L’annonce de l’enseignement supérieur public gratuit, annoncé comme un cadeau électoral juste avant l’audience Medpoint devant le Privy Council, risque de se révéler finalement bien amère et même un cadeau empoisonné pour une jeunesse mauricienne dont on a vu cette semaine qu’elle peut se montrer désemparée et très démunie face à des problèmes de son temps.

Pour être honnête sur le dossier de l’éducation, il faut dire qu’il y a près de deux ans déjà que la ministre de l’Education Leela Devi-Dookun avait annoncé le rétablissement, en 2019, des 5 Credits au School Certificate pour accéder au Higher School Certificate. Elle s’était rangée du côté de tous ceux, politiques et pédagogues, qui avaient critiqué la démarche de Vasant Bunwaree, prise en 2011 et appliquée en 2012, de « brader » l’éducation en ramenant l’exigence de 5 Credits à 3 Credits pour accéder au HSC.

C’est à ce titre qu’il importe de relever à quel point certains politiciens peuvent adopter des positions changeantes et contradictoires sur un sujet aussi important que l’éducation nationale. Steve Obeegadoo est de ceux-là. Alors porte-parole du MMM, il avait été un des premiers à dénoncer, en 2011, la démarche du ministre Vasant Bunwaree de rabaisser les résultats pour être promu en fin de cycle secondaire.

Maintenant que c’est apparemment 4 Credits qui sont exigés, il trouve à en redire alors qu’il aurait pu tout simplement venir arguer que les 3 Credits sont désormais entrés dans les moeurs éducatives et qu’il n’y a pas lieu de retourner en arrière, et qu’il faut affiner l’enseignement et redoubler d’efforts pour rehausser le nombre de ceux qui réussissent, la réalité crue étant que les résultats se sont dégradés depuis le rabaissement du nombre de credits pour accéder au HSC. Il y a, à l’évidence, un équilibre délicat à trouver entre exigence de qualité et meilleur accès à tous à des études plus poussées. C’est ce à quoi doivent désormais s’atteler les autorités éducatives.

Tout cela ne peut expliquer que le MES, que dirige une activiste du MSM, la candidate ratée Brenda Thanacoody-Soborun, décide de décréter secrets d’Etat les chiffres de ceux qui ont obtenu les 5 ou 4 ou 3 Credits pour l’année 2018. Et dire que ce sont ceux-là mêmes qui avaient réussi à berner le peuple avec leur promesse d’une Freedom of Information Act ! Une simple statistique qui est dissimulée au grand public, on ne sera bientôt pas loin des pratiques de la Corée du Nord !

Les 4 Credits tombent bien. Il y aura moins d’admis eu HSC, moins de candidats à l’enseignement supérieur gratuit et pas de goulot d’étranglement à l’entrée des établissements publics. Avec le nombre de cours réduit, les universités auront donc moins à débourser et ce sera autant pour la trésorerie publique. Ce n’est pas ici qu’on va déplorer les efforts faits pour rehausser le niveau qui est bien tombé ces dernières années, tout étant à refaire pour des diplômés alignant des CV impressionnants sur le papier, mais, dans le concret, incompétents en tout.

Parce que le diplôme, même s’il est aujourd’hui indispensable, n’est pas tout dans la vie. Il y des autodidactes qui ont acquis un savoir-faire, une expérience du terrain et qui ont montré qu’ils pouvaient damer le pion à des collectionneurs de titres. C’est sur le postulat que l’éducation, ce n’est pas que le diplôme, mais aussi le difficile apprentissage à la vie et à ses écueils qu’il faut évoquer deux drames qui ont frappé nos jeunes cette semaine.

Il y a eu l’accident de la route qui a coûté la vie à quatre jeunes amis habitant tous des villages du Nord, le décès de cette jeune fille de 15 ans enceinte de 4 mois et la tentative de suicide d’une étudiante réprimandée par ses parents, parce que, de leur point vue, les résultats du SC qu’elle a obtenus ne sont pas satisfaisants.

On parlait hier de jeunesse dorée. Aujourd’hui, c’est plutôt jeunesse dopée. Des jeunes dépassés aussi par les tabous, par les autorités et les adultes qui démissionnent et qui refusent de regarder en face les problèmes auxquels ils sont confrontés. Pas d’écoles mixtes, pas d’éducation sexuelle, pas de recours scolaire ou autres. Plus facile de distribuer des tablettes que de faire des efforts pour qu’ils s’épanouissent à tous les niveaux.

Une jeune fille, une enfant, en fait, de 13 ans, naïve, troublée par ses premiers émois, cède devant un copain plus âgé, pressé, intéressé ou incapable de maîtriser ses pulsions. Et qui, en plus, fait semblant de ne pas savoir que le préservatif existe, parce que cela gâcherait son plaisir et voilà que la jeune fille se retrouve le lendemain, seule, enceinte, avec ses tourments et, pire, avec un sentiment de honte qui peut la conduire à l’irréparable. Le nouveau cas de la jeune fille enceinte enregistré cette semaine devrait pousser les autorités à agir au plus vite.

Combien de cas faudra-t-il encore pour que les autorités agissent ? On peut considérer ces cas comme des affaires personnelles, privées, celles des mineurs et de leurs parents. Mais il y a aussi délit et il ne suffit pas de poursuivre ceux qui ont des relations sexuelles avec des mineures. Les parents sont, eux-mêmes, incapables de gérer. Que faisons-nous, on laisse mourir ces enfants ?

Dans certains pays, la pilule du lendemain est, pour les mineures, gratuite et anonyme. Elle prévient probablement bien des drames et elle permet surtout à des adolescentes de poursuivre leur scolarité et de repartir dans la vie sans avoir à affronter le regard des autres qui peut, parfois, être terriblement cruel.

Pourquoi nos jeunes filles en difficulté ne pourraient-elles pas, encadrées par médecins et psychologues, bénéficier de facilités similaires dans la plus totale discrétion ? Et si, ici, il faut qu’elles soient accompagnées de leurs parents, pourquoi pas ? Cela éviterait probablement bien des drames familiaux. Il est donc urgent d’arrêter de se voiler la face.

Josie Lebrasse