation de son intervention sur le Finance Bill qui devait être débattu le même jour. On ne sait pas s’il s’est senti un peu découragé que sa dernière PNQ du vendredi 14 juillet sur Rodrigues n’ait pas l’unanimité au sein de l’opposition, mais cette absence a suscité son lot de commentaires
Mais comme c’était la dernière séance avant de longues vacances et, compte tenu de la multitude de problèmes auxquels est confronté le pays, il n’aurait pas été superflu de « cuisiner » le gouvernement avant que l’hémicycle n’entre en hibernation. Xavier Duval en a décidé autrement.
Ce qui conduit à une appréciation de la performance de celui qui endosse pour la toute première fois la veste de leader de l’opposition après avoir été au gouvernement durant les 11 dernières années. Il ne s’en est pas mal tiré. C’est indéniable.
Xavier Duval a essayé, autant que possible, d’être au plus près de l’actualité et des questions qui interpellent les Mauriciens comme le Métro Express, l’affaire Alvaro Sobrinho, la mafia dans le secteur hippique avec le dépôt du tant attendu rapport intérimaire égaré et la dangerosité de certains bâtiments tant publics que privés qui ont permis de révéler qu’il y a un grand nombre de ceux-là qui ne détiennent pas d’attestation du service des pompes à incendie quant à leur dispositif de sécurité et de réactivité au feu.
Le seul reproche qu’on pourrait faire à XLD, c’est d’avoir souvent surjoué en distribuant des invectives que l’on pourrait qualifier de gratuites, entre « urinating » et « tonkin » pour se donner de la consistance, pour briser la monotonie et créer une ambiance d’autant que le public est aujourd’hui témoin de tout ce qui se passe dans l’hémicycle. Ce n’est qu’un début. Peut certainement mieux faire. Avec le temps.