BOB CORLEW, président international des Lions Clubs : « Nous sommes le plus important club service au monde »

M. Bob Corlew, président du Lions Clubs international, vient d’effectuer un bref séjour à Maurice dans le cadre d’une tournée dans la région. Selon un classement établi par le Financial Times en 2007, le Lions Clubs International était « la première ONG mondiale pour sa capacité à canaliser et coordonner l’engagement social et philanthropique des entreprises ». Grâce aux dons recueillis de ses membres à travers le monde, le Lions Clubs International accorde plus de 30 millions de dollars de subventions pour venir en aide aux personnes démunies de par le monde. LIONS est l’acronyme du club défini en 1920 et signifiant « Liberty, Intelligence, Our Nation’s Safety » et sa devise est « We serve ». Grâce au concours de Lions de Maurice, nous avons pu profiter de la présence de M. Bob Corlew pour lui poser quelques questions sur le fonctionnement de l’ONG qu’il préside cette année et sur la situation politique aux États-Unis.

Vous voyagez pratiquement comme un chef d’Etat avec conseillers, protocole, officiels, cortège et vous êtes reçu par les Premiers ministres et les dignitaires des pays que vous visitez. Qu’est-ce que ce Lions Clubs International dont vous être le président international, Bob Corlew ?
Le Lions Club a été fondé en 1917 aux Etats-Unis par Melvin Jones qui s’est posé et a posé à son entourage cette simple question : Et si nous mettions ensemble nos talents pour aider la communauté à mieux se développer ? Depuis, le Lions Clubs International est devenu le plus grand club service international présent dans plus de 210 pays à travers plus de 47 000 clubs regroupant plus de 1,5 million de membres. Selon une étude menée en 2007 par le Financial Times, en association avec des organismes internationaux, le Lions Clubs International est l’ONG mondiale avec laquelle les entreprises préfèrent travailler sur les problématiques pour améliorer les conditions de vie et de développement de la communauté.

Comment devient-on président international de ce que l’on pourrait qualifier d’empire ou de multinationale ?
Nous ne sommes pas un empire, mais un club service. On en devient le président tout simplement en devenant d’abord membre et en évoluant ensuite à travers les structures des Lions Clubs. On est élu président international à travers les règlements démocratiques de notre association, c’est-à-dire les élections. Je fais partie, depuis 1978, d’un Lions Club de l’Etat du Tennessee aux Etats-Unis dont je suis originaire. En tant qu’avocat, puis professeur de droit et ensuite juge et juge à la Cour suprême de l’Etat du Tennessee, j’ai occupé plusieurs postes de responsabilité au sein des clubs de Lions : président de club, gouverneur de district, président du Conseil, entre autres. J’ai été élu second vice-président international, il y a deux ans. Ensuite j’ai été élu premier vice-président et cette année j’ai été élu président lors de notre 99e Convention qui a eu lieu, en juin de cette année, au Japon

Peut-on être élu vice-président, mais ne pas accéder automatiquement au poste de président au sein des Lions ?
Oui, parce qu’il faut passer par des élections. Si le candidat au poste de président enfreint nos règlements ou commet une très sérieuse négligence, il n’est pas élu.

En quoi consiste le travail du président international ?
Essentiellement à motiver les Lions à travers le monde, à proposer un plan politique qui est soumis aux membres du Conseil des directeurs, composé de quarante-quatre Lions, et une fois approuvé à le mettre en pratique.

Est-il possible que le conseil des directeurs ne soit pas d’accord avec un plan de travail proposé par le président international ?
Mais oui, parce que nous sommes une institution démocratique et transparente et que cette éventualité est possible. Mais je peux vous dire que les membres du conseil et le président étant sur la même longueur d’onde et partageant la même philosophie et les mêmes valeurs, nous travaillons plus dans le consensus que dans l’affrontement. En tant que président, je passe la majeure partie de mon temps à visiter les différents clubs de Lions à travers le monde pour constater leur travail, et, en cas de besoin, leur insuffler du courage et encore plus de détermination pour gravir d’autres montagnes et atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés. Je voudrais rappeler que notre slogan est « We serve » et que mon travail de président est de remercier les Lions pour le travail qu’ils font pour les encourager à faire davantage pour l’avancement de la communauté. Plus particulièrement dans les zones du monde où nous devons travailler encore plus. Il nous faut créer d’autres clubs pour venir en aide aux communautés et servir davantage.

