L’Association of Mauritian Manufacturers prépare actuellement sa deuxième mission export au Kenya. Pour Bruno Dubarry, son CEO, cet événement a permis l’année dernière une ouverture sur les réalités du marché et l’importance d’apprendre le monde des affaires dans la région. À quelques jours du Budget, il souhaite également que le gouvernement accorde une attention particulière au marché domestique. Selon lui, la stabilité et l’expansion économique en dépend. De même, il souhaite que la visibilité du « Made in Moris » soit renforcée auprès des touristes.

L’AMM prépare actuellement sa deuxième mission export au Kenya. Quelle est l’importance de cet événement pour votre association ? 

L’AMM a constaté qu’il y avait besoin d’une approche collective, sectorielle et sur-mesure pour l’industrie mauricienne sur quatre thématiques liées les unes aux autres : former, innover, internationaliser, Responsabilité Sociale des Entreprises, en lien avec le développement durable. Du coup, notre initiative sur l’Afrique de l’Est a démarré en 2018 avec des “workshops” et “coachings” collectifs avant de monter une première mission exploratoire et de découverte des opportunités en février dernier.

Le Kenya est un “hub” régional, mais il n’est pas le seul pays considéré par nos entreprises. Donc, nous élargirons cette démarche d’exploration et rendez-vous B2B aux autres pays voisins comme la Tanzanie, l’Ouganda, le Mozambique et le Rwanda. La seconde mission au Kenya aura lieu du 22 au 24 juillet et contiendra essentiellement des rendez-vous d’affaires individuels organisés avec le soutien technique du cabinet Export Assistance Development. Notre objectif est de mobiliser 12 entreprises. Déjà, huit compagnies ont saisi l’opportunité.

Quel est le bilan de la première mission ? 

La première mission a été une réussite avec quelques opportunités saisies par les entreprises participantes, bien qu’il ne s’agissait pas d’une mission de prospection commerciale. Sur le contenu même, il y a eu de nombreuses interventions d’opérateurs kenyans et internationaux installés dans la région d’Afrique de l’Est. Les partages ont porté sur les réalités du marché et l’importance d’apprendre le monde des affaires dans la région. Et pour cela, les stratégies d’entreprises qui nous étaient partagées le confirmaient toutes : l’importance de penser au long terme, commencer par des activités de commerce avant d’installer des unités de production sur place. Preuve en est, de grands groupes comme Bayer, Mane, ont mis sept ans avant de s’implanter pour des activités de production ou R&D, et restent à des tailles très modestes.

Pour nos entreprises mauriciennes participantes, cette mission a rempli l’objectif d’exploration et “networking”. Pour l’AMM, c’est aussi une réussite d’avoir fait naître un esprit collectif pour l’export, puisque suite à cette mission, plusieurs acteurs sont venus à notre contact pour penser de futures collaborations : transitaires, services de gestion et développement d’affaires, services bancaires et plus important encore, des entrepreneurs en recherche d’initiatives collectives. Notre premier défi pour cette seconde mission au Kenya sera ainsi de faciliter des affaires entre opérateurs mauriciens et kenyans. Le second défi sera de mettre en réseau les manufacturiers mauriciens avec les entrepreneurs mauriciens établis en Afrique de l’Est.

La zone de libre-échange africaine est en vigueur depuis le 30 mai dernier. Comment cela pourrait-il aider à booster les exportations vers l’Afrique ? 

C’est un projet au long cours. Il existe déjà plusieurs accords commerciaux régionaux, notamment au niveau du COMESA, de la SADC, de l’EAC, et tous ces accords, malgré leurs existences depuis les années 1990, n’ont pas soldé les difficultés vécues par les entreprises qui exportent ou non. En effet, il existe aussi de grandes disparités dans les niveaux d’administration des contrôles douaniers, politiques de protection des bases industrielles domestiques ou encore dans les accords bilatéraux entre tel ou tel pays africain avec des pays hors région africaine. En somme, l’existant est déjà porteur de complexités qui ne disparaîtront pas de sitôt avec l’entrée en vigueur de la zone de libre-échange africaine.

