BERANRD IZOR, éleveur de Rodrigues : « Eleksyon-la li pou parey »

Bernardin Izor est un Rodriguais comme les autres, avec pour seule et unique fierté son travail. Âgé de 55 ans et éleveur de son état depuis son adolescence, il a vécu un véritable traumatisme en juillet dernier avec l’épizootie de fièvre aphteuse, qui a dévasté le cheptel bovin, ovin et porcin de Rodrigues et jeté le désarroi au sein de la communauté des éleveurs. Le cas de cet éleveur de Plaine-Corail se distingue des autres dans la mesure où l’abattage de 37 de ses bœufs et de 52 de ses moutons a tiré la sonnette d’alarme sur la dimension épidémique de la fièvre.
Depuis, prenant son courage à deux bras, Bernardin Izor a mis à bon usage l’argent de la compensation versée par la Commission de l’Agriculture de l’Assemblée Régionale de Rodrigues pour repartir à zéro avec des craintes d’une résurgence de l’épidémie. Toutefois, en guise de Fall Back Position, il s’est reconverti dans des activités de pêche en vue de joindre les deux bouts. La campagne électorale le laisse indifférente même s’il compte accomplir son devoir civique le dimanche 12 février. L’éleveur devenu pêcheur n’hésite à soutenir que « eleksyon-la li pou parey ».

L’épidémie de fièvre aphteuse a décimé le cheptel à Rodrigues. Vous avez été l’une des victimes. Cinq mois après, que retenez-vous de cette expérience traumatisante de voir votre troupeau abattu devant vos yeux ?
Aujourd’hui, je recommence. Avec une partie de la compensation obtenue du gouvernement régional, j’ai fait l’acquisition de trois bœufs et de 27 moutons. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’avec mon âge, je ne crois pas que je serai en mesure de m’occuper d’un élevage plus conséquent. Je n’ai personne pour m’aider. C’est trop dur de gérer une ferme avec un nombre plus conséquent de bœufs ou de moutons comme auparavant. Je ne prendrai pas ce risque.
Puis, même s’il y a eu la campagne de vaccination contre la fièvre aphteuse, je crains que cette maladie connaisse une résurgence à Rodrigues. Je ne crois pas que le bétail a été complètement immunisé contre cette maladie. J’ai vécu des moments douloureux avec cette épizootie. J’étais seul face à mon désespoir à un certain moment. Vous savez il y a eu la compensation. Mais l’argent ne peut remplacer mon troupeau mais disons qu’avec le temps, ce drame s’est estompé dans mon esprit et je me reprends…

Vous semblez pessimiste concernant la fièvre aphteuse. Le contrôle vétérinaire est en vigueur avec la campagne de vaccination. Pourquoi cet état d’esprit ?
Cette épizootie a été provoquée par le froid de l’hiver. Rappelez-vous que la panique a surgi en juillet et août de l’année dernière, en plein hiver. J’ai des appréhensions que pour le prochain hiver, nous aurons à prendre davantage de précautions. Avec le froid, il y a un risque de voir le virus se multiplier. Même jusqu’à maintenant il y a des animaux qui présentent le symptôme de la fièvre aphteuse. Mais, je dois reconnaître que la situation est nettement sous contrôle. Il y a un autre facteur qui a contribué à la propagation de la fièvre aphteuse : la sécheresse. Avec l’absence de pluie, le potentiel des pâturages a été affecté et le bétail en a souffert.

Qu’est-ce que vous proposez ?
L’élevage doit continuer, mais ici à Plaine-Corail il y a beaucoup de sécheresse, il y a beaucoup de chômeurs dans la région et aussi dans le reste de Rodrigues. Les activités d’élevage sont des moyens sûrs pour combattre le chômage. Les autorités doivent se montrer plus agressives pour relancer ce secteur. L’agriculture est très difficile car il n’y a pas d’eau. La solution c’est que la pluie doit venir. Pena lot simin pou sorti ladan…

Depuis le début de cette année, Rodrigues est atteinte d’une autre fièvre, électorale celle-là. Dans votre région de Plaine-Corail, comment vivez-vous cette campagne en vue de renouveler le mandat de l’Assemblée Régionale de Rodrigues ?
Moi, je suis à la maison comme toujours. Je m’occupe de mes affaires quotidiennes. Je cherche à stabiliser de nouveau mon troupeau. Je pratique la pêche aussi. Eleksyon-la li pou parey, non ! Je suis sûr que ce sera la même chose et c’est simple.

Que voulez-vous dire ?
Je veux dire que ce sera le même gouvernement qui dirigera Rodrigues. Je garantis à 100 % que l’OPR va rester au pouvoir.

Pourquoi dites-vous cela ?
Moi je vois que ce gouvernement prend soin de tout le monde et ne choisit pas de couleurs, de race ou autres. Et puis on accuse le gouvernement du problème d’eau. Mais ce n’est pas la faute du gouvernement s’il n’y a pas de pluie…