Une première étape de la BAI Mega-Financial Scam, avec un préjudice de plus de Rs 23 milliards, a été complétée à la fin de la semaine écoulée. En effet, le Conseil des ministres a donné son aval à un autre volet de remboursement programmé pour juillet prochain aux clients de Bramer Asset Management Ltd avec des placements inférieurs à la barre des Rs 500 000. Le montant global à être déboursé pour satisfaire 6 362 clients dans cette catégorie est de Rs 506 millions. Avec la conclusion de l’épisode de repaiement, les autorités compétentes et les Special Administrators de BAI Co (Mauritius) Ltd and Related Entites, Mushtaq Oosman et Yogesh Basgeet, vont se concentrer sur deux éléments, soit accélérer les processus de recouvrements des fonds détournés portant sur des milliards de roupies, soit soumettre au Central CID et autres institutions, dont l’Independent Commission Against Corruption (ICAC), des dossiers de pratiques frauduleuses et autres blanchiments de fonds pour des enquêtes au pénal. Néanmoins, dans l’immédiat, des membres du clan Rawat, en particulier les filles du Chairman Emeritus, Adeela et Laina, se retrouveront « in the line of fire » avec des convocations prévues pour cette semaine au QG du Central CID alors que des contacts diplomatiques ont été renouvelés avec la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis en vue d’acculer le principal protagoniste, Dawood Rawat, dans des enquêtes sur des délits de détournement et de blanchiment de fonds.
A partir de demain matin, les marches menant au QG du Central CID seront de nouveau au centre de l’actualité avec la décision des enquêteurs de convoquer à tour de rôle les deux soeurs Rawat, connues pour avoir assumé des rôles de premier plan das ce scandale financier. Difficile à dire qui d’Adeela, l’épouse de Claudio Fiestritzer, ancien Chairman de BRAMCOM, le pôle commercial du groupe BAI, ou de Laina, l’épouse de Brian Burns, ancien Chief Executive Officer d’Iframac, aura en premier les faveurs des hommes de l’assistant-commissaire de police Heman Jangi.
Dans les deux cas, l’interrogatoire Under Warning sera consacré aux délits de Conspiracy To Defraud au terme des dispositions du Companies Act et de blanchiment de fonds sous le Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act. L’un des derniers cas révélés fait partie des Unaccounted Funds d’un montant de Rs 3,8 milliards sur des placements de Rs 5 milliards à la Bramer Asset Management Ltd.
L’exercice entrepris par les Special Administrators de BAI Co (Mtius) Ltd and Related Entities a été de retracer les bénéficiaires pour un montant de Rs 2,1 milliards, dont Rs 685 millions à destination de KLAD Investment, sous le contrôle du clan Rawat et installé aux Bahamas en transitant par Seaton Investment Limited. Les deux filles de Dawood Rawat sont soupçonnées de faire partie des « First Line Beneficairies » de ces détournements de fonds.
Vers Dawood Rawat
Une autre ligne d’interrogatoire sera articulée sur les transactions bancaires opérées par Adeela et Laina Rawat avec des transferts par dizaines de millions de leurs comptes à ceux du  patriarche de la famille. Au cours de ces deux dernières semaines, les relevés des comptes soumis par les banques commerciales suite à des Disclosure Orders émis par la Cour suprême ont été épluchés en vue de dégager un Pattern de ces virements bancaires avec des Tainted Monies from the Common Policy Holders Fund.
Après l’étape des éventuelles inculpations provisoires du tandem Adeela/Laina, l’attention des autorités sera réorientée vers Dawood Rawat, qui a trouvé refuge en France avec probablement un passeport français à portée de main. La stratégie d’extradition du Chairman Emeritus de BAI, brandie initialement, aurait été reléguée au second plan pour laisser la place à la coopération dans le cadre de la Legal Mutual Assistance avec les pays concernés.
Les missions diplomatiques de la France, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis, pays où Dawood Rawat aurait engagé d’importants investissements avec les fonds détournés de BAI Co (Mtius) Ltd, sont tenues informées des développements avec les Prima Facie Evidence transmises aux autorités compétentes de ces pays, comme le Serious Fraud Office à Londres, le Federal Bureau of Investigation ou l’Inland Revenue Service aux Etats-Unis ou Pôle Financier du Parquet de Paris, à des fins d’enquête pour des crimes à col blanc.
