BANQUE DE DÉVELOPPEMENT—ANAND BABBEA: « La DBM est une banque, pas la Sécurité sociale »

La Development Bank of Mauritius (DBM) est à l’écoute de sa clientèle afin de lui proposer les meilleures solutions possibles aux problèmes auxquels elle fait face, « mais ne venez pas me dire de rayer vos dettes ». Ce sont les propos du président de cette institution bancaire, Anand Babbea. « Dans chaque budget, le gouvernement prévoit de “write off” les intérêts mais pas les prêts eux-mêmes. » Il dit apprécier que certains clients fassent des efforts pour rembourser leurs prêts pendant que d’autres ne le font pas. Anand Babbea souligne que la DBM est « une banque, pas la Sécurité sociale ».
Anand Babbea ne souhaite pas associer la DBM à une phase : « nek done ek gayn arieraz dan dezan » et dit ne pas plaisanter avec le “responsible lending”. « Prenez, mais remboursez. Nos clients doivent comprendre, ils doivent présenter un projet solide. Nous avons affaire à des cas où le client n’a même pas payé sa première mensualité. C’est grave, il faut qu’on rembourse pour que la banque puisse prêter aux autres. Nous devons être justes envers nos clients, nous devons aider ceux qui font des efforts », lance-t-il, avant de répondre à notre question sur l’intervention politique en faveur de certains clients de la banque. « Les politiciens font leur travail, nous, nous sommes des banquiers, nous faisons le nôtre. Je ne sais pas pour le passé, mais moi, depuis que je suis là, je peux dire qu’aucun ministre n’est intervenu dans notre travail », répond-il. « Si la DBM avait fermé ses portes, c’est une institution qui aurait disparu. D’où le changement drastique dans la façon d’opérer de la banque ces derniers mois. »
Depuis qu’il est à la tête de la DBM, Anand Babbea dit avoir « complètement changé » la façon d’opérer de la banque. Selon lui, l’époque où on restait au bureau pour attendre le client est révolue. « Le personnel doit comprendre, il faut sortir et aller à la rencontre des clients », explique notre interlocuteur. En contrepartie, le personnel est valorisé. « C’est une de mes priorités car je tiens cet aspect humain à cœur. Nous avons ainsi approuvé et implémenté un rapport salarial qui était en attente », ajoute-t-il.
Au niveau de la banque, de nouveaux départements sont créés. Il est surprenant, précise Anand Babbea, que la DBM n’avait pas de département de “underwriting as such” ni un département de recherches. « Un des objectifs de la DBM est de faire des recherches qui n’ont pas été effectuées depuis des années. Notre banque est censée faire des recherches afin de pouvoir conseiller le gouvernement. Il y a une mine d’informations éparpillées dans le pays, il faut les amasser. Nous avons maintenant une équipe qui travaille sur les recommandations que nous ferons au ministère des Finances en mars prochain dans le cadre de la préparation du prochain budget », explique-t-il.
Le “networking” est aussi un élément important dans le bon fonctionnement d’une entreprise. Le président de la DBM se demande pourquoi cette banque n’est pas affiliée à des banques similaires en Afrique et en Inde. « D’autres banques le font, pourquoi pas nous ? La DBM n’était même pas affiliée au réseau des banques de développement en Afrique depuis trois ans. J’ai fait remettre cette affiliation », indique-t-il. Selon lui, le frottement avec d’autres banques est important. « La DBM ne peut opérer de la même manière que dans les années 70 et 80. Le business a évolué et il faut changer avec le temps », affirme-t-il.
Pour ce faire, Anand Babbea dit croire fermement dans la formation du personnel. C’est après une période de sept à huit ans que le personnel de la DBM bénéficie de formations, dont certaines à l’étranger. Il y a aussi eu des sessions de formation de demi-journée pour 25 membres du personnel. Il dit accueillir volontiers les idées des employés. C’est d’ailleurs de cette façon, dit-il, que la DBM a introduit des cours de yoga et de zumba pour leur bien-être de même que des jeux internes. « Nous sommes limités car nous ne sommes pas une banque commerciale. Nous ne faisons pas de profits mais toujours est-il que nos employés doivent se sentir bien au travail. Mais, je leur ai dit qu’il faut qu’ils comprennent et accompagnent le changement qui s’opère dans le monde du business aujourd’hui », a conclu Anand Babbea.