Quelles sont vos attentes du Budget 2019-2020 ? 

Nous savons que les échéances électorales seront un facteur aux effets non négligeables sur l’implantation des mesures budgétaires 2019-2020. C’est donc sur quelques mois que doivent s’obtenir des résultats au niveau politique et économique.

Il est pour nous évident que le gouvernement et le secteur manufacturier ressortiraient tous deux grandis d’un Budget 2019-2020 dans lequel la stabilité et l’expansion économique du Maurice rimeraient aussi avec une attention particulière au marché domestique, où se trouvent des opérateurs pour certains en très grandes difficultés face aux importations de produits étrangers. C’est aussi ce secteur qui est en recherche d’opportunités à l’export, et donc qui a besoin d’une stabilité sur son marché principal. Enfin, c’est ce secteur qui est le premier employeur. Pour toutes ces raisons évidentes, nos demandes ont été axées sur une double politique : import-substitution et promotion à l’export.

Comment l’AMM accueille-t-elle l’éventuelle introduction du Portable Gratuity Retirement Fund ?  

Avec prudence puisque le paysage des contributions obligatoires semble se complexifier. Le secteur manufacturier a de grandes disparités entre ses entreprises et cela ne rend pas aisée la réflexion sur le fonctionnement du futur mécanisme. A tout prix, il faudrait éviter l’empressement si l’objectif est de donner les meilleures chances au plus grand nombre d’employés sans pour autant compromettre les conditions d’opération des entreprises.

Dans un contexte de développement durable et de zéro déchet, comment l’AMM sensibilise-t-elle ses membres au recyclage ? 

Les industriels sont déjà sensibilisés, mais il manque le contexte de développement durable et de zéro déchet en termes de cadre légal et d’incitations. À leur propre niveau, ils ont initié soit des opérations de sensibilisation, soit des études pour choisir les meilleures combinaisons de solutions et réduire leur impact sur l’environnement. Plusieurs entreprises membres de l’AMM et du “Made in Moris” ont déjà opéré des changements dans leur production et offrent des solutions de recyclage de leurs produits.

La stratégie nationale faisant défaut en la matière, ce sont des approches concurrentes qui cohabitent et qui ont un double effet néfaste : ne pas permettre aux urgences d’être correctement traitées, ne pas permettre le développement d’une vision à long terme pour les nouvelles filières.

Quelles sont les retombées de la campagne « Made in Moris » à ce jour ? 

Le label “Made in Moris” vient de fêter ses 5 ans. La campagne se termine le 28 juin avec un atelier sur les marques utiles, ouvert aux adhérents et aux non-adhérents au label. Les produits labellisés jouissent aujourd’hui d’une grande visibilité et d’une bonne crédibilité sur le marché local. Au récent Brand Summit 2019, six des dix marques préférées des Mauriciens étaient des marques labélisées “Made in Moris”. Aujourd’hui, plus de 300 marques (2 500 produits) cohabitent dans le “Made in Moris” ! Cette visibilité pourrait être renforcée auprès des touristes et visiteurs notamment en exposant nos produits “Made in Moris” dans des lieux de promotion, comme l’aéroport. Nous continuerons notre communication en matière d’achat responsable, où les consommateurs savent à quel point leur acte d’achat personnel est générateur de richesses localement.

Quelles sont les plus grandes difficultés auxquelles font face les producteurs locaux actuellement ? 

Un marché domestique qui manque d’équité, vis-à-vis de leur activité, en termes de réglementation et de contrôle. La contrepartie d’un marché ouvert comme l’est celui de Maurice serait un contrôle plus avisé des autorités quant à ce qui entre sur le territoire. Les entreprises de l’AMM sont les bons joueurs, elles n’ont pas attendu pour investir dans les normes et standards locaux et internationaux; elles supportent d’importants contrôles. Dans les activités d’importation cohabite beaucoup de disparités (qualité, bonnes pratiques) et beaucoup moins de contrôle. C’est une rectification qui n’a toujours pas eu lieu et qui est destructrice d’emplois.