Des attaques répétées contres des touristes contribuent à ternir l’image idyllique de Péreybère. Vols et agressions sont courantes déplorent des visiteurs aussi bien que des habitants et commerçants de la région. Ces derniers réclament des actions urgentes des autorités, critiquées d’être trop laxistes. 

Un fil de sang traverse son œil gauche. Son front porte une profonde entaille qui attend de cicatriser. Ses paupières, un peu moins enflées, gardent toutefois une teinte noirâtre. « Les médecins m’ont dit que ça disparaîtra dans 10 jours. Il ne me reste plus que trois jours à attendre », déclare Paul (prénom modifié), recroquevillé sur une chaise dans un appartement au nord de l’île.

Ce touriste russe a été sauvagement agressé le 7 janvier par un groupe de jeunes mauriciens alors qu’il nageait à Péreybère. Les jeunes « jouaient de la musique dans l’eau. Quand (Paul) est passé près d’eux, ils ont cru qu’il les avait insultés et ils s’en sont pris à lui », raconte un Français rencontré sur la plage et qui avait été témoin de la scène.

Les jeunes, ameutés autour d’un Paul en choc, lui ont infligé coup sur coup. Son salut, il le doit aux skippers et autres touristes qui sont intervenus. La police, elle, a débarqué sur les lieux « une heure plus tard », racontent des témoins de la scène. Les agresseurs avaient déjà disparu.

Les voleurs s’attaquent principalement aux touristes, nombreux à venir apprécier le climat du nord

Péreybère a tout d’un lieu carte-postale. Une plage au sable doré et fin, arrosée la majeur partie du temps par des rayons de soleil ardents. Et surtout une eau turquoise et claire, à une température adéquate. D’où le fait qu’elle soit prisée tant des touristes que des Mauriciens, bénéficiant d’ailleurs d’excellentes revues sur les sites en ligne.

Toutefois, des agressions comme celles subies par Paul arrivent « tout le temps » sur cette plage, confient unanimement commerçants et habitants rencontrés. Avant le Russe, un autre touriste avait été attaqué d’un coup de bouteille à la tête. Des voleurs rôdent également. Le 12 janvier, Ludwig Anders, un Allemand en vacances à Maurice, en a payé les frais sur cette même plage (voir récit plus bas).

Que fait la police? « Au vu du nombre alarmant de délits sur cette plage, pourquoi une équipe n’y reste-t-elle pas postée pendant la journée? » Ces questions pendent aux lèvres de l’ensemble des habitants et commerçants de la région. Interrogé à cet effet, le Police Press Office n’a pas répondu aux questions que nous leur avons envoyées.

« Nous sommes fatigués de demander à la police de dépêcher des officiers pour ‘stand-by’ sur la plage », lance un skipper, excédé par le manque de réaction des autorités.

« Il y a un bureau de la Beach Authority à deux pas, mais les officiers ne font rien. Regardez la mer. Est-ce que vous voyez une équipe de Coast Guard quelque part alors qu’il y a plein de gens dans l’eau? Quand il y a un cas de noyade, c’est nous qui devons intervenir », ajoute-t-il.

Un cas de noyade sur la plage de Péreybère en décembre 2018

Des caméras de surveillance filment certes le bord de mer, mais « les images ne sont pas de haute qualité et elles ne permettent pas d’identifier les malfrats », relate un commerçant qui a déjà été victime de vol sur la plage.

Les habitants relèvent, pour leur part, que les malfrats « ne sont pas de la région ». Et de préciser : « Certains agissent en groupe alors que d’autres viennent seuls. Il y a même des vols de véhicules sur le parking de la plage ».

L’insécurité affecte inévitablement les business alentour. « Mes clients me disent qu’ils ne reviendront pas dans le nord parce qu’ils ont été victimes ou ont vu des délits sur la plage. Il faut agir sinon c’est toute la réputation de l’île qui sera affectée », regrette une propriétaire de campements qui travaille surtout auprès des étrangers.

Après son agression, Paul a été emmené à l’hôpital, où il a subi des points de sutures. Puis le touriste russe a donné une déposition à la police. « Je ne souhaite pas que cette affaire gâche mes vacances », explique-t-il, avant de retourner se terrer dans son appartement.


Un touriste victime de vol : « Je veux repartir
pour oublier tout ce qui m’est arrivé ici »

« Ma copine pleure tout le temps maintenant », raconte Ludwig Anders, un Allemand, choqué par la mésaventure vécue à Péreybère. « Elle et moi avions déposé nos affaires à la droite de la plage à côté d’un groupe de touristes français. Une famille mauricienne est venue s’installer près de nous. Elle paraissait pauvre. Les hommes se sont éloignés. Un des enfants jouait dans l’eau alors que sa mère, qui tenait un bébé, s’asseyait seul à côté de nous », raconte-t-il.

« Je suis allé me baigner et ma copine est restée près de nos affaires. Puis elle m’a rejoint pour jouer avec l’enfant dans l’eau. J’ai jeté un coup d’œil à nos affaires. Elles étaient là. Mais à peine avais-je tourné le dos que mon sac avait disparu ».

Ledit sac contenait deux téléphones portables, un porte-monnaie renfermant quelque Rs 3 000, des cartes bancaires, ainsi que d’autres effets personnels, dont les clés de son appartement et son passeport. Le tout étant évalué à Rs 80 000.

« J’ai couru derrière la dame pour lui demander si elle avait pris mon sac. Elle est entrée dans une voiture en compagnie d’autres individus et m’a simplement lancé qu’elle aussi avait été victime d’un vol, avant de s’en aller ».

Désemparé, Ludwig Anders parcourt toute la plage pour essayer de retrouver son sac. En vain. « Ils couraient dans tous les sens le pauvre », raconte un vendeur de pains. « Il avait tout perdu et n’avait plus d’argent. Je lui ai proposé un pain, c’est tout ce que je pouvais faire pour lui ».

La police a débarqué sur les lieux « 50 minutes plus tard », raconte Ludwig Anders. « J’ai enregistré une déposition et leur ai décrit la femme : de teint brun, sans dents avec des cheveux gris ».

Par chance, les autorités ont réussi à mettre la main sur les malfrats et ont retrouvé son sac et ses affaires. Mais Ludwig Anders et sa copine ont été grandement affectés. « Pour moi, il serait mieux que je retourne dans mon pays afin d’oublier tout ce qui nous est arrivé ici ».