Quelle est la qualité principale pour devenir un Lion ?
Être Lion, c’est posséder un ensemble de valeurs, mais je crois que la qualité principale est le partage, le désir de servir les autres. Être Lion, c’est aussi une manière d’être et de se comporter, faire preuve d’une ouverture d’esprit au bénéfice de l’homme, quelles que soient sa nationalité, sa religion ou sa philosophie. Pour atteindre cet objectif, pour multiplier notre action, il faut créer d’autres clubs, recruter de nouveaux membres. Nous recherchons des personnes qui veulent se mettre au service des autres, pas celles qui souhaitent se servir de notre travail et de notre réputation pour leur propre avancement.

Trouve-t-on ce genre de candidat qui veut se servir des autres au lieu de les servir chez les Lions ?
Je vous ai déjà dit que nous avons plus de 1,5 million de lions à travers nos districts et des dizaines de milliers de clubs. Je suis convaincu que la majorité des Lions font un travail remarquable en respectant nos valeurs. Mais nous sommes des êtres humains et il y a, sans doute, des personnes qui pensent qu’adhérer aux Lions peut être un avantage pour leur avancement personnel. Mais, bien vite, elles se rendent compte que la philosophie des Lions ne leur convient pas, qu’ils ne sont pas suffisamment motivés et nos routes se séparent.

L’égalité entre les femmes et les hommes existe-t-elle au sein des Lions Clubs ?
Aujourd’hui, oui. Au départ, le club était ouvert aux femmes, mais à un certain moment de notre histoire il a été décidé que le Lions devait être un club masculin. En 1987, nous avons changé cette règle et le Lions est devenu une organisation où les hommes et les femmes travaillent de concert.

Avez-vous déjà eu une présidente pour le Lions Clubs International ?
Pas encore. Mais à la dernière convention, une Lionne de l’Islande s’est présentée au poste de vice-président et elle a été élue. Elle sera la présidente des Lions en 2018, après le Lion qui va me succéder l’année prochaine. J’en profite pour souligner que dans le but d’insuffler du sang neuf à la direction, un mandat présidentiel ne dure qu’une année chez nous et il est précédé par deux autres mandats, ceux de premier vice-président et de vice-président.

Vous représentez plus de 1,5 million d’individus vivant dans plus de 210 pays: cela représente une forme de pouvoir. Qu’en faites-vous ?
Pas mal de choses, dans différents domaines, dans différentes parties du monde. Vous savez, l’action des Lions Clubs consiste à organiser des levées de fonds pour financer des projets et encourager le volontariat pour des actions sociales. Chaque club local participe, selon ses propres choix, à des actions locales, nationales ou internationales, ce qui fait la spécificité des Lions. Cette année, j’ai demandé aux Lions de soutenir les quatre piliers de ma présidence, c’est-à-dire la protection de l’environnement, le support des jeunes et la lutte contre la faim et la cécité. Ces thèmes font partie des montagnes que nous devons gravir, mais j’ajoute tout de suite que gravir un sommet n’est pas l’aboutissement d’un projet, mais le commencent d’un autre, d’un nouveau.

En dépit de votre action et de celles d’autres institutions internationales, la guerre, la misère et la famine augmentent à travers le monde.
Nous sommes dans une situation unique pour promouvoir la paix dans le monde. Avec d’autres organisations, nous défendons la cause de la paix, mais malheureusement nos efforts n’aboutissent pas. Le désir de certains de contrôler les autres dans tous les domaines empêche les bonnes actions d’aboutir, de transformer le monde en un endroit où il fera bon vivre pour l’ensemble de l’humanité. Mais cela n’est pas un frein pour les efforts des Lions à travers le monde, au contraire. Nous sommes une grande famille qui sait mettre ses différends de côté pour le bien de la collectivité. Nous redoublons d’efforts avec l’arrivée de nouveaux membres pour atteindre nos objectifs.

