Astrid Dalais nous parle de cette troisième édition, placée sous le thème de la Nature. Elle livre à Scope de précieux indices sur cet événement, connu et incontournable, qui vaut le déplacement.

De manière concrète, que découvriront les visiteurs qui répondront à l’invitation de Porlwi by Nature ?
D’abord un nouveau parcours, puisque cette année, nous ne serons ni sur La Place d’Armes ni dans le Jardin de la Compagnie. Nous invitons les visiteurs à (re)visiter et de (re)découvrir autrement La Citadelle, qui est un fort emblématique surveillant la ville. Nous les emmènerons aussi à s’immerger dans les alentours de La Citadelle, comme la montée Sébastopol, où la nature est intéressante. Surtout qu’une partie a déjà commencé à être replantée dans un programme de reforestation. Je crois que c’est un endroit qui pourrait devenir un poumon vert de la ville. Les gens pourront se rendre compte à quel point tout est connecté à la nature.

Puis, c’est une invitation à descendre dans les rues de Port-Louis, notamment rue Dauphine et rue Bourbon. Ce sera l’occasion de revoir les charmes de la ville, de ses bâtiments historiques, de ses commerçants avec des savoir-faire assez uniques, et des restaurants. Donc, de découvrir l’âme de Port-Louis. C’est un condensé qu’offre la capitale. La rue Bourbon sera piétonne 24h sur 24, pendant cinq jours.
Les visiteurs seront aussi conviés au Grenier. Cette année, nous occuperons pratiquement tous les espaces, tous les bâtiments historiques, où il se passera vraiment quelque chose d’unique. Ils visiteront l’Hôpital Militaire, les docks, l’Aapravasi Ghat, le Grenier, avec une exposition plus grande, un parcours urbain à la rue La Balance, un café communautaire à La Place du Moulin. Nous mettons en valeur l’histoire de ce lieu et de toute cette zone.
Finalement, sur le Waterfront, il y aura un aménagement urbain et un écran géant où le public pourra voir des films inédits, dont Mystic Mauritius. Au Caudan, ils retrouveront des artistes performeurs.

En résumé, Porlwi by Nature, ce sont plus de cent artistes, sans compter une soixantaine pour Street Music.

Quels sont les objectifs de cette troisième édition ?
L’idée de ce festival est de changer de thème chaque année afin de nous amener à réfléchir et à trouver des idées pour améliorer la ville. Pour cette troisième édition, nous avons choisi la Nature parce que c’est un élément indispensable de nos vies et de nos villes. Notre objectif principal est de permettre aux festivaliers de respirer, de ressentir et de reconnecter.

Nous avons trop tendance à l’oublier, en faveur du béton. Une ville, c’est un savant équilibre de nature et d’infrastructures urbaines. Si on a trop de béton, on n’a pas assez d’oxygène, on manque de tranquillité, ou on manque d’esthétisme. Et la nature peut ramener tous ces éléments.

Notre objectif est donc de faire un focus sur les espaces verts de la ville qui existent déjà, mais aussi de pouvoir montrer que la nature est un tout. Pas seulement les espaces verts, mais aussi tout ce qui nous entoure, c’est aussi nous. Le festival permet de remettre en lumière cet élément de la nature qui est indispensable dans notre vie. De nous rendre compte de ce que nous avons de plus beau dans notre flore et notre faune. De prendre conscience du privilège que nous avons d’être sur cette île et d’avoir une végétation, des lagons ou encore des espèces extraordinaires et endémiques autour de nous. Porlwi by Nature, c’est de faire comprendre que nous sommes tous des protecteurs de la nature. Sachant qu’on est à un tournant, à Maurice comme partout dans le monde, de pouvoir ou d’avoir le pouvoir de prendre soin de ce qui nous entoure.

En quoi Porlwi by Nature contribuera-t-il à sensibiliser le public sur les enjeux environnementaux et la nécessité de préserver les ressources naturelles et le patrimoine ?
En faisant découvrir les richesses de nos lagons, de notre faune et de notre flore, en montrant les potentiels que nous avons à Maurice d’aménager des espaces, d’utiliser des matériaux différents. Puis, en mettant en valeur ce que nous avons de plus beau et de plus simple. Avec Porlwi by Nature, nous espérons que les gens prendront conscience et agiront dans leur quotidien.

La magie de l’art en général est qu’il nous fait ressentir de l’émotion. Nous savons tous que nous avons des enjeux importants. Entre le savoir et en prendre conscience, il y a un fossé. C’est peut-être l’émotion qui peut nous faire prendre conscience des choses.
Toute l’équipe œuvre à faire passer ce message, à conscientiser mais aussi à créer. À titre d’exemple, cela fait trois ans que nous avons mis en place une stratégie de waste management lors du festival. Nous avons interdit le polystyrène chez tous nos restaurateurs, en leur proposant des alternatives comme des contenants en papier recyclé. Cette année, nous mettons plus de poubelles sur notre parcours, avec différentes catégories pour le plastique, les canettes, papiers et autres compostables. Cela est applicable non seulement durant le festival mais dans notre vie au quotidien.

En quoi cette édition sera-t-elle différente des deux précédentes ?
Elle est plus petite, sur un parcours de 30,000 m2. Nous avons choisi de faire moins de créations, tout en allant plus loin, notamment avec des créations ayant un impact durable pour la ville. Nous avons voulu un parcours plus organique. Néanmoins, le public retrouvera les éléments principaux comme la lumière, la musique, la performance, le food et l’art. Il faut comprendre que nous ne sommes pas un festival de lumière mais un festival d’art contemporain. Aujourd’hui, il y a plus d’équilibre entre ces catégories, avec en plus des expositions.

