AXEL RUHOMAULLY AU SUJET DE LA CITÉ MÉCANIQUE : “Montrer que l’héritage est précieux”

La Cité Mécanique est une exposition d’œuvres d’art imaginée par Meta-Morphosis visant à mettre à l’honneur le patrimoine industriel de Maurice. Elle sera visible au public du 22 septembre au 15 novembre, de 10h à 18h, à la Galerie 3A The Excellence of Art, United Docks au Caudan. Axel Ruhomaully, un des artisans de Meta-Morphosis, en parle à Scope.

Pourquoi cette exposition ?
Le patrimoine industriel est un bien commun. Il nous concerne toutes et tous. Antoine de Saint Exupéry cite ce proverbe africain dans Terre des Hommes : “Nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants.” Ce proverbe nous inspire et nourrit notre démarche. À l’aube du cinquantième anniversaire de l’indépendance de Maurice en 2018 et dans le cadre de Moris Dime, nous souhaitons raconter et mettre à l’honneur l’histoire des femmes et des hommes de nos industries ou de nos boutiques, des histoires qui sont intimement liées à celle de notre terre, de nos outils et de nos lieux de création et de production.

En quoi sera-t-elle constituée ?
Il s’agit d’une “exposition duo”, qui combine des créations de Gael Froget et des images d’art. Quatorze œuvres ont été créées et peintes par cet artiste peintre sur de vieux outils industriels sucriers que le groupe Terra a confiés à Meta-Morphosis. Il a créé un univers fascinant autour de ces pièces.
Pour ma part, j’ai photographié notre patrimoine maritime dans l’enceinte de Taylor Smith Group à Port-Louis et une vieille machine à coudre comme témoin de notre patrimoine textile ou bien encore les moulins en activité de l’usine de Terra. J’ai réalisé onze images au pochoir de lumière, qui ont nécessité chacune entre quatre et cinq heures de travail de mise en lumière lors des prises de vue.
Nous avons collaboré avec l’artiste peintre et plasticien Gael Froget pour La Cité Mécanique, dont le travail et le talent sont désormais reconnus au-delà de nos frontières. Nous avons également collaboré avec Christian Mermoud (le directeur de la galerie 3A The Excellence of Art). À l’occasion du vernissage de La Cité Mécanique le 21 septembre, il inaugurera un nouvel espace dédié à l’art contemporain à Maurice. Cette exposition inaugurale ouvrira ainsi les feux d’expositions bimestrielles qui seront organisées en ce lieu. Yves Winkin sera l’invité d’honneur.

Comment a été le trajet sur la route vers La Cité Mécanique ?
Il y a eu des défis, qu’il s’agisse de la recherche de financement et de l’organisation méticuleuse que requiert un tel événement. Mais la vraie difficulté fut la prise de conscience.
Les nombreux succès économiques de Maurice ont marqué le destin de nos villes et de nos villages, qui se sont construits grâce à la prospérité de nos usines, au travail de nos ouvriers, de nos artisans et à l’énergie de tout un peuple. Nous nous situons aujourd’hui à la croisée du passé, du présent et de l’avenir. Nous nous efforçons de montrer que cet héritage est précieux à l’heure de cette nouvelle transition économique et écologique. Il est susceptible de constituer un écrin et un matériau pour construire le monde de demain.

D’où vous vient cette idée ?
C’est un concept original créé par Franck Depaifve (cofondateur de Meta-Morphosis) et moi-même pour préserver la mémoire des lieux et pour transmettre la fierté des hommes. Nous l’avons expérimenté une première fois lors d’une exposition d’images et de mobilier industriel personnalisé par des artistes, avec Diego Buñuel (le directeur des documentaires de Canal+), en présence de nombreux artistes et d’Yves Winkin (le directeur du Musée des Arts et Métiers de Paris).
Lors de nos explorations de sites industriels à Maurice et dans d’autres pays à travers le monde, nous avons découvert des quantités importantes de matériaux, d’outils et de mobilier souvent laissés à l’abandon. L’idée a été de les récolter et de les mettre à la disposition d’artistes, d’artisans et de designers locaux et internationaux afin de raconter les belles histoires de ces femmes et de ces hommes, tous détenteurs d’un précieux savoir-faire.

Pensez-vous que l’initiative aura un effet sur les Mauriciens ?
Seul l’avenir nous le dira, mais les premiers retours que nous avons reçus sont très encourageants et très enthousiasmants. Quand nous racontons – avec de la peinture, des photos ou des capsules vidéo, du street art, de la sculpture, du slam ou bien encore de la danse – la beauté du patrimoine qui nous entoure à un jeune public, aux artistes et aux artisans, aux directeurs d’usine, aux ambassadeurs, aux institutions ou à des organisations comme l’Unesco, je vous confirme que cela plaît et pique la curiosité des gens !

Pour finir, y aura-t-il un livre sur Maurice ?
À l’instar de notre premier ouvrage d’art, Ceci n’est pas que du patrimoine, qui racontait l’histoire du Charbonnage du Hasard en Belgique (sorti en décembre 2015), nous espérons en effet que cette exposition donnera envie à de nombreux artistes et partenaires locaux de nous rejoindre pour créer ensemble un beau livre. Nous voulons que les industries mauriciennes deviennent ainsi le support, la source d’inspiration et les fiertés communes de toute une nation, et qu’ensemble nous relevions le défi du vivre et du construire.