ATMA BHUMA, nouveau secrétaire général du MP: « Le Mouvement Patriotique n’a pas implosé »

« Nous voulons construire un parti qui ait suffisamment d’ancrage dans le pays pour aller seul aux prochaines élections »

Suite à la démission de plusieurs de ses membres fondateurs, le Mouvement Patriotique a nommé un nouveau secrétaire général, Atma Bhuma. Dans l’entretien qui suit, il donne sa version de la crise que vient de connaître son parti.
Le Mouvement patriotique, que d’aucuns surnomment « Mouvement pathétique », a perdu, en moins d’un an et demi d’existence, plus de la moitié de ses membres fondateurs, dont trois de ses cinq députés. Comment réussit-on un tel exploit ?
— Un parti politique n’est pas constitué que de ses membres qui siègent au Parlement. Le PTr n’a que quatre députés, mais est-ce que sa force c’est seulement ses députés ? Résistans ek Alternatik n’existe-t-il pas parce qu’il n’a pas de députés ? Tout en politique ne tourne pas autour des députés.
u Le fait brutal est que trois de vos députés et membres fondateurs du parti ont claqué la porte. Commençons par le commencement : comment et pourquoi est-ce que le Mouvement patriotique a été créé ?
— Il y a eu le désarroi causé par la défaite aux dernières élections générales au sein du MMM. Cela a provoqué une remise en question par certains militants de la stratégie suivie par le parti et qui lui a fait perdre les huit dernières élections. La direction n’a pas voulu d’une vraie remise en question sur les raisons de la défaite. Nous avons quitté le parti qui ne fonctionnait plus pour créer un nouveau dans lequel se retrouveraient tous les déçus du MMM et de Lalians Lepep. C’est ainsi qu’est né le Mouvement patriotique. Nous sommes un nouveau parti qui a un long chemin à parcourir avec l’ambition de renouveler la classe politique.
Quelle est la raison de l’échec de votre mouvement qui vient d’imploser ?
— Ce n’est pas un échec et le MP n’a pas implosé, loin de là. Trois députés et quelques membres fondateurs sont partis, mais le parti est toujours là, solide sur ses bases. 8 membres sur 33 sont partis, c’est tout. Ce sont d’anciens membres qui sont partis, souvent pour des raisons banales. Par exemple, Kavi Ramano a été la victime collatérale de ses efforts pour sauver Joe Lesjongard. Rafick Sorefan a été coincé par une mauvaise décision. Beaucoup de politiciens ont une dose d’orgueil trop élevé et ne savent pas faire la part des choses. Mais ceci étant, ils ont choisi de s’en aller, malgré les efforts faits pour leur demander de rester au sein du parti.
Depuis cette vague de démissions, ceux qui sont restés au MP dénoncent leurs anciens camarades, plus particulièrement Joe Lesjongard. Pourquoi est-il devenu la bête noire du MP ?
— Comment est-ce qu’un secrétaire général peut venir parler de manque de cohérence d’un parti politique dont il est l’un des principaux dirigeants ? En disant cela, il fait un énorme aveu d’échec personnel et se tire une balle dans le pied. Mais au fait, le vrai problème c’est que depuis un bout de temps, Joe Lesjongard voulait communaliser le MP pour en faire un parti des minorités. Il avait d’ailleurs reconnu avoir organisé une réunion avec des membres d’une société socioculturelle. Ce n’est pas pour promouvoir  ce type de politique que le MP a été créé.
C’est après sa démission que vous avez découvert que Joe Lesjongard a l’ambition de devenir le leader de la communauté générale ?
— Au MP, nous ne pratiquons pas la politique que nous dénonçons chez les autres partis.
Quel est le bilan parlementaire du MP ?
— Nous avons fait notre travail au Parlement sans jouer le jeu de qui que ce soit. Nous sommes intervenus sur les questions importantes pour participer au débat et proposer des solutions quand il faut. Laissez-moi vous rappeler que le discours d’Alan Ganoo sur le budget était plus incisif que celui de Paul Bérenger.
La finalité du MP est d’être plus incisif au Parlement que Paul Bérenger ?
— Absolument pas. Comme nous l’avions dit, nous avons fait une opposition constructive qui consiste à critiquer quand il faut, mais aussi à soutenir les bonnes mesures. Depuis la création du MP, nous avons dit que nous sommes dans l’opposition et nous allons y rester. A aucun moment, nous n’avons dit que nous étions intéressés à entrer au gouvernement ou à revenir au MMM comme on l’a souvent dit.
Il n’y a jamais eu des koz kozé sur ce sujet ?
