BATTU À MORT DIMANCHE DERNIER : Sameer Moosun n'a pas eu le temps de plaider la cause des transsexuels

Bénéficiaire de méthadone, le jeune homme, qui devait participer à la conférence du CUT, avait auparavant prévu de dénoncer les préjugés à l'égard des transsexuels
En juin dernier, Sameer Moosun (à gauche) confiait à Week-End que la méthadone l'avait aidé à tourner une page sur la drogue

Il voulait dénoncer, dans la presse, les discriminations et préjugés dont les transsexuels en sont victimes. Sameer Moosun, 32 ans, en avait lui-même, assez d'être critiqué pour son choix et qu'il assumait pleinement. D'ailleurs, il y a trois mois, dans le cadre d'un reportage par Week-End sur un groupe de femmes sous méthadone, le jeune homme tenait aussi à apporter son témoignage et parlait de lui au féminin. A la deuxième conférence du Collectif Urgence Toxida (CUT) qui s'est tenue cette semaine, sa place est restée vide. Il y aurait participé en tant que toxicomane sous méthadone et bénéficiaire de l'ONG Lakaz A. Le 14 dernier, Sameer Moosun avait approché Week-End. Il voulait lancer un appel pour que la société change son regard envers les transsexuels. Lundi dernier, les médias ont, en effet, parlé de Sameer Moosun, mais pour annoncer sa mort dans des circonstances dramatiques. La veille, le jeune homme a été battu à mort par des individus — arrêtés depuis par la police — qu'il connaissait.

"Les gens n'arrêtent pas de me juger sur mon apparence. J'aimerai trouver du travail. Mais c'est compliqué. J'ai approché une compagnie de nettoyage, parce que dans le passé j'ai travaillé comme cleaner. Cela n'a rien donné. On me laisse comprendre que mon physique dérange. J'y peux rien, je suis comme ça ! Que veulent les gens ? Que je porte un pantalon, une cravate assortie à une chemise ? D'accord ! Mais je serais toujours féminine… " Sameer Moosun, que nous avions rencontré le 14 dernier : quatre jours avant d'être battu à mort par un groupe, qu'il connaissait bien d'ailleurs. Il nous confiait son désir d'une vie sociale normale. Pour cela, il avait déjà accompli un grand pas. Sans doute, le plus important. Il avait laissé tomber la drogue et était sous méthadone. "Je suis heureuse et en meilleur santé", témoignait-il, sous le nom de Yassin, aux côtés des femmes sous méthadone, dans un de nos reportages sur le sujet il y a trois mois. Sameer Moosun parlait de lui au féminin, parce que c'est cette part de lui qu'il revendiquait et assumait pleinement. Il évoquait aussi l'enfer de la drogue, de la prostitution… parce qu'il est passé par là. En partageant une partie de sa vie ce jour-là, Sameer Moosun tenait surtout à dire sa reconnaissance à la méthadone, sans laquelle il n'aurait pu se libérer de la drogue et ses galères. Mais à lui seul, le substitut à la drogue dure ne pouvait faciliter l'intégration du jeune homme à la vie sociale. Sameer Moosun, devait, disait-il, affronter constamment le regard des autres et essuyer leurs critiques.
Comment intégrer la société quand les préjugés persistent ? Quatre jours avant son décès dans des circonstances tragiques, Sameer Moosun voulait aborder cette question ouvertement avec Week-End. Il en avait assez, disait-il, des injustices faites aux travestis, des obstacles rencontrés dans la vie de tous les jours… Et mardi dernier, c'est sur une plate-forme nationale que Sameer Moosun aurait pu témoigner de tout cela. Habitué de Lakaz A, organisation non gouvernementale et aussi centre référant pour les toxicomanes sous méthadone, la victime allait, en effet, participer à la conférence du CUT, à Mer Rouge. Il aurait participé en tant que bénéficiaire des services de Lakaz A. Il était convaincu que son témoignage dans la presse ou ailleurs, pourrait contribuer à changer la mentalité des réfractaires à la tolérance.

Il connaissait ses agresseurs
Dimanche dernier, ses agresseurs se seraient acharnés sur Sameer Moosun avec violence. "On n'arrive pas à comprendre pourquoi ils l'ont tué. Car ce sont des personnes qu'il connaissait très bien", confie une amie proche de la victime. Cette amie a été témoin d'une altercation, plus tôt, entre Sameer Moosun et un des présumés agresseurs du jeune homme, le jour de sa mort. "Cela s'est passé tôt le matin après la distribution de méthadone. Sameer a reproché à cette personne de s'en être pris, la veille, à un homme sans défense. Le ton est monté avant que les choses ne se calment avec le départ de cette personne. Avec Sameer, quelques amis et moi-même, nous nous sommes ensuite regroupés sur notre point de rencontre habituel à quelques mètres du centre de distribution. Nous sommes restés là-bas pendant quelques heures, nous avons bavardé avant de nous quitter", raconte l'amie de Sameer. Ce dernier, selon elle, "connaissait très bien les hommes qui l'ont tué". Le jeune homme, précise notre interlocutrice "avait pour habitude de partager ses doses de méthadone avec certains d'entre eux. Quand ils avaient besoin d'argent, c'était toujours vers lui qu'ils se tournaient et Sameer leur donnait ce qu'il pouvait". Elle ajoute : "Je peux dire que ce sont ses "amis" qui lui ont arraché la vie ! "

