« La biodiversité est présente dans notre vie au quotidien, elle nous permet de faire de l’agriculture, nous fournit de l’eau, des coraux… Il nous faut donc la conserver. Mais on ne peut pas conserver quelque chose qu’on ne connaît pas, qu’on n’aime pas », déclare Vincent Florens, professeur en écologie à l’Université de Maurice. C’est ainsi qu’est né Pl@ntNet, un outil qui permet la reconnaissance des plantes grâce à son smartphone.
Initiée par la Commission de l’océan Indien (COI), Pl@ntNet est une application de reconnaissance des plantes qui s’appuie sur des bases de données collaboratives et des outils innovants d’analyse de contenus multimédia. Elle a été développée en 2009 et sa déclinaison appliquée à la flore de l’océan Indien compte actuellement un millier d’espèces soutenue par environ 55 000 images apportées par 2 800 utilisateurs.
Vincent Florens explique que cette application permet à son utilisateur de prendre des photos des plantes grâce son smartphone et de contribuer à une base de données. « Il y a des gens sur le réseau qui vont pouvoir identifier cette plante pour vous. C’est une façon de démocratiser l’identification des plantes », dit-il. Ainsi, on n’a plus besoin d’avoir recours à des ouvrages techniques utilisés par les botanistes et autres scientifiques. Pas besoin d’être scientifique mais seulement un passionné, un curieux qui aime la nature et qui veut connaître une plante. M. Florens estime que « plus il y a des utilisateurs, plus cette application marchera. »
Le professeur en écologie estime que de nos jours, on ne peut garder le savoir des plantes « juste à un petit club select de scientifiques ». « Biologiste de la conservation que je suis, je trouve cela très intéressant dans le sens qu’on ne peut conserver les espèces qu’on ne connaît pas, parce qu’on ne va pas les aimer. C’est le point de départ dans tout ce qui est conservation de la biodiversité », déclare notre interlocuteur.
Vincent Florens dit voir de plus en plus un intérêt grandissant chez les jeunes pour la biodiversité. « Ils savent aujourd’hui ce qu’est une espèce endémique ou une espèce indigène. Il faut poursuivre ce travail en permanence de faire prendre conscience aux gens de leur environnement parce que nous dépendons de cette biodiversité, qu’on le sache ou non, qu’on le veuille ou pas », dit-il.
Pour lui, la compréhension de la biodiversité a un rôle important à jouer « dans notre survie et notre bien-être ». « Si on prend conscience de cela, on va moins agresser notre environnement, et on va faire partie des solutions plutôt que des problèmes », ajoute-t-il. Il avoue, cependant, qu’on n’a pas assez vulgarisé les plantes de l’océan Indien. « Dans beaucoup de nos pays, il y a un conflit entre la conservation et le développement. C’est complètement erroné comme image. En fait, l’environnement est au coeur du développement véritable. Si on veut développer, on ne peut continuer à agresser notre environnement comme nous le faisons aujourd’hui », affirme-t-il. Mettre l’écologiste qui veut conserver contre l’économiste qui veut développer est un faux débat, soutient Vincent Florens, « car nous sommes tous sur le même bateau ».