— Il n’y a jamais eu des koz kozé sur ce sujet dans le passé et il n’y en aura jamais à l’avenir au MP. Ces rumeurs sont véhiculées par nos adversaires dans le cadre de stratégies visant à faire du tort à notre parti. Mais cette campagne ne fonctionne pas.
Est-ce que le départ des « dissidents » est une bonne chose pour le MP ?
— Le départ des membres n’est jamais une bonne chose pour un parti politique. Comme je l’ai dit, nous avons tout fait pour retenir nos anciens membres, mais ils ont choisi, pour des raisons qui leur sont propres, de s’en aller. Ce qui vient de se passer n’est pas agréable à vivre, mais nous n’allons pas passer le reste de notre vie dans le regret. Ceux qui sont restés au MP ont besoin de regarder l’avenir avec confiance. Parce que nous voulons être les champions du renouvellement politique de Maurice. Nous avons travaillé sur un projet de société pour offrir un nouveau rêve aux Mauriciens. Nous pensons que nous avons un grand chantier devant nous et au milieu  un espace politique dans lequel le MP peut travailler et nous avons commencé à le faire. Nous sommes sur le terrain, nous organisons des activités, nous faisons notre chemin pour réaliser notre rêve.
Alan Ganoo a déclaré que le MP aura un rôle à jouer dans la constitution des prochaines alliances pour les élections. C’est ça le nouveau rêve du MP ?
— Aujourd’hui, la politique mauricienne est faite d’alliances de différents partis. Je ne peux pas dire comment les choses vont évoluer dans trois, quatre ans. Nous voulons construire un parti qui ait suffisamment d’ancrage dans le pays pour aller seul aux prochaines élections. Ça, c’est l’idéal, mais il va falloir suivre l’évolution de la situation politique.
Ceux qui ont quitté le MP s’accordent sur un point : Alain Ganoo est pire que Paul Bérenger en tant que dictateur. L’élève aurait-il dépassé son maître ?
— Vous me faites rire ! Tous ceux qui connaissent Paul Bérenger et Alan Ganoo ne peuvent que rire de cette déclaration. Ceux qui ont accusé Ganoo d’être trop bon, trop mou, de manquer d’autorité l’accusent aujourd’hui d’être un dictateur. C’est du grand n’importe quoi ! Notre objectif est de travailler pour que le MP devienne un parti fort sur le terrain, un parti capable de galvaniser les Mauriciens autour des idées nouvelles dans le cadre de notre projet de société. Un parti capable de faire rêver les Mauriciens.
Vous connaissez la fameuse phrase d’Arvin Boolell : «Arrête rêvé, camarade ». 
— Le rêve est le point de départ, la toute première étape dans la transformation de la réalité. Nous voulons proposer une nouvelle manière de faire de la politique avec de nouvelles têtes.
Avec un parti qui, en moins de deux ans, a perdu plus de la moitié de ses membres fondateurs.
— Mais tous les partis politiques ont été créés avec, au départ, une poignée de gens qui avaient un rêve pour leur pays. Nous voulons être le champion du renouvellement de la classe politique composée aujourd’hui de gens qui sont là depuis plus de quarante ans…
Comme Alan Ganoo ?
— Il est le seul politicien à avoir été élu autant de fois de suite dans une même circonscription. Ni Bérenger, ni Ramgoolam, ni les Jugnauth, ni les Mohamed n’ont pu le faire. Ce n’est pas un politicien comme les autres.
Alan Ganoo peut-il se faire élire sans le MMM derrière lui ?
— L’avenir nous le dira. Il faut encourager l’émergence de nouvelles têtes en politique et il y a des centaines de jeunes Mauriciens qui veulent le faire. Nous allons leur donner l’occasion de faire de la politique autrement.
Question d’actualité : quelle est la position du MP dans l’affaire de succession des Jugnauth ?
— A Maurice, on vote pour une alliance dont le leader est appelé à devenir Premier ministre en cas de victoire. L’électorat a élu une alliance avec Sir Anerood Jugnauth comme Premier ministre. Est-ce que le résultat aurait été le même si Pravind Jugnauth avait été présenté comme futur Premier ministre ? Les Mauriciens ne sont pas d’accord avec la perception que SAJ est en train de donner en héritage à son fils le poste de Premier ministre. Le MP partage le sentiment des Mauriciens que Pravind Jugnauth n’a pas été plébiscité pour devenir Premier ministre.
Le mot de la fin de cette première interview du nouveau secrétaire général du MP après la récente scission.
— Je suis un grand optimiste qui croit dans le futur de son pays. Je crois que Maurice a un avenir brillant, mais nous devons travailler pour le construire et éviter la facilité ambiante. Le Mouvement patriotique va contribuer à cet exercice.