Nous avons fait un appel à participation au mois de mai. C’est année, nous avons reçu davantage de dossiers : 180 au total, dont 60 provenant de douze pays différents. C’était assez incroyable, mais on réalise que le festival rayonne non seulement à Maurice, mais régionalement (30 dossiers de La Réunion) et commence à se faire connaître ailleurs. Nous avons eu des dossiers du Chili, de l’Afrique du Sud, de l’Australie, d’Autriche, de France, d’Angleterre, d’Asie, de Singapour… Mais plus de 85% à 90% des artistes sont Mauriciens.

Justement, qu’avez-vous appris des deux éditions de Porlwi by Light ?
Qu’il y a une énergie incroyable de la jeunesse mauricienne. L’envie de transformer, d’améliorer l’environnement et de travailler au développement du pays. Cette énergie vient des secteurs privé et public, des individus, des habitants ou des forces vives. Toute cette collaboration est assez titanesque et est la preuve qu’il n’y a pas de barrière quand on décide de créer tous ensemble.

J’ai appris – ou plutôt j’avais vu ça et c’est la raison pour laquelle nous avons fait ce festival – que l’art et la culture étaient des impulseurs pour changer des quartiers, des lieux, des villes. Nous avons la preuve concrète que grâce au festival, il y a eu des impacts importants, une fierté nationale surtout, et l’impact social est palpable.
Finalement, l’art et la culture, c’est un secteur qui a le potentiel d’être un pilier de l’économie à Maurice et d’amener les choses plus loin. De la créativité, de l’innovation et même de l’âme dans nos vies.

Quelles seront les dispositions prises pour minimiser la pollution, les engorgements et les imprévus qui risquent d’être liés au mauvais temps ?
Pour le waste, nous avons travaillé avec plusieurs green partners pour solidifier notre stratégie. Nos actions se portent sur la conscientisation par rapport aux déchets en général et au tri. Concernant les engorgements, nous poursuivons notre collaboration avec la police. Cette année, la Place d’Armes n’étant pas piétonne, ce sera plus facile et fluide d’entrer dans la capitale. L’idée d’avoir étendu le festival sur cinq jours était pour ne pas avoir cette concentration de personnes le vendredi, samedi et dimanche. Nous espérons ainsi améliorer l’expérience de chacun. Nous ne pouvons rien faire contre les imprévus. Cependant, il y a beaucoup de lieux qui sont couverts. Avec la police, nous avons quand même pris les dispositions pour mettre en place des plans d’évacuation.

Comment l’équipe a-t-elle travaillé cette année ?
Nous avons commencé à réfléchir au thème “Nature” en juillet 2016. Le travail a débuté à partir de décembre 2016, juste après la deuxième édition de Porlwi by Light. Nous collaborons principalement en mode collectif, c’est-à-dire que nous sommes rejoints par des experts de compétences et de métiers différents. Nous sommes une cinquantaine tout le long de l’année en full ou part-time sur le festival. C’est un engagement que nous prenons pour notre pays, et il est important de rappeler que c’est un événement non profitable. Nous ne sommes pas une ONG mais nous nous engageons à ce que le festival soit non profitable. Le festival est réunificateur. C’est le festival des Mauriciens et pas celui du Collectif Porlwi. Chacun se sent partie prenante.

Cette année, nous avons l’expérience des précédentes éditions, mais ça reste laborieux, intense et extrêmement professionnel comme travail. Nous avons définitivement acquis de l’expérience et de la crédibilité. Depuis quelques semaines, nous sommes rejoints par des bénévoles et des régisseurs. L’engouement des jeunes est extraordinaire. Nous remarquons plus de support et d’envie des écoles et des universités de rejoindre cette aventure. Il y a aussi eu plus de collaboration générale, des institutions culturelles et des acteurs de la culture. Une générosité exceptionnelle à tous les niveaux. Les équipes travaillent de manière autonome, engagée, et avec beaucoup de conviction.

Quelles sont les ressources mobilisées pour permettre cette édition ?
Des ressources humaines, techniques et logistiques. Sans elles, le festival n’aurait pas existé. Nous sommes une cinquantaine sur six mois, environ 25 sur neuf mois et au moment du festival, on est 1,000. Et nous pouvons compter sur différentes compétences : artistes, ingénieurs, anthropologues, sociologues, experts de production, régisseurs, responsables Health & Safety, sécurité, designers lumière, directeurs artistiques, communicants, et mêmes des financiers, des économistes, des spécialistes d’éducation, des responsables projets et des médiateurs culturels.

Comment jugerez-vous de la réussite de cette troisième édition ?
Il sera avant tout qualitatif plus que quantitatif. Que les festivaliers apprécient leur expérience et que leur retour soit positif. Que les artistes soient heureux d’avoir pu créer et diffuser leurs œuvres. Que les commerçants, les habitants de Port-Louis et même les entreprises de la ville apprécient des impacts que le festival apportera. Et que les parties prenantes soient satisfaites. Le plus important est qu’on puisse réveiller des émotions et des prises de conscience.

Ce sera aussi le moment de faire un bilan après cette troisième édition et, à partir de là, donner des indications sur le prochain projet. Nous avons déjà des thèmes pour dix ans. Je pense que ce qui va se passer du 29 novembre au 2 décembre sera décisif pour le futur.