Près de 240 jours après la révocation de Banking Licence de la Bramer Banking Corporation Limited, entraînant dans son sillage le démantèlement de l’empire Rawat, évalué à Rs 35 milliards, le gouverneur de la Banque de Maurice, Ramesh Basant Roi, est sorti de son silence. Toutefois, pendant la bonne trentaine de minutes de son toast lors du dîner annuel de la Banque centrale vendredi soir à l’hôtel Hilton, il a réalisé l’exploit de ne nommer ni Bramer Banking Corporation Limited ni BAI Co (Mtius) Ltd and Related Entities, même si les cinq allusions recensées à ce groupe spécifique sont des plus subtiles.
La seule fois où Ramesh Basant Roi s’est approché de manière relativement directe au clan Rawat fut quand il a évoqué « a distressed insurance company involved in shadow banking » et surtout le BAI Ponzi Scheme de Rs 25 milliards vu que dans les autres précédentes occasions il a préféré adopter une approche contorsionnée compte tenu les enquêtes diligentées à différents niveaux. Le menu particulier préparé par les soins du gouverneur de la Banque de Maurice a dû provoquer également une forte indigestion, que ce soit au sein de la communauté des auditeurs externes, dont une firme en particulier, et dans le camp de la Mauritius Bankers Association, dont la raison d’être est remise en cause.
Probablement sur la base des conclusions préliminaires du rapport de Forensic Auditing des Singapouriens de nTan Corporate Advisory Pte Ltd au sujet des détournements de fonds dans le groupe BAI, le gouverneur de la Banque de Maurice à distillé à petites doses ses critiques contre les « bad banking practices », qui ont mené à la faillite le groupe Rawat. Partant de la révocation de la banking licence de la Mauritius Co-Operative Central Bank et de la Delphis Bank au cours de ces 20 dernières années, ses dénonciations sont montées crescendo contre le conglomérat BAI pour conclure à ce chapitre en dénonçant le fait que « the insanity underlying the mind-boggling interest rates set to deceptively attract funds drove savers to fateful sweet dreams ».
Ainsi, faisant état de l’expérience de la Mauritius Co-Operative Central Bank, qui avait vu la révocation de sa banking licence en 1996 suite à un « scheme to attract deposits at the mind-goggling rates of interset of over 15% », Ramesh Basant Rai a lancé sa première pique contre le BAI. Le coût de la faillite de la MCCB en 1996 est évalué à Rs 375 millions, représentant l’argent des contribuables jamais recouvré et les responsables n’ayant jamais eu à rendre des comptes.
Et au gouverneur de la Banque de Maurice de dresser un premier parallèle avec le groupe BAI, soit “fortunately, the MCCB was not part of a bigger corporate group resembling a galaxy loaded with loss making planets of all sizes and orbits. The aftertaste of the MCCB episode — a low-intensity tremor in our banking industry though — still lingers in the soul of the Bank of Mauritius”. Par contre, avec le groupe BAI, le trou à combler pourrait facilement chercher dans les Rs 10 milliards à monter.
Pour la deuxième étape, la Banque centrale justifie sa décision de ne pas allouer de béquilles sous forme de facilités de liquidités à une banque en difficulté. Résumant les cas de la MCCB et de la Delphis avec des accusations contre la Banque de Maurice pour n’avoir pas suffisamment fait pour le sauvetage des banques, il se prévaudra d’un langage des plus imagés pour la soirée de vendredi. “Extending liquidity to a very badly managed bank owned by almost a single person was tantamount to giving more liquor to an alcoholic to soothe his tremors — a short-term fix that does not do anything to solve the problem. Make him feel good enough, and soon he won’t feel anything again”, dira-t-il d’un seul trait.
“Cosmetic           management”
Subséquemment, les trois prochaines étapes se déclineront sans grosses difficultés, Ramesh Basant Roi stigmatisant les relations incestueuses entre la politique, les banques et le monde des affaires. “The politically well-connected CEO’s or the politically well-connected biggest shareholders have had a domineering influence in their respective banks. They found it difficult to imagine that anything bad could happen — a phenomenon known as “disaster myopia” — which makes them develop an infallible instinct to self-destroy and ruin their own banks”, fait-il comprendre sans prendre le soin de noter que toute ressemblance avec la connexion Ramgoolam-Rawat ne serait que fortuite.
La responsabilité des auditeurs externes dans l’identification des cas de “financial stress”, comme dans le cas du groupe BAI et les party-related transactions, sert de transition vers le feu d’artifice final. À cette dernière étape, le gouverneur de la Banque de Maurice décrie les malheurs de cette compagnie d’assurance en banqueroute et le Ponzi Scheme en mettant en exergue que “at least Rs25 billion, that is, as big as 6 per cent of our 2014 GDP, passed through the shadow bank like the proverbial “dose of salts” to elsewhere. The insanity underlying the mind-boggling interest rates set to deceptively attract funds drove savers to fateful ‘sweet dreams’. A profile of the holders of the funds in the shadow bank reveals that they were mostly households, not necessarily low income households. Those who held the funds as part of their portfolio of savings were of course merry and felt wealthy”.
Pire encore ! L’allusion de “massive lending to sister companies having fantasy science fiction balance sheets or no balance sheet at all” laisse planer un soupçon de ce qui a constitué la base de la BAI Audit Presentation de la firme KPMG pour l’exercice financier se terminant au 31 décembre 2010 ou encore les découverts bancaires fictifs de Rs 3,6 milliards consentis par la Banque des Mascareignes peu avant 16h le 31 décembre 2009, alors que BA Investments Ltd n’avait qu’un solde positif de Rs 1 532 dans ses comptes dans cette banque à cette date.
Concluant à ce chapitre, Ramesh Basant Roi sera encore plus cinglant en déclarant “from technical mismanagement, the defunct banks shifted to cosmetic management and then to desperate management. And finally, to fraud. It’s a sobering reminder of man’s capacity for folly”.
Néanmoins, le gouverneur de la Banque de Maurice parachèvera son discours au dîner annuel avec une estocade aux auditeurs externes des banques. Une dénonciation en règle contre une firme d’auditeurs qui se serait transformée en un “guerilla game player in order to grab an even bigger piece of the pie”. Qualifiant cet épisode d’extrêmement malsain, il ajoutera que “when external auditors fail in their duties because of greed and recklessness, they put an entire financial industry in jeopardy”.
Et la Mauritius Bankers Association n’est pas sortie à table indemne. “Any well-meaning and competent association of bankers with a sense of purpose for the promotion of a robust banking industry ought to have resolved this issue already. An effective association of bankers has to be representative of all the banks, not to be a representative of one or two persons”, lâchera-t-il en confiant en toute candeur : “I want to be open. I want to be frank. I want to be candid. I want to be straightforward. I find no better audience than this gathering of businessmen and professionals to express freely some concerns of the Bank of Mauritius.”