AVIATION CIVILE—TURBULENCES MK: l'heure des sanctions !

Les contrats de trois pilotes résiliés hier après adoption d'un rapport détaillé du management au board d'Air Mauritius

Un peu moins de 24 heures après qu'une vingtaine de pilotes “on schedule” ont pris un “sick” pour cause de gastro, avec pour conséquences de voir quatre vols internationaux annulés dans la soirée de jeudi au départ de Maurice, le conseil d'administration de la compagnie nationale a entériné les premières sanctions. Les contrats de trois pilotes, dont les noms n'avaient pas été révélés officiellement hier soir, ont été résiliés sur recommandation du management. D'autre part, dans la conjoncture, la compagnie aérienne nationale a lancé un appel à « tous les pilotes concernés » pour que ceux-ci « se ressaisissent dans l'intérêt de la compagnie et du pays ». Pour la soirée d'hier, Air Mauritius annonce que la situation était « sous contrôle, avec quelques reports dus aux effets boules de neige » de l'annulation des vols de jeudi soir. De son côté, le Premier ministre, Pravind Jugnauth, commentant la situation à Air Mauritius, a qualifié la décision des pilotes concernés « d'inacceptable ».
Après des séances de travail au Prime Minister's Office hier matin, et un premier point de presse du management pour faire état de l'annulation de ces vols, le conseil d'administration d'Air Mauritius s'est réuni d'urgence hier après-midi. L'une des décisions prises a été la validation de la résiliation des contrats de trois pilotes « sur la base de certains faits présentés séance tenante ». C'est ce qu'indique un communiqué émis vers 19h par la compagnie d'aviation nationale.
Le board d’Air Mauritius a convoqué d'urgence le CEO d'Air Mauritius, Somas Appavoo, et a passé en revue la situation à la suite de « l’indisponibilité inhabituelle » de certains pilotes depuis jeudi. Le communiqué précise que le conseil d’administration a pris note du rapport détaillé présenté par le management et « pris la mesure de la gravité de la situation, surtout que les premières conclusions confirment une action préméditée et concertée ». Air Mauritius estime que des pertes financières importantes ont été encourues en sus « de conséquences néfastes sur les clients, la compagnie et le pays en général ». Le conseil d’administration a de plus donné son accord aux mesures de “business continuity planning” présentées par le management. « Dans cette perspective, et grâce au plan établi depuis hier (jeudi, Ndlr), tous les passagers ont pu reprendre leurs vols aujourd’hui. Les équipes sont toujours à pied d’œuvre et suivent la situation de près afin de prendre toutes les mesures qui s’imposent », lit-on dans le communiqué.
Le conseil d'administration a validé la résiliation des contrats de trois pilotes sur la base de certains faits présentés, séance tenante. Il a finalement appelé tous les pilotes concernés à « se ressaisir » dans l’intérêt de la compagnie et du pays. Il a également remercié tous les pilotes qui se sont mobilisés pour assurer les vols depuis jeudi ainsi que tout le personnel dans son ensemble « pour son dévouement » et tous ses clients « pour leur compréhension ». Selon des informations recueillies auprès des directeurs hier après-midi, le board a trouvé « impardonnable » qu'un ultimatum de quelques heures ait été imposé sur la direction de la compagnie pour résoudre le différend entre les pilotes et la compagnie aérienne.
Les mêmes milieux estiment que c'était « d'autant plus intolérable que des droits acquis des pilotes ont été préservés », à l'exception d'un changement concernant les deux billets gratuits dont bénéficient les membres des familles des pilotes, qui sont passés de “business class” à la classe économique. Ce changement avait été contesté en cour mais cette dernière avait donné raison à Air Mauritius. « Les nouvelles conditions s'appliquent uniquement aux nouveaux pilotes qui seront recrutés », fait-on ressortir.
Il est également souligné que des pilotes « bénéficient d'un traitement royal » en terme salarial, avec des packages mensuels variant entre Rs 400 000 et Rs 700 000, ainsi qu'en termes de facilités dont ils disposent. De plus, la compagnie avait en place un programme en vue de « mauricianiser » les pilotes.
De son côté, Pravind Jugnauth juge « inacceptable » la paralysie orchestrée par les pilotes de la compagnie nationale d’aviation dans la soirée de jeudi. Invité à commenter ce qui s’est passé, le chef du gouvernement a laissé entendre qu’il a été tenu informé de la situation par la direction de MK. « Je peux dire que j’accorde tout mon soutien à la compagnie d’aviation nationale et que je trouve inacceptable que des gens agissent de la sorte, allant à l’encontre des intérêts de l’île Maurice. » Le Premier ministre a averti qu’il y aura des « répercussions » contre les responsables et qu’il accordera son soutien au conseil d’administration  d’Air Mauritius.
A hier soir, la réaction officielle du syndicat des pilotes d'Air Mauritius se faisait encore attendre vu que, dans ce camp, cette situation découle d'un problème d'indisposition des pilotes concernés. Ainsi, ces mêmes sources indiquent que des membres du personnel navigant, qui s'étaient déclarés “sick” jeudi soir, ont reçu dans la journée d'hier la visite de médecins en présence de représentants de la compagnie.
Toutefois, le litige entre les pilotes d'Air Mauritius et la direction de la compagnie reste entier, notamment concernant les craintes formulées quant à une réduction des salaires de 25% avec les nouvelles conditions applicables aussi bien que la contestation du recrutement de nouveaux pilotes, en contradiction avec le Memorandum of Understanding (MoU). Dans une correspondance adressée au Chief Executive Officer en date du 5 octobre, l'Airline Employees Association souligne : « To add insult to injury, you have given two new recruits a deadline to sign the contract failing which they will no longer be offered employment. This goes against the spirit of negotiations as well as good governance practices which Air Mauritius has subscribed to. We consider this to be bad faith. »
Auparavant, l'Airline Employees Association avait demandé aux employés de rapporter tout cas d'intimidation de la part de la direction. « We urge you to report with NO DELAY any attempt to intimidate/threaten you when refusing to “help” the company. We will immediately put the required legal steps into action to protect any of our members victim of intimidation/threat. Furthermore, the identity of the individual responsible of threatening members will immediately be referred to the appropriate level of authority (aviation and civil). Time has come for things to change », avait-il été recommandé à ses membres.