À Batimarais, dans le sud de l’île, la pauvreté fait partie du quotidien des habitants. De nombreuses familles vivent dans des conditions déplorables et se plaignent de l’indifférence des autorités. Quelques résidents du village ont accepté de raconter leur dur quotidien à Scope.

Le sort de Soomati Randamy n’est pas près de changer malgré son acharnement pour lutter contre la misère. Le soleil frappe fort sur sa bicoque en tôle fatiguée. “Quand il pleut, ma maison est submergée. Mo ramas boukou problem. Le toit en tôle est usé et je n’ai pas les moyens de le changer”, confie cette mère de famille, qui trime dans l’espoir d’offrir une vie meilleure à sa fille unique de 14 ans. Un combat qu’elles mènent à deux sans trouver d’issue. “Mon mari vit à côté, mais il ne nous aide pas.”

Ni eau ni électricité.
L’état de ces deux pièces en dit long sur ce que doit endurer la cinquantenaire. Dans un coin, un lit couvert d’un drap complètement déteint. Debout dans la pénombre de sa chambre, Soomati nous confie qu’elle n’a pas d’emploi fixe. “Kot mo gagne mo travay. Tous les jours, je quitte ma maison à quatre heures du matin pour aller au travail. Ma fille se prépare seule pour aller à l’école. Je n’ai ni électricité ni fourniture d’eau. Depi mo tifi inn ne, nou pe pas mizer.” Elle veut à tout prix changer la toiture de sa maison pour ne plus vivre un calvaire lorsqu’il pleut. “Mo tal plastik partou. Li pa fasil. Les autorités viennent pour des visites, mais elles ne font rien.”


Batimarais ne défraie pas la chronique des faits divers. Quelques jeunes sont assis à l’ombre d’un arbre et d’autres font un tour à vélo. À quelques encablures, nous atterrissons chez Rashida Islam, une femme de 62 ans qui vit toujours chez sa mère. À deux, elles mènent une vie simple et dépendent des allocations sociales. Les deux retraitées vivent dans une petite maison en tôle. Elles paraissent heureuses en dépit des difficultés et ne se plaignent pas du voisinage. “Nous nous entraidons beaucoup et le sens du vivre-ensemble prévaut, qu’importe la religion”, dit la sexagénaire. Malgré leur situation financière et le parcours du combattant pour percevoir une pension d’invalidité et alimentaire, les deux pensionnées parviennent à s’en sortir.

“La pension n’est pas suffisante”.
Pendant de nombreuses années, Rashida Islam a travaillé dans une usine pour subvenir à ses besoins. “Il y a quelques années, j’ai subi une opération chirurgicale qui m’a empêchée de travailler. À l’époque, ma mère recevait une pension car elle avait déjà 60 ans. Elle a été obligée d’aller chercher un boulot pour que nous puissions joindre les deux bouts.”
Nous rencontrons beaucoup de femmes seules et des retraités en quête de quiétude. C’est le cas de Natimee Vellin, 85 ans, une veuve sans enfant qui sollicite les autres pour s’occuper de sa maison, propre et bien entretenue. “La pension n’est pas suffisante. Chaque mois, je dois payer les gens pour m’aider à faire le ménage. Et je dois m’acquitter des factures d’eau, d’électricité et de téléphone. Il ne me reste pas grand-chose pour me nourrir. Les prêts et les emprunts des voisins font partie de mes fins de mois.”

Elle fait face à cette situation depuis le décès de son mari et ne peut pas compter sur le soutien de sa famille. “Zanfan ki sorti dan ou trip zame pou vinn pou ou, aster zanfan frer ser pa pou vini”, confie-t-elle, les larmes aux yeux. Rien ne laissait présager qu’elle aurait eu un destin si malheureux. “Tout a changé quand mon mari est mort. J’arrive difficilement à m’en sortir”, se lamente cette native de St-Aubin, qui est allée vivre à Rivière des Anguilles après son mariage. “Après le passage d’un cyclone, nous avons tout perdu. Nous sommes venus vivre à Batimarais.”

Vivre avec le strict minimum.
Le veuvage apporte son lot de contrariétés. Rajamani Sookna, 39 ans, vit uniquement de sa pension de veuve et de la pension alimentaire octroyée à son fils de 8 ans. Debout sur son humble terrasse où s’entremêlent des cordes à linge, la mère de trois enfants nous raconte que pendant les grosses averses et le passage de Berguitta, l’eau est entrée dans sa maison. “Sans perdre de temps, pour ne pas qu’elle fasse plus de dégâts, nous avons dégagé l’eau qui s’était accumulée.” Elle vit au jour le jour. Depuis quelque temps, elle doit faire face à une toiture rouillée et perforée. “Mes fils ne travaillent que quelques fois par semaine. Je ne peux pas travailler car je dois m’occuper de mon benjamin. Mo pa kapav pey mo bil enn sel kou. Mo bizin pey an de fwa.”
Même si elle est surprise de nous voir débarquer chez elle, Sadna Ganga, 48 ans, nous accueille gentiment. Elle nous fait faire le tour de son unique pièce. Elle vit avec le strict minimum : deux lits, un petit four à gaz, une télé, un réfrigérateur et un four à micro-ondes. “Mon époux est maçon et ne travaille pas tout le temps. Pour nous faire un peu plus de sous, je travaille dans un champ de pistachiers.

Depuis quatre ans, elle a construit une petite maison en tôle sur le terrain que sa mère lui a offert. Avant, elle louait une maison, ce qui ne lui permettait pas de faire des économies. “Je n’ai pas de connexion pour l’eau mais mes voisins me fournissent un peu d’eau tous les jours. Le seul luxe que je peux m’offrir, c’est l’électricité. Le reste est inaccessible”, confie cette mère de deux enfants. Même si elle se contente de peu, elle regrette néanmoins de ne pas avoir pu offrir une excellente scolarité à son cadet, faute de moyens. “En faisant quelques sacrifices, j’ai acheté une bouteille de gaz en décembre. Nous manquons de beaucoup de choses, me zame nou’nn dormi san manze.”


L’éducation pour s’en sortir
“Je suis née à Batimarais et mon vœu est de voir mon village progresser. Même si jadis, la vie n’était pas simple, les enfants étaient tous scolarisés. Aujourd’hui, je constate que certains parents ne font pas l’effort d’envoyer leurs enfants à l’école”, confie Amina Keenoo, travailleuse sociale. Elle aide de temps en temps les enfants du village dans leur parcours scolaire. Pour elle, l’éducation est la clef du développement social et de la réduction des inégalités économiques et sociales. “Le laisser-aller a conduit quelques jeunes vers le fléau de la drogue. Chose qui n’existait pas dans le temps.”

Environnement insalubre
Depuis deux ans, Livia Justin vit à côté d’une montagne d’ordures et n’arrive plus à faire pousser ses arbres fruitiers. Selon elle, les gens de la localité se débarrassent des détritus dans la nature et ne font pas attention aux drains. “Avan, mo ti pe gagn goyav pou manze. Aster, zot vinn zet tou kalite kiksoz. Personn pa dir nanye pou aret sa. Tou pe per.”