Des Rs 6 milliards soupçonnées d’avoir fait l’objet de transferts illicites au bénéfice de Dawood Rawat, le montant de Rs 1 milliard dans des comptes de BA UK  à Londres alors que plus de Rs 1 milliard ont été pompées des comptes d’Iframac  sous forme de Technical and Management Fees au rythme de Rs 15 millions par mois au cours de ces dernières années. Le dossier sur Dawood Rawat élaboré au fil des enquêtes avec l’écroulement du conglomérat BAI confirme que l’un des objectifs majeurs derrière ces investissements était “d’assurer le contrôle dans une série de secteurs pour tenter de protéger son empire”.
Un autre casse-tête
“C’est clair qu’avec des enseignes de référence comme Mercedes-Benz ou Courts, ou encore Harley-Davidson, Dawood Rawat voulait se projeter comme le Nec Plus Ultra en tant qu’homme d’affaires. Il ne s’est pas contenté de cela seulement. Il s’est même permis de recruter un ancien commissaire de police et un officier à la retraite du MI 5 britannique pour faire fonctionner un réseau d’Intelligence Gathering. Pourquoi ? Pour mieux suivre ses compétiteurs dans les secteurs financiers. Il a aussi placé ses pions dans les plus hautes sphères, que ce soit à la Banque de Maurice, ou encore à la Financial Services Commission pour devancer demain. Finalement, l’empire Rawat s’est assuré d’une emprise avec un Financial Footprint dans les médias pour contrecarrer les attaques dans le cadre d’une stratégie de Kontrol Baz à toute épreuve”, fait-on comprendre.
Ces différentes pièces du Puzzle Rawat se mettent en place quasi automatiquement avec l’initiative des Special Administrators de BAI Co (Mtius) Ltd de dresser une liste de tous les placements effectués par Dawood Rawat et ses lieutenants en détournant principalement les contributions des clients du Super Cash Back Gold et également de Bramer Asset Management Ltd et les Bramer Bonds pour un montant de Rs 771 millions au nom de la clinique Apollo Bramwell. Cette liste de bénéficiaires des détournements à la Dawood Rawat, dont un deal intervenu presque à la veille des dernières élections générales avec une personnalité au-dessus de tout soupçon s’appropriant d’un versement de Rs 66 millions, dont Rs 33 millions en liquide du compte 2646 du Super Cash Back Gold, sans aucune considération en contrepartie devra être soumise au Central CID pour des enquêtes sur des délits de fraude vu le potentiel de recouvrement extrêmement limité dans ces particuliers.
Un autre casse-tête de nature légale persiste : dans pas moins de cinq cas des transactions immobilières, comme la vente à une VVIP du 12e étage de Bramer House et de six appartements à CyberVillage Ebène pour un montant de Rs 100 millions, alors qu’aucune procédure d’enregistrement n’a été effectuée officiellement. Des sources autorisées avancent que les Special Administrators sont en droit de considérer ces biens immobiliers comme faisant partie du groupe BAI en l’absence de tout enregistrement.
Dans les milieux proches des acheteurs, victimes de Dawood Rawat, qui n’ont pas procédé à l’enregistrement pour éviter des paiements supplémentaires, l’on avance que les premiers nommés peuvent prétendre à leurs propriétés immobilières vu qu’ils perçoivent des loyers auprès des occupants, principalement des entités du groupe Bramer. Cet argument ne fait pas l’unanimité avec l’une des parties se disant prête à porter l’affaire en Cour pour être tranchée.
De son côté, Moody’s Investors Service s’est invité à la BAI Party avec des commentaires sur cette affaire dans son dernier Rating en date pour l’économie mauricienne. “The fiscal authority of Mauritius’s decision to bail-out depositors and policy holders had the advantage of being swiftly implemented, avoiding panic behaviours and a deposit run at the sector level”, note le rapport de cette agence de notation international. Cette remarque est accueillie favorablement à l’Hôtel du gouvernement.
Toutefois, Moody’s prend également le soin de répartir les responsabilités dans ce scandale financier susceptible de mettre en péril d’économie. “While details of the problems have yet to be disclosed – we expect that the authorities will disclose more information within the next few months – the case reveals, in part, shortcomings in the authorities’ supervision and enforcement capacity”, note Moodys en ciblant la Financial Services Commission pour des manquements majeurs même si “related parties exposure was reduced at the request of the supervisory body, from its 85% (of total assets) level to 58% lately, but remained well above the 10% regulatory requirement”.