BIBLIOTHÈQUE CARNEGIE À CUREPIPE : Un coffre-fort historique

Cette année marquera les cent ans de la pose de la première pierre de la Bibliothèque Carnegie. Ce bâtiment au style néoclassique situé dans la cour de la municipalité de Curepipe est la seconde bibliothèque publique de Maurice. Scope a franchi la grande porte de ce lieu recelant de vieux manuscrits et d’ouvrages originaux du 18e siècle, dont l’unique exemplaire dans l’océan Indien du fameux Code noir, des carnets de Mahé de Labourdonnais datant de 1745, ainsi qu’une collection rarissime de Mauritiana, qui compte pas moins de 15,000 pièces.
Mesurant à peine une dizaine de centimètres, très compact, avec plus d’une centaine de pages jaunies et fragilisées par le temps, le Code noir se manipule avec précaution. Nasseem Peerbucus-Bahadoor défait minutieusement la ficelle et le papier non-acide recouvrant le paquet. Cette copie est l’unique exemplaire dans l’océan Indien. Il est précieusement gardé dans un placard situé dans le bureau de la bibliothécaire, aux côtés d’une soixantaine autres trésors. Parmi, les originaux des récits manuscrits écrits par Mahé de Labourdonnais, Matthew Flinders, John Jeremie, François Lescot, ainsi que des auteurs tels que Dupont (Consultation du membre du barreau de l’île de France sur la légalité de l’ordre en conseil du 2 novembre 1931 concernant les colonies de la Couronne) et W. James (Naval history of Great Britain – Isle de France, 1809-1810), des procès-verbaux du board des commissionnaires de Curepipe datant de 1900, entre autres. À ce jour, trois manuscrits ont été retranscrits par le professeur Serge Rivière : My Dear Friend, The Flinders-Pitot Correspondence (1803-1814), en 2003; La Plume et l’Épée, Mémoires de Mahé de Labourdonnais (1704-1742), en 2005; et Codes Noirs et autres documents concernant l’esclavage (1671-1762), en 2009. D’autres œuvres sont en cours d’être publiées : Recent Events at Mauritius par John Jeremie et Voyages dans les Indes Orientales de François Lescot.

Don de la Fondation Carnegie.
Comme dans toutes les bibliothèques, le calme règne à Carnegie le matin de notre visite. Plusieurs personnes ont pris place autour des tables. L’unique bruit de fond est celle de pages se retournant au rythme des lectures ou des stylos et touches de claviers lors de la prise de notes. Chaque jour, quelque cent cinquante personnes franchissent les portes de Carnegie, l’une des principales bibliothèques de l’île. L’entrée est dédiée à la section référence et lecture. Le public trouve à sa disposition près de 40,000 livres couvrant toutes les branches de la pensée : philosophie, histoire, dictionnaires, biographies, littérature, ainsi qu’un abonnement à dix-sept titres de journaux et quatre-vingts magazines locaux et internationaux.
La première pierre de la bibliothèque Carnegie fut posée le 30 juin 1917 par le gouverneur Sir Henry Heskett Bell. Cela suite à un don de la Fondation Carnegie de New York, créée par Andrew Carnegie. Ce dernier était un magnat de l’acier qui, à sa retraite en 1901, se consacra exclusivement à l’action philanthropique en faveur de l’éducation, de la paix, de la science et de la diffusion de la langue et de la culture anglaises. Depuis sa construction, menée par M. Hall, Geneve et Langlois, selon un cahier des charges strictement codifié par la Fondation, l’édifice n’a pas connu de modifications, sauf quelques extensions à l’arrière du bâtiment pour y accommoder la section de prêt et de binding. Soulignons que d’autres bibliothèques Carnegie se sont multipliées à travers le monde, jusqu’à atteindre le nombre de 1,689. La première fut fondée dans la ville natale d’Andrew Carnegie à Dunfermline en Écosse (1881), suivie de celle des États-Unis en 1889, à Braddock, PA.

Vieux manuscrits.
C’est le poète, journaliste et écrivain Felix Giblot Ducray qui fut le premier bibliothécaire de Carnegie à Maurice. Camille de Rauville (en charge entre 1964 et 1974) est celui qui donna une ampleur nouvelle à la bibliothèque de Curepipe en adoptant la classification décimale Dewey et en étendant les espaces de stockages disponibles.
Mais la renommée exceptionnelle de Carnegie vient surtout de la présence de vieux manuscrits du 17e au 19e siècle, d’une valeur inestimable. D’où “l’importance de trouver des sponsors afin de nous aider à préserver davantage ces précieuses archives. Le climat et l’humidité de Curepipe ne sont pas avantageux et beaucoup de livres se détériorent”, précise Nasseem Peerbucus-Bahadoor, la responsable.
Ce coffre-fort historique contient 365 livres légués par Edouard Rouillard, comprenant des ouvrages très rares sur l’histoire de Maurice, des poésies, des romans, le recueil de feuilletons créoles de Charles Peyrebère, le bulletin agricole de 1911 à 1913, les éphémérides mauriciennes, le Code Civil des Français par Decaen (1805), entre autres.

Collections du patrimoine.
Au cœur des collections du patrimoine de la Bibliothèque figurent 400 livres du sculpteur Prosper d’Epinay, dont la Nouvelle Revue Historique et Littéraire de l’Île Maurice (1897 à 1907), des ouvrages sur l’esclavage, les récits de voyages par différents capitaines dans l’océan Indien, le Mauritius Almanac, des mémoires et correspondances, ou encore des documents sur l’Afrique orientale. Ces livres sont classés dans des compartiments sur une mezzanine surplombant les quatre coins du bâtiment. Deux salles à l’arrière regroupent des livres à emprunter ainsi qu’une section Mauritiana, avec pas moins de 15,000 livres de tous les auteurs mauriciens et des publications sur Maurice.
La bibliothèque Carnegie, qui possède un cybercafé et qui propose un accès wifi, a signé en 2010 un protocole d’entente avec l’ambassade américaine pour ouvrir un American Corner. Cet espace baptisé Harper Lee Center se trouve au premier étage et propose aux enfants et adultes près de 500 livres de référence sur divers thèmes.
Carnegie, la seule bibliothèque municipale mauricienne régie par une loi du Parlement (le Carnegie Library Act) est ouvert du lundi au samedi (9h à 17h30 du lundi au vendredi et 9h à 15h le samedi).