BELLE-ROSE/QUATRE-BORNES (NO 18)—NOMINATION DAY – JOUR J-14: L'argent, le nerf de la campagne électorale

À Jour J-14 du Nomination Day pour l'élection partielle à Belle-Rose/Quatre-Bornes (No 18), marquant le coup d'envoi officiel de la campagne sur le terrain, la question du financement électoral, même pour un scrutin de remplacement, garde toute son acuité. Faut-il se rappeler que ce fut au cours de la partielle de Beau-Bassin/Petite-Rivière (No 20) en septembre 1999, avec l'élection sur le fil de Xavier-Luc Duval (PMSD) aux dépens de Françoise Labelle (MMM), que les dessous du financement d'une élection furent exposés par la suite sous toutes ses coutures par un dénommé Eric Stauffer. Avant que les clameurs partisanes ne prennent le dessus sur le terrain en vue du scrutin du 17 décembre, Le Mauricien a voulu tout simplement tâter le pouls au sein des différents états-majors politiques qui ont déjà accordé l'investiture à un des leurs – à l'exception du MSM – au sujet de cette question délicate du financement.
Évidemment, tout un chacun fait preuve de retenue et parle de contribution volontaire. Ce dernier élément est d'autant plus vrai pour les partis politiques ne faisant pas partie des Mainstream Politics, et qui tentent de se frayer un passage sur l'échiquier. Il y a encore le cas de Jack Bizlall, venu de l'avant avec la vente d'un livre en vue de recueillir des fonds dans la plus grande transparence pour cette campagne. La question suivante se pose aussi : la limite de Rs 250 000, autorisée par la loi en vigueur, est-elle suffisante pour assurer la campagne, pour ne pas dire l'élection d'un candidat  ? Dans l'immédiat, la question de contrôle des dépenses des candidats par l'Electoral Supervisory Commission, lors de la soumission des “Returns” après la joute électorale, n'est pas de mise. Cette instance ne détiendrait pas les pouvoirs nécessaires pour s'assurer que les dispositions de la loi sur le financement électoral soient respectées scrupuleusement aussi bien par les candidats que par les partis politiques.
En attendant la réforme électorale, qui a été au cœur de la campagne pour les législatives du 10 décembre 2014, avec un chapitre consacré au financement politique, les commentaires des responsables des partis politiques sur le financement de leur campagne en prélude aux actes sur le terrain.
Le leader du PMSD, Xavier-Luc Duval, estime qu'il ne faut en aucune façon dépasser le montant des dépenses autorisé par la Commission électorale. « La loi impose une limite de dépense de Rs 250 000 par candidat. Il ne faut pas dépasser cette limite au risque de voir son élection invalidée », prévient-il.
Néanmoins, « il revient au parti d'effectuer certaines dépenses générales et aux candidats de s'assurer des dépenses personnelles », ajoute Xavier-Luc Duval. « La construction d'un podium, la sonorisation pour un meeting, les affiches, les banderoles sont à la charge du parti. Mais l'essence de sa voiture et son ravitaillement revient au candidat, il va sans dire. Et tout cela dans les limites autorisées par la loi », insiste-t-il.
Le leader du PMSD rappelle que quand il occupait la présidence du comité parlementaire sur le financement des partis politiques, il avait préconisé que l'État assure le financement des partis politiques « dans la transparence ». Il ajoute : « En outre, j'avais également préconisé que la limite des dépenses personnelles d'un candidat soit relevée à Rs 1 million. »
Atma Bumma, secrétaire général à l'administration et à la communication du MP, n'en fait pour sa part pas un secret : « Toutes nos activités, y compris nos campagnes électorales, sont financées conjointement et exclusivement par les contributions des responsables du parti réuni au sein du bureau national (…) Depuis la création de notre parti, nous n'avons cessé de réclamer une transparence totale dans les finances et les sources de financement des partis politiques à Maurice. C'est un secret de polichinelle que tous les partis politiques sans exception crèvent le plafond des dépenses imposé par la loi. C'est pourquoi nous devons avoir une transparence totale quant aux sources de financement des partis, de peur que cela ne fausse le jeu. »
Chez les Verts Fraternels, le financement des campagnes a toujours été effectué grâce à la « contribution volontaire des partisans », assure son leader, Sylvio Michel. « Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons jamais dépasser la limite imposée par la loi, parce que nos membres, venant tous de milieux modestes, ne peuvent donner que des sommes modiques », explique-t-il. « Sinon, nous nous contentons des moyens de bord, confectionnant nos banderoles et nos affiches et faisant du porte-à-porte. Ce qui n'entraîne pas vraiment de folles dépenses », lance Sylvio Michel. « Les gens viennent à nos rassemblements par leur propre moyen, emmenant leurs propres collations », ajoute-t-il.
« Nous ne sommes pas de ces grands partis qui bénéficient de la contribution du secteur privé et qui doivent par la suite leur renvoyer l'ascenseur », souligne Sylvio Michel. « Ces contributions occultes faussent le jeu démocratique et pervertissent le vœu de l'électorat. Si ce n'est pas de la corruption, c'est quoi  ? » se demande-t-il. « Voilà comment certains leaders politiques arrivent à amasser des fortunes dans leur coffre-fort ou à construire des gratte-ciel », avance-t-il.


