Le gouvernement, qui a dépêché le ministre du Tourisme, Anil Gayan, et Manish Gobin, le nouvel Attorney General, pour animer sa conférence hebdomadaire d’hier matin, souhaitait communiquer principalement sur l’intervention du Premier ministre, Pravind Jugnauth, aux Nations unies et sur le jugement de la Cour sur le litige opposant les Rujubali à l’Etat. Avec la tournure des événements dans l’affaire BET 365 où dans un premier temps l’ancien Attorney General Ravi Yerrigadoo a dû démissionner après avoir fait l’objet d’allégations graves, dont celle d’avoir émis un laissez-passer en faveur d’Abdool Hussein Rahim, l’on s’attendait à ce que le gouvernement commente ce revirement de situation ! Mais en répondant à une question de Week-End à ce sujet, Anil Gayan a opté pour une tirade contre la presse !
Le ministre du Tourisme, qui remplaçait son collègue Etienne Sinatambou à cet exercice de communication hebdomadaire, et qui avait à ses côtés le nouvel Attorney General, Manish Gobin, ne s’est pas privé pour se lancer dans une diatribe contre les médias ! Après avoir expliqué qu’il ne peut faire de commentaires sur l’implication même de Ravi Yerrigadoo dans cet imbroglio, étant donné que l’affaire est entre les mains de la justice, Anil Gayan a déclaré: « Ce que je suis en train de lire dans les journaux ne fait pas honneur à la profession de journaliste. D’autant qu’il s’agit de journalistes qui ont l’habitude de faire la leçon aux autres ! Je trouve cela indigne et infect de la part du monde journalistique d’être arrivé à ce stade. C’est un scandale sans précédent dans l’histoire du journalisme.» Il dit avoir retenu des mots comme « scandale, complot, séquestration, manipulation, journaliste voyou… » relatifs à cette affaire. « Mo espere kan lanket pou boukle nou ava kone ki sann-la ki menter, ki sann-la ki dir la verite », a-t-il déclaré.
Interpellé à nouveau par Week-End pour qu’il donne l’avis du gouvernement sur le climat social qui prévaut en ce moment découlant des diverses polémiques suscitées autour de cette affaire, Anil Gayan devait d’abord lire un éditorial avant de s’interroger : « Depi kan lapres ena adverser ? J’ai toujours cru que la presse était indépendante, intègre… », avant de renchérir : « Le climat social est occasionné par ce que vous rapportez dans la presse. J’ai assisté à un Durga Pooja dans ma circonscription et j’ai constaté que les gens prient et vaquent ensuite à leurs occupations, ce qui ne correspond à rien de ce que vous écrivez dans la presse ! La presse doit faire un exercice de réflexion sur son rôle, ses attributions, si elle a le droit de détruire la réputation des gens comme elle le fait sans impunité. »
S’agissant du délai, qui a pris fin hier, accordé par la Cour à la famille d’Azam Rujubali pour évacuer les terres de l’Etat à La-Butte, le ministre Gayan a fait ressortir que le gouvernement va « agir en conséquence » sans donner plus d’indications.
Il a échoué à Manish Gobin de revenir sur les grandes lignes du litige qui opposait l’Etat et les Rujubali dans le sillage des travaux pour le tracé du Metro Express. Il a rappelé qu’au final toutes les parties doivent respecter le jugement du procès et que les plaignants n’ont pu prouver en Cour leurs titres de propriété, leur droit d’occupation, produire une copie de leur bail et qu’ils ont changé leur version des faits sur leur statut d’héritiers.
Anil Gayan est revenu sur le discours du Premier ministre, Pravind Jugnauth, aux Nations unies vendredi dernier. Le ministre du Tourisme, très élogieux à l’égard de l’intervention de Pravind Jugnauth, a rappelé la pertinence de l’appel lancé par ce dernier aux Etats en marge de ses délibérations sur l’avis consultatif auprès de la Cour internationale concernant les Chagos. Le retour des Chagos à la République de Maurice ne mettra pas en péril l’existence de la base américaine sur Diego Garcia. Mais à ce sujet, l’Amérique devrait, selon Anil Gayan, négocier avec l’Etat mauricien sur les modalités de sa présence sur Diego Garcia. « J’espère qu’avec Trump, que le Premier ministre a rencontré à New York, on pourra négocier avant que la Cour internationale ne se prononce », a déclaré Anil Gayan. Mais si les échanges bilatéraux avec la Grande-Bretagne n’aboutissent pas, le recours à la Cour Internationale sera une évidence, a-t-il ajouté.