Avec les premières étapes au sujet du Brexit, soit le divorce de Londres d’avec Bruxelles suite au déclenchement de l’Article 50 du Traité de Lisbonne par la Grande-Bretagne le 29 mars dernier, les répercussions sur l’économie de Maurice, en particulier sur les exportations, s’installent aux avant-postes. Cette préoccupation majeure était à l’ordre du jour de la dernière réunion interministérielle sur le Brexit, présidée par le Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, en fin de semaine dernière. Une présentation de la Secretary for Foreign Affairs, Usha Canabady, en trois volets, soit la portée politique et diplomatique de la décision de la Grande-Bretagne, l’évolution des échanges commerciaux entre Maurice et la Grande-Bretagne au cours de ces derniers mois, et l’ébauche d’une feuille de route, privilégiant le secteur des services financiers et visant à transformer Maurice en une Platform for UK-Based Investiors to Africa, établit les enjeux économiques et financiers pour Maurice du départ de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne à partir du 29 mars 2019. Toutefois, dans l’immédiat, l’optimisme est de mise car les dernières prévisions indiquent que le taux de croissance devrait se rapprocher de la barre des 4% cette année avec une relance des investissements dans le secteur de la construction.
Le tableau des risques du Brexit sur Maurice dressé par le Joint Working Group fait voir que les retombées se font déjà sentir, même si à l’hôtel du gouvernement l’on se garde d’ouvrir la porte à un pessimisme démesuré. Mais les faits sont incontournables car d’une année à l’autre, soit de janvier 2016 à janvier de cette année, la part des exportations de Maurice vers la Grande-Bretagne a régressé de 12% à 10%. Ainsi, les exportations de sucre sur le marché britannique n’ont rapporté que Rs 74 millions en janvier 2017 contre Rs 125 millions pour la période correspondante l’année dernière. Un écroulement des exportations de fish and fish preparations, soit de Rs 252 millions à Rs 69 millions, est également enregistré d’une année à l’autre, alors qu’une baisse est également perceptible pour le textile et la confection, soit de Rs 395 millions à Rs 323 millions.
Les principaux facteurs qui ont influé sur les échanges commerciaux anglo-mauriciens se résument à l’évolution du taux de change de la roupie par rapport à la livre sterling depuis le référendum sur le Brexit le jeudi 23 juin de l’année dernière. De ce fait, de cette dernière date à mars de cette année, la roupie s’est appréciée de 18% par rapport à la monnaie britannique, avec des dégâts considérables dans le bilan des opérations des exportateurs mauriciens vers la Grande-Bretagne, en particulier ceux dans le domaine du textile et de la confection. Dans cette perspective, la Banque de Maurice est appelée à assurer un monitoring systématique de l’évolution du taux de change de la roupie avec des interventions promptes pour garantir les intérêts de Maurice.
Toujours au chapitre des exportateurs affectés par les retombées du Brexit, le rapport officiel, discuté lors de la réunion du comité ministériel, a identifié une liste de 13 compagnies de textile et de confection présentées comme étant à risques, voire à hauts risques. Quatre d’entre elles sont considérées comme étant overexposed au Brexit, avec des menaces potentielles sur quelque 1 400 emplois et des recettes d’exportations de l’ordre de Rs 1,4 milliard. Dans cette catégorie se trouvent
Tara Knitwear avec 623 emplois et 40% de sa production à destination du marché britannique ;
Ivy Leather avec 300 emplois et 80% pour le marché britannique ;
Prosimex avec 462 employés et 60% pour la Grande-Bretagne ;
Texpull avec 51 employés et une production exclusivement destinée au marché britannique.
 D’autres entreprises textiles figurent également sur le radar des autorités en raison des high risks avec la scission entre la Grande-Bretagne et l’Union Européenne, soit en ordre d’emplois disponibles :
CMT Ltd : 10 500 emplois et 60% de la production du groupe embarqués à destination de la Grande-Bretagne ;
World Knits : 1 728 emplois et 5% des produits confectionnés pour le marché britannique ;
RT Knits : 1 700 emplois et 20% pour le marché britannique ;
Star Knitwear : 1 384 emplois et 20% pour le marché anglais ;
Tropic Knits : 1 271 emplois
Real Garments : 900 emplois et 10% pour la Grande-Bretagne ;
 Floréal Knitwear avec 522 employés.
 Quelque 600 autres emplois dans des entreprises exportant entre 60 et 80% de leur production sur le marché britannique sont aussi comptabilisés à ce chapitre. Force est également de constater que le tourisme n’est pas immunisé contre les effets néfastes du Brexit. Les dernières analyses officielles prévoient que la croissance dans les arrivées touristiques de la Grande-Bretagne pourrait connaître un net ralentissement, passant de 9,4% en 2016 à 4% cette année, et cela sans compter que les touro-roupies devront continuer à accuser les contrecoups avec le taux de change défavorable.
 En vue d’encadrer des exportateurs vulnérables au Brexit, le gouvernement a démarré depuis le 1er avril le Speed-To-Market-Scheme, prévoyant un rabais de 40% sur le fret aérien pour des exportations de produits de confection et de textile vers la Grande-Bretagne et les différents marchés de l’Union Européenne. Un comité technique a été institué en vue d’évaluer l’efficacité de cette mesure en faveur des exportateurs et de proposer des ajustements dans le cadre du prochain budget. En complément, le Joint Working Group a eu pour mandat d’élaborer tout un éventail de mesures pour soutenir ces exportateurs dont, entre autres, des « instruments and mechanisms similar to the Investment Support Programme ». Mais ce package of incentives devra faire l’objet de discussions plus poussées au ministère des Finances avant toute inclusion dans le prochain discours du budget pour l’exercice 2017-18.