PTR—PATRICK ASSIRVADEN: « Nous ne disposons pas de fonds de guerre »
Le Parti travailliste (PTr) compte actuellement sur la contribution « des amis » et « de ceux qui veulent donner un coup de main » à son candidat, Arvin Boolell, pour financer les activités dans le cadre de la campagne en marge de la partielle prévue pour le 17 décembre prochain au No 18.
« Nous ne disposons pas de fonds de guerre », lance Patrick Assirvaden, président de ce parti. « Nos moyens financiers sont loin d'être comparables à ceux dont dispose un de nos adversaires dans la circonscription. Pour vous donner un exemple, lorsque nous affichons 50 bannières, il en affiche 200. Lorsque nous émettons 500 étendards, il en émet 2 000. Lorsque nous imprimons 50 affiches, il en imprime 2 000 », observe Patrick Assirvaden. « Heureusement que ce n'est pas l'argent qui fait les élections dans la circonscription No 18. Tenant en compte que la campagne sera longue, nous n'avons pas encore ouvert nos bases. En 2014, alors que j'étais candidat dans cette circonscription, nous avions ouvert 130 bases, ce qui nécessite un financement important », ajoute-t-il.
Les dépenses sont utilisées, selon le président du PTr, pour les affiches, les banderoles, la gestion des bases et les voitures, en particulier le jour des élections, la nourriture pour les agents, la sonorisation et le transport pour les grands meetings, les t-shirts... « L'appareil du parti apporte son aide mais a des limites », fait-il comprendre. Patrick Assirvaden qualifie d'hypocrisie le montant de Rs 250 000 auxquels ont droit les candidats. Le financement des activités, ajoute-t-il, « est géré par un comité de campagne ».


MMM—Ajay Guness: « Le coût de la campagne pas encore chiffré »
Le secrétaire général du MMM, Ajay Guness, qui est responsable de la campagne de son parti en faveur de sa candidate, Nita Juddoo, affirme que le coût de la campagne n'a pas encore été chiffré. « Nous avons encore un long chemin à parcourir et le départ n'a pas encore été donné. »
Le financement de campagne est nécessaire, dit-il, pour l'achat de banderoles, d'oriflammes et pour la logistique. Un quartier général du MMM sera ouvert dans chaque région où se trouve un bureau de vote. Il s'agira également d'imprimer des bulletins pour présenter la candidate mauve et le programme du MMM pour la ville. Des photos de la candidate seront imprimées sous forme d'affiches, qui seront collées à travers la circonscription. L'organisation d'un meeting nécessite aussi un financement important. Le MMM compte en tenir un seul durant la campagne. Au contraire des congrès, qui auront lieu à travers la circonscription.
Selon Ajay Guness, les dépenses sont réglées par les députés du MMM, des amis et des mécènes de ce parti. Il considère lui aussi que la limite de Rs 250 000 fixée pour les dépenses des candidats est nettement insuffisante.