Une place est restée vide
Coordinatrice à Lakaz A, Ragini Rungen — qui devait être accompagnée de Sameer Moosun à la conférence du CUT — confie qu'elle a eu beaucoup de mal à accepter le décès brutal du jeune bénéficiaire de l'ONG. "Sé enn dimunn ki ti dan nou lakaz ki finn mor", dit-elle. "Il devait m'accompagner à cette conférence. J'y suis allée et il y avait une place vide… la sienne", poursuit Ragini Rungen. Le cas de Sameer Moosun, confie la représentante de Lakaz A, devrait aussi interpeller sur les préjugés auxquels les transsexuels sont confrontés à cause de leur orientation et apparence. "Qu'ils soient sous méthadone ou pas, ils font partie d'une population fragilisée par les stigmatisations liées à leur identité sexuelle", dit-elle. Il y a deux mois, quand Week-End l'avait rencontré, Sameer Moosun confiait qu'il aurait souhaité que des toxicomanes homosexuels, transsexuels sous méthadones… puissent être accueillis ou référés dans des services pour femmes. "Je crois que ce serait une bonne chose, en attendant qu'il y ait un jour des structures pour nous", disait-il. De son groupe d'amis sous méthadone, c'était aussi lui, qui avait pris la responsabilité de trouver une maison pour la transformer en centre du jour. Au chômage pour la plupart, ils étaient las de se réunir dans la rue après la distribution du substitut, tous les matins. "Il avait fini par trouver une maison", confie son amie. En restant dans la rue, ils attisaient la curiosité des passants. "Dimoun apel nou ban méthadone", disait Sameer Moosun et son groupe d'amies. Avec celles-ci, il avait pour habitude de jouer au Loto les samedis. Et si la chance tournait de son côté, il aurait, confiait-il à Week-End, "fait construire un orphelinat".

Commentaires

Bien heureux que cela lui soit arriver!

Il voulait faire comprendre quoi à la société?!
Qu'il a craché sur le plus beau cadeau qui lui
soit été offert. La Vie...

La Vie n'est pas acquise. Tu ne fais pas ce que tu
veux de la Vie. Si la Vie a décidé qu'il était
un homme alors il se devait de respecter ce choix
car la Vie l'a décidé. Les hermaphrodites sont exclus
bien sur car ils n'ont pas fait le choix dans leurs
têtes avant d'arriver sur Terre. Il va s'en dire que
les Trans sont affectés(es) mentalement. Si ont veux
jouer avec les mots :

Gras transgénique, organisme génétiquement modifié...
Un ou une transexuel(lle) est cela! Donc c'est pas bon!

Déjà que les gays & lesbiennes se revendiquent différemment
que les hétéros qu'ils veulent les mêmes droits! BRANCHEZ-VOUS!!!
Vous avez fait vos choix alors assumer merde! A mon avis le
mariage religieux, le droit d'avoir un enfant ne leur seraient
pas conférer. Le reste je m'en tape!

C'est pas la société qui a décidé ce modèle. C'est la Vie.
Puis si elle a choisi cela c'est qu'il y a une raison que
nous ne serons jamais en mesure de comprendre.

"Accepte ce que la Vie a bien voulu que tu sois ou bien
tue toi..."

Qu'elle sera la prochaine étape??? Ils vont nous demander
d'accepter les pédophiles car pour eux (pédophiles) c'est
normal de faire ça avec un enfant?!

I totally agree. I was offended with the constant use of 'le jeune homme'. This is representative of a deep rooted ignorance... May SHE rest in peace.

Vous auriez pu respecter la personne de Sameer Moosun, et honorer son martyre, en parlant d'elle au féminin. Le sacrifice ultime ne vous suffit pas?

Svp, ayez au moins la descence de parler d'elle au féminin. Le genre et le sexe sont 2 notions distinctes, svp, ajustez voter article de facon respectueuse pour cette personne.

On ne dit pas UN femme
On ne dit pas UNE homme.
Dans les questions d'identité la grammaire est vitale.
Cette femme trans est peut être morte parce que la haine née du refus des différences ont rendu les coups des agresseurs plus violents.

A un époque d'autre différences, raciales celles là, rendaient les coups des agresseurs plus violents du fait de la couleur de la peau de la victime.

Quand une personne est née dans le mauvais corps, quand elle a eu le courage d'assumer sa vraie identité intérieure aux yeux de tous et qu'elle en a souffert. Il serai juste et humain, que si on le lui a refusé de son vivant on l’appelle sur son lit de mort par le prénom et le genre vrai, celui qui était en elle, dans son cœur.

“On ne voit bien qu'avec le cœur”. Antoine de Saint-Exupéry.