Vous êtes une grande famille, certes, mais savez-vous que la branche mauricienne et d’autres de l’océan Indien souhaitent prendre leur indépendance par rapport à la zone Afrique des Lions ?
C’est une excellente idée. Il y a dix ans déjà que le conseil des directeurs des Lions avait suggéré qu’en raison de son développement, l’Afrique devienne une des régions constitutionnelles des Lions Clubs à travers le monde. Donc, le fait que les clubs de l’océan Indien souhaitent créer une zone géographique spécifique me semble une très bonne idée. Ils pourront mieux unir leurs forces pour le développement des clubs et des projets de leur région. On peut rester une famille unie même si on n’habite pas dans la même maison.

Vous êtes Américain et vous savez sans doute que le monde entier a les yeux braqués sur votre pays depuis les présidentielles de novembre. On se demande, avec inquiétude, quelles sont les décisions que va prendre le nouveau président américain élu, M. Donald Trump ?
C’est la question que l’on m’a posée le plus avant, pendant et après les élections au cours de mes voyages en tant que président des Lions, cette année. Je réponds que les Etats-Unis ont un système électoral qui prévoit une élection présidentielle tous les quatre ans. Au cours de cette élection, les Américains peuvent voter pour un autre candidat. Nous le faisons depuis des années et il arrive, de temps à autre, que les Américains élisent à la présidence un candidat opposé politiquement à celui qu’il vient de remplacer. C’est un exercice démocratique courant aux États-Unis.

Mais le monde est inquiet par rapport au discours tenu pendant la campagne par le nouveau président élu. Des propos qui, s’ils étaient mis en pratique, pourraient affecter la marche du monde. Beaucoup d’Américains partagent cette crainte, pas vous ?
Non, et cela pour plusieurs raisons. Premièrement, le pouvoir est exercé aux États-Unis par trois entités spécifiques : la présidence, le législatif et le  judiciaire. Le judiciaire est indépendante et les juges en fonction ont été nommés par les précédents présidents, messieurs Bush et Obama. Deuxièmement, les Républicains du parti de M. Trump contrôlent à la fois le Congrès et le Sénat.

Est-ce une bonne chose en démocratie qu’un président américain contrôle à la fois le Sénat et le Congrès ?
C’est une bonne et une mauvaise chose à la fois. Quand le président contrôle une Chambre et l’opposition l’autre, nous pouvons nous retrouver dans des situations de blocage, comme cela a été le cas dans un passé récent. Mais il faut se souvenir qu’avant les dernières élections, des membres du Sénat et du Congrès faisant partie des Républicains ont officiellement pris leurs distances de  M. Trump sur certaines de ses propositions électorales. Évidemment, aujourd’hui que M. Trump a remporté les élections, certains ont revu leurs positions…

À Maurice aussi on rejoint ses positions pour entrer dans le camp du vainqueur d’une élection…
C’est un phénomène politique mondial. En dépit de tout ça, je ne vois pas les membres du Congrès et du Sénat, même les Républicains, laisser M. Trump appliquer toutes les lois qu’il veut. Je crois qu’il y a des politiciens sensés au Sénat et au Congrès qui sauront empêcher que le président aille trop loin dans sa politique. La politique de M. Trump est différente de celle de M. Obama, mais il ne faut pas oublier que celle de M. Obama a été le contraire de celle de M. Bush junior et que les mêmes inquiétudes avaient été exprimées lors du changement, ce qui n’a pas empêché M. Obama de diriger et même d’être réélu. Pour les Américains, c’est un changement de pouvoir démocratique qui est en train de se produire dans leurs pays. Mais cela dit, je comprends les craintes que suscite cette passation de pouvoir dans le monde et même chez vous. Elles ont été créées par les promesses de M. Trump de faire construire un mur entre le Mexique et les États-Unis, d’expulser tous les sans-papiers et de ne pas autoriser les musulmans à venir aux États-Unis, entre autres. C’était des promesses électorales outrancières. Il ne faut oublier que M. Trump a fait carrière à la télévision et qu’il sait comment faire pour obtenir l’attention des médias américains qui donnaient Mme Clinton gagnante. Je vous le répète : nous venons d’assister à une élection démocratique aux États-Unis, malgré les outrances qui l’ont marquée, et, en tant qu’Américain, je n’ai pas peur de l’avenir de mon pays et du monde.

