Obligation de se tourner vers d’autres pays pour satisfaire la demande croissante
Quelque 60 000 postes sont à pourvoir sur les bateaux de croisière jusqu’en décembre 2018 dans le monde. Pour Maurice, 5 000 postes sont disponibles sur les différents navires. Ce secteur en plein essor présente de nombreuses opportunités pour ceux à la recherche d’un emploi. Toutefois, trouver les candidats désireux de vivre cette aventure est un véritable défi pour les recruteurs. En ce moment, seulement 1 500 Mauriciens partent travailler sur ces bateaux.
« Nous avons noté une baisse dans le nombre de Mauriciens qui vont travailler sur les bateaux de croisière à partir de 2014, soit une chute de 200 personnes annuellement », observe Chandra Kumar Seepaul, Hiring Partner de CSCS International Manning. La raison, selon lui, est le manque de préparation et de formation des Mauriciens pour ce secteur d’emploi. « Dix ans de cela, plusieurs Mauriciens étaient formés par des écoles de formation et nous avions peu de demandes et beaucoup de candidats. Maintenant, cela s’est inversé. Nous avons plus de demandes mais très peu de candidats », indique-t-il.
La faible démographie de Maurice par rapport aux pays tels les Philippines, l’Inde ou le Brésil, ne joue nullement en la faveur de l’île. Le Hiring Partner souligne que ces pays susmentionnés reçoivent la même demande que Maurice pour le recrutement. « De par leur population importante, il est plus facile pour ces pays de recruter des personnes, contrairement à Maurice », fait-il ressortir.
L’année 2018 se présente comme une période difficile pour Chandra Kumar Seepaul. « Nous devons trouver des personnes qualifiées. Nous serons obligées de faire deux ou trois entretiens », dit-il. En effet, plusieurs compagnies qu’il représente à Maurice lanceront de nouvelles croisières. « Nous devons trouver des personnes », martèle-t-il. Pour cela, Chandra Kumar Seepaul estime que la formation est essentielle. « Il est important de suivre la personne avant qu’elle ne débute sa formation, et après », soutient-il.
Il est également primordial de discerner si la personne est prête à accepter de relever le défi de travailler sur un navire pendant plusieurs mois. Chandra Kumar Seepaul a remarqué que plusieurs personnes se laissent tenter par cette aventure, mais elles désenchantent une fois qu’elles y sont. Pour essayer d’y remédier, des questions sont posées aux candidats afin d’étudier s’ils pourront tenir le coup sur le bateau.
Parmi les autres raisons qui ne facilitent pas le recrutement des personnes: la mauvaise attitude. Chandra Kumar Seepaul préfère recruter une personne sans expérience mais avec une bonne attitude, plutôt qu’une personne avec de l’expérience mais sans l’attitude appropriée. « Nous devons faire un effort certain pour que les candidats développent une bonne attitude », relate-t-il. L’accent est donc mis sur la ponctualité et le langage.
Sensibiliser les collégiens
Des sessions de sensibilisation dans les établissements secondaires ont lieu pour présenter aux jeunes les opportunités d’emplois sur les navires. Lors des sessions avec les collégiens, le Hiring Partner prodigue une multitude de conseils aux intéressés. « Nous leur parlons de la vie sur le navire et de ce qui les attend », dit-il. Et selon le Hiring Partner, un bon bagage éducatif n’est pas un critère essentiel pour trouver un job dans ce domaine.
Chandra Kumar Seepaul informe qu’il a envoyé 20 “spa therapists” ayant un diplôme dans la finance sur les navires. Selon lui, plusieurs Mauriciens ayant exercé sur des bateaux de croisière ont par la suite reçu des postes importants dans les hôtels, et ce grâce à leur expérience internationale. De plus, le recruteur avance qu’il n’est nullement difficile pour un Mauricien d’obtenir un visa américain. Selon lui, il faut capitaliser sur cette situation, car Maurice figure parmi les seuls pays au monde à recevoir aisément un visa pour les États-Unis. Chandra Kumar Seepaul compte recruter bientôt des Ghanéens. Une école de formation ouvrira bientôt ses portes dans ce pays.
« En toute sincérité, nous n’avons pas le nombre de personnes qu’on veut recruter sur le marché », regrette David Goboodun, directeur de la compagnie de recrutement International Cruise Secretariat Recruitment Services. Représentant la compagnie MSC, il doit trouver 500 personnes pour travailler sur les navires de cette société dans ses différents départements. Bien que 1 500 élèves sortent de l’École hôtelière chaque année, pour lui, ce nombre est « largement insuffisant ».
Il plaide également pour plus d’écoles de formation. Ce recruteur avance qu’il peut recruter jusqu’à 2 000 Mauriciens chaque année s’il parvient à les trouver. Au cas contraire, il se tourne vers des employés d’hôtels. Une pratique qu’il considère comme « pas correcte ». Lui préfère recruter directement des écoles de formation, qui pourront mettre sur le marché des personnes ayant toutes les compétences requises.
En raison du manque de candidats de l’île Maurice, il a dû se tourner vers l’île Rodrigues depuis juillet. À ce jour, il a recruté une trentaine de Rodriguais. S’ils sont enthousiastes de tenter l’aventure à l’étranger, son souci est la formation limitée de ces derniers. Pour cause, les hôtels de l’île Rodrigues sont de deux à trois étoiles, alors que les bateaux sont de cinq étoiles.
La compagnie de formation G2ACAMAS a pris connaissance de la forte demande pour les compétences locales sur les bateaux de croisière. Elle forme depuis l’année dernière des jeunes dans son établissement à Quatre-Bornes. Après une formation de six mois, vingt-huit d’entre eux ont été recrutés par Royal Carribean International Ltd et quinze par la Norwegian Cruise Line. Ces derniers partiront en décembre.
Selon Waheeda Seerally, Business Development & Marketing Manager de la compagnie, le choix des candidats ne se fait pas uniquement sur les qualifications académiques, mais aussi sur les qualités personnelles. En ce moment, G2ACAMAS offre de la formation dans le domaine de House Keeping, bar, restauration et la cuisine. Waheeda Seerally avance que plusieurs personnes formées souhaitent travailler à Maurice à l’issue de leur formation, car « ils trouvent une carrière à Maurice ».
Pour offrir une formation qui répond à la demande des bateaux de croisière, Waheeda Seerally soutient que la collaboration des recruteurs est obtenue. Ainsi, une autre filière de formation sera offerte bientôt suite à une forte demande. G2ACAMAS pourrait même ouvrir une école de formation dans la région, afin que les étudiants viennent à Maurice pour des cours pratiques. L’école de formation a pour l’heure formé 245 personnes.