La première de Blue Indigo sur le sol mauricien a conquis les quelques personnes présentes, le vendredi 15 janvier à l’IFM. Le danseur et chorégraphe Jean-Renat Anamah a dévoilé sa dernière création, qui nous conte une histoire poignante où l’indigo finit par donner des bleus à l’âme…
En préambule de Blue Indigo, les courtes mais intenses prestations de Stephen Bongarçon et d’Anthony Joseph donnent le ton. Dans l’art de la retenue expressive pour l’un et celui de la puissance évocatrice pour l’autre, le public retient son souffle et se demande si la suite sera à la hauteur.
Il ne sera pas déçu. Dans une fascinante chorégraphie tout en énergie, parfois contenue mais toujours maîtrisée, le propos d’Anamah tient le spectateur en haleine. Le trio constitué du chorégraphe, de Natasha Petit et de Jason Louis nous transporte dans un passé pas aussi lointain que cela, que l’on a parfois tendance à rejeter ou à oublier. Pas à pas, lentement mais sûrement, l’histoire s’écrit dans une lancinante quête de découverte et de transformation. La bande sonore, signée du Français Benoit Mardelle, ponctue comme il se doit le parcours initiatique de ces trois travailleurs de l’ombre qui rêvent de lumière. De l’ocre des jeans au bleu qui rejaillit à la fin, les couleurs de la colère se dévoilent par petites touches, dans des tableaux chorégraphiés sans fioritures.
Pour conter ce vécu poignant, trois personnages qui viennent de la mer sur une frêle embarcation, à la recherche de jours meilleurs. Trois morceaux de tissu – à la fois voiles, drapeaux et draps – qu’il faut savoir manier pour avancer et ne pas sombrer. L’espace restreint de la scène (aménagée dans l’agora de l’IFM) devient tour à tour océan, île d’accueil et terre inhospitalière. Il faut se battre contre les éléments et les hommes, dans un combat qui n’est jamais gagné d’avance. La découverte de l’indigo donne-t-elle des couleurs à la vie ou permet-elle d’effacer les traces du dur labeur quotidien des travailleurs engagés ? C’est, entre autres, une des questions que l’on doit se poser, comme un devoir de mémoire qui n’a pas encore été rendu.
Pour sa dernière création, Jean-Renat Anamah réussit le tour de force de laisser parler les corps, dans des mouvements qui laissent apprécier une technique affinée. Loin de l’épate, Natasha Petit, Jason Louis et Anamah lui-même ont su séduire le maigre public qui s’était déplacé pour découvrir Blue Indigo. Lorsqu’on sort d’un tel spectacle devant une salle clairsemée, on ne peut s’empêcher de s’indigner du peu de cas que les Mauriciens font à ceux qui continuent à créer, contre vents et marées. Malgré des bleus à l’âme, Natasha, Jason et Jean-Renat ont choisi de ne pas désespérer. Qu’ils en soient remerciés !