Les artistes et leurs camarades victimes de brutalités policières le 30 décembre dernier ont été convoqués aujourd’hui pour le début de l’enquête. Celle-ci est placée sous la responsabilité du Surintendant de Police (SP) Daniel Monvoisin. Me Rama Valayden, l’avocat des artistes, n’a pas caché sa satisfaction devant ce développement car plusieurs lettres ont été envoyées au commissaire de police à ce sujet. Toutefois, il s’élève contre le fait que les policiers incriminés n’aient pas été suspendus.
Le chanteur Borghini Naidu, alias Dr Boyzini, a été le premier entendu par le SP Monvoisin au poste d’Abercrombie ce matin. Ce dernier a personnellement recueilli le témoignage du chanteur, qui affirme avoir été malmené par des policiers le 30 décembre dernier alors qu’il se trouvait à la Gare du Nord avec ses amis. Me Rama Valayden représente Dr Boyzini ainsi que les trois autres personnes « brutalisées » ce jour-là, à savoir le producteur Michel Nanny, Kenny Seenien et Axel Emilien. Ces deux derniers ont été blessés et ont dû recevoir des soins à l’hôpital. Deux autres camarades qui les accompagnaient, Jean Alain Résidu et Joyce Veerasamy, ont, eux, porté plainte pour « non-assistance à personne en danger » contre les policiers.
Me Rama Valayden se dit « satisfait que les artistes puissent enfin être entendus » sur ce cas en attente depuis plus de deux mois. « Nous avons écrit quatre à cinq lettres au CP à ce sujet. Nous avons insisté sur le fait que ce ne soit pas les artistes qui viennent faire des déclarations, mais que ce soit la police qui les convoque. Nous avions aussi demandé que M. Tuyau ou M. Monvoisin mène l’enquête. Heureusement que le CP a accédé à notre requête en confiant l’enquête à M. Monvoisin. »
Dans la dernière lettre écrite au CP en date du 4 mars dernier, Me Rama Valayden insiste : « I am appealing to you as since after four letters, I see that you are no more interested with the plight of the artists who were assaulted by the police on the 30th of December 2015. I make a last appeal to you before I initiate other actions… » Dans sa réponse, datée du 10 mars, le CP informe Me Rama Valayden que le  SP Monvoisin a été désigné pour consigner la déclaration des artistes.
Dans cette affaire, rappelle Me Valayden, il y a non seulement l’aspect piratage, mais aussi le « parti pris de la police » quand les artistes réclamaient leur droit et allant jusqu’à la brutalité. « Il s’agit d’une brutalité qui dépasse les bornes. Il aurait pu y avoir mort d’homme. En sus de cela, la police a aussi mis des charges contre ces artistes. »
Il ajoute que les artistes n’avaient pas consigné de déclaration jusqu’ici car il n’était pas question qu’ils se retrouvent dans un poste de police avec des officiers ayant peu d’égards envers eux. « Dans un premier temps, on avait dit que les artistes n’avaient pas consigné de déclaration. J’ai insisté pour que la police réagisse, car elle ne peut faire la sourde oreille. C’est comme si, demain, il y avait une information concernant un acte de terrorisme dans le pays et que la police attendait une déclaration pour agir. »
Rama Valayden fait aussi ressortir que la National Human Rights Commission a répondu rapidement à leur requête. « Les artistes ont déjà été entendus et tous les dossiers ont été soumis. Comment se fait-il que la police, elle, n’était pas au courant ? »
Me Valayden regrette également que les policiers incriminés dans cette affaire n’aient toujours pas été suspendus. « Ceux qui faisaient du “belly dancing” ont été transférés, mais aucune sanction n’a été prise contre ceux qui ont brutalisé les artistes. Et ce en dépit d’une vidéo montrant la scène sur YouTube. Nous y veillons de très près. Nous pourrons même aller jusqu’à une “case” de torture contre les policiers. Surtout dans le cas de Kenny Seenien. »
Il ajoute que cette affaire a causé un « traumatisme » et occasionné des inconvénients aux artistes concernés. « Aujourd’hui, Boyzini doit aller à l’étranger pour des concerts. Mais il doit introduire une demande de caution pour pouvoir partir. »