Quel est le regard que vous portez sur le monde musulman ?
Je ne suis pas un expert en la matière, mais comme tout le monde je constate que l’on a tendance à associer automatiquement le monde musulman à la violence, au terrorisme. Je suis convaincu que la majorité des musulmans sont comme la majorité des hommes et des femmes qui habitent notre planète : ils veulent vivre dans un monde en paix où ils pourront élever, sans aucune crainte, leurs enfants et leur donner ce qu’il y a de mieux. Je suis aussi convaincu que cette violence est le fait de petits groupes et qu’ils ne représentent pas la majorité des musulmans. Il faut que les organisations comme les Lions et les autres et tous les hommes de bonne volonté joignent leurs forces pour faire régner la paix et permettre à la majorité de se faire entendre, ce qui n’est pas le cas actuellement. Cela prendra sans doute du temps, mais nous n’avons pas le droit de baisser les bras et de ne pas soutenir les initiatives pour faire avancer la cause de la paix dans le monde.

Merci pour cette parenthèse politique. Revenons à Maurice : dans quel cadre s’inscrit votre bref séjour à Maurice ?
Je suis à Maurice dans le cadre d’une tournée dans certains pays de la région, dont Madagascar. Je suis venu rencontrer les Lions mauriciens, d’abord, pour faire leur connaissance, ensuite, pour discuter de leurs projets, de leur manière de travailler et, si c’est possible, pour leur donner des conseils. Je suis entièrement satisfait du travail des Lions mauriciens qui sont plus de 350 répartis dans onze clubs. Depuis la création du premier club à Maurice en 1968, l’année de votre indépendance, les Lions ont fait beaucoup de bon travail dans beaucoup de domaines et je suis heureux de les féliciter. Au cours de mon séjour, je vais avoir l’occasion de participer à des activités organisées pour démontrer la vitalité des Lions de Maurice et même de dévoiler une plaque commémorative célébrant le centenaire des Lions Clubs à Port-Louis.

Que souhaitez-vous dire pour terminer cette interview.
Que je remercie celles et ceux qui ont organisé mon bref séjour à Maurice. J’aimerais redire que je suis très heureux d’avoir vu le travail fait par les Lions de Maurice avec autant d’enthousiasme et d’engagement pour transformer le monde dans lequel nous vivons et le rendre meilleur.

Permettez-moi une question plus personnelle : y a-t-il une vie après la présidence internationale des Lions ?
Mais, bien sûr. Mon mandat est d’une durée d’une année, mais après nous avons une fondation au sein de laquelle je vais travailler encore une année. Après, j’aurais 65 ans et je crois que je suis assez fort pour continuer à travailler probablement dans le secteur que je connais le mieux, celui du judiciaire. J’ai exercé les fonctions de juge dans le passé et aux Etats-Unis les juges sont élus et il paraît que mon travail a été apprécié et on m’a demandé de revenir…

N’êtes-vous pas en train d’envisager une reconversion dans le domaine de la politique ?
C’est une possibilité qui n’est pas à écarter, mais il serait prématuré d’en parler. Je voudrais partager avec les autres tout ce que j’ai eu la chance d’apprendre au cours de ma carrière professionnelle. Mais en tout état de cause, je vais continuer à apporter ma contribution aux Lions car sans cette organisation je ne serais pas ce que je suis aujourd’hui.