PARTIELLE—FINANCEMENT—NITISH JOGANAH: « Pas de grosses dépenses car ma campagne est différente »
Pour le candidat indépendant Nitish Joganah, le plus gros investissement à ce jour demeure la réalisation de 4 000 CD distribués gratuitement aux familles de Quatre-Bornes. Il y véhicule ses messages de campagne et veut ainsi se démarquer des autres candidats qui font du porte-à-porte. Pour le financement, il compte sur ses camarades.
« Ma campagne se démarque des autres, surtout des grands partis. Je n’ai pas d’argent pour offrir à manger ni à boire et encore moins pour acheter des votes. Je ne veux pas d’oriflammes qui affectent l’environnement de Quatre-Bornes. Les seules dépenses que j’ai concernent des supports artistiques, dont des CD, des posters… Pour cela, je peux compter sur l’aide de mes amis. Les gros “palto” ne vont surtout pas financer Nitish Joganah. »
Pour celui qui utilise l’emblème du crapaud, la lutte n’a pas commencé avec la partielle de Quatre-Bornes. « Depuis ma jeunesse, je chante pour une île Maurice meilleure. Certains ont chanté pour devenir millionnaire, mais moi, non. J’ai toujours chanté pour la justice, pour une île Maurice meilleure. C’est ce qui m’amène d’ailleurs à être candidat à cette partielle. Je ne vis que de ma pension de vieillesse de Rs 5 000. Je n’ai pas d’argent à jeter dans cette campagne. »
Nitish Joganah rappelle avant tout qu’il est un enfant de Quatre-Bornes et que tout le monde le connaît. Il préfère faire passer ses messages sur des CD distribués gratuitement que d’aller frapper aux portes. Le seul grand événement qu’il prévoit pour la campagne est la tenue d’un « meeting culturel » le 10 décembre sur la Place Taxis, à Quatre-Bornes. Des amis artistes pourraient le rejoindre sur scène pour l’occasion.
Nitish Joganah prévient également qu’il ira jusqu’au bout dans cette élection. « Certains croient que je vais me désister au profit des autres. J’ai même entendu dire que le Père Noël passera le 10 novembre. Mais je serai là jusqu’au bout. Il y aura des surprises. »


RCP—FINANCEMENT DU PARTI: « Nous fonctionnons essentiellement sur la base du volontariat »
Alexandre Barbès-Pougnet, le président, avance que le parti fonctionne « essentiellement sur une base de volontariat et de collaboration avec des personnes qui veulent contribuer au changement recherché par les Mauriciens, chacun à leur niveau ».
Selon le candidat du RCP pour la partielle au No 18, « pour l’heure, les principales dépenses encourues par le parti ont été des dépenses logistiques ». Quant à une jauge du montant dépensé somme toute, il indique que vu que le parti s’appuie beaucoup sur le volontariat, « il est difficile de la déterminer ».  « Le plus grand coût se comptera en temps et non en argent », estime-t-il.
Quant aux sources de financement du parti, Alexandre Barbès-Pougnet soutient qu’elles sont « essentiellement des économies de nos membres mais aussi de quelques propositions de participation de personnes n’appartenant pas l’équipe mais suivant notre action avec un grand intérêt ». Sondé sur le “mood” du parti à ce jour, le jeune candidat se décrira comme étant « calme et serein ».


REFORM PARTY: Le silence comme réponse
Comme pour tous les autres partis, Le Mauricien a sollicité les réponses du Reform Party au sujet de ses sources de financement pour cette présente campagne électorale. Le leader du Reform Party n’a répondu ni au courriel ni au SMS qu’on lui a envoyé. Quant à son téléphone, il était tout bonnement éteint.