Tard, très tard même samedi soir Lespri Ravann a offert au public du Baz’Art un fort beau concert de séga typique à Mahébourg. L’instant était à vivre tandis qu’en première partie les spectateurs ont fait un détour par la planète de Sébastien Margéot. Ceux présents ont eu du mal à redescendre sur terre après.
Plongez dans un tourbillon, et cela doit faire le même effet. Comme nous l’avions ressenti lors du lancement de leur album à Beau Plan le 31 janvier, Lespri Ravann n’accorde aucun répit à qui décide de se tenir en face pour affronter les salves des musiciens et chanteurs de Vallijee. Au coeur de ce vortex on est voltigé dans tous les sens au gré d’un rythme qui ne connaît aucune accalmie. Durant toute la durée de cette tempête de sons qui déferlent en rafales dans une musique puissante, on danse, on tape des pieds, on tente de rattraper le refrain puisque Lespri Ravann “fer vibre.”
Kukchuk katchak.
Nous voilà de retour aux sources, au plus profond de soi-même, à l’écoute des sons de sa propre âme, de son propre coeur. Lespri Ravann redonne des couleurs au typique. Sans le réinventer il lui permet d’évoluer pour que la musique de Tifrer rejoigne la new-age sans que Roseda n’ait à en pâlir. Ici on chante Madam Baya. “Na pa trap parla hey ! Na pa tous parla hmmm !” ce refrain, l’un des plus connus de l’album Langaz Lespri Ravann, se chante presque en choeur au sein d’une communauté multicolore qui veut bien se revendiquer cholo, puisqu’il y a du bon à se laisser porter par le son de la ravanne. On sort du classique kukchuk katchak pour une méthode de frappe plus élargie répondant à ce besoin de diversité.
Acoustique.
Lespri Ravann fait évoluer notre musique tout en restant résolument acoustique avec une ribambelle d’instruments de percussions et de bruitage jonglés avec science par les cinq membres du groupe. Jeff Armand, Alain Castel, Samuel Dubois, Kurty O’Clou et Kurwin Castel avaient à leurs côtés l’inégalable Nobert Planel (bruitages) et Emmanuel Desroches (guitares/basse). Pour le final venu quand même trop tôt, le bluesman Eric Triton, qui joue aussi sur l’album, était sur scène. Tout cela laisse de l’espace pour toutes les improvisations souhaitées à travers des titres réadaptés pour les besoins d’un concert qui, bien que joué devant une centaine de spectateurs, s’était fixé les ambitions d’un grand spectacle koaltar.
Coup de coeur.
Beaucoup de chaleur dans cette musique qui sait procurer du plaisir sans tabou ni retenu. Langaz Lespri Ravann, que Scope avait présenté comme un de ses premiers Coups de Coeur de cette année, a encore de très beaux jours devant lui bien qu’il ne réponde pas aux normes des ségas ultra-commerciaux créés à la chaîne avec date d’expiration. Le concert organisé par l’agence Lively Up de Lionel Permal au Baz’Art de Mahébourg a été une de ces initiatives destinées à mieux exposer ce groupe monté autour de la ravanne. D’autres sorties du genre sont souhaitées, Lespri Ravann étant un de ces grands groupes qui souffrent encore de manque d’ouverture et de considération.
Roucouloucoucou.
À Mahébourg tard dans la nuit de samedi soir, malgré la présence de la dengue dans les parages, le Baz’Art avait vraiment de quoi offrir une soirée de dingue aux amoureux de musique. Avant Lespri Ravann c’est Sébastien Margéot qui a assuré la première partie. L’alien de la musique mauricienne a été égal à lui-même. C’est-à-dire intelligemment déjanté pour une musique qui ne répond qu’à ses normes dans un espace de liberté totale où tout lui semble permis, qu’il chante des phrases ou qu’il glousse roucouloucoucou. Souhaitons que le vaisseau amiral ne se rende jamais compte que les hommes verts ont oublié un des leurs sur terre tandis qu’ils remettent cap sur leur planète. À la guitare, à la ravanne, quand il chante ou lorsqu’il crie en chantant (ou vice versa), Sébastien Margéot a du génie dans ce qu’il fait.