CALOGERO : “La chanson doit rester un métier de la rue”

Il sera en formation rock pour présenter Les feux d’artifice. Un spectacle son et lumière au J&J Auditorium, le vendredi 14 octobre. Scope a interrogé le mélodiste sur le processus de création et sur sa vision du monde artistique. Ainsi que sur la surmédiatisation de jeunes talents propulsés au rang de stars par la téléréalité. Calogero ne pipe mot de son prochain disque mais évoque ses origines siciliennes.

Lors de votre dernier concert à Maurice, vous répétiez seul dans la salle avant le concert. Êtes-vous toujours aussi consciencieux ?
Toujours aussi consciencieux. J’aime bien sentir les ondes des endroits. Je prends possession des lieux et j’aime sentir que je vais passer un bon moment. Pour moi, chaque soir est un soir différent. C’est très important de sentir l’endroit où je vais jouer, où je vais chanter.

À quoi le public devra-t-il s’attendre ce vendredi soir ?
La dernière fois, j’étais venu seul et j’étais en acoustique; là, je suis avec trois musiciens. Cela ne veut pas dire que les gens vont ressortir sourds (rires). Cela veut dire que les gens vont retrouver davantage les versions entendues à la radio. Mais en mieux !

Vous avez déclaré dans la presse que la musique est votre texte. Pouvez-vous décrypter ?
C’est pour moi une manière de m’exprimer. Je suis compositeur; mes émotions, je les mets dans mes notes. Je compose tout le temps, à la maison ou au milieu de mes enfants. J’en ai quatre. J’ai des origines siciliennes.

Est-ce la musique qui porte le texte de vos chansons ou le texte qui porte la musique ?
Je compose toujours la musique avant. Je crois beaucoup au fait que la musique a une force terrible. Elle peut porter un texte. Un grand texte a besoin d’être accompagné; en revanche, un texte moyen peut être sublimé par une belle musique. Par exemple, moi qui suis un fan du film Le Parrain, je trouve la musique parfaite et le film parfait. En revanche, la musique du Clan des Siciliens d’Ennio Morricone est un chef-d’œuvre, mais j’ai trouvé le film pas terrible, malgré Jean Gabin, Ventura et Delon, que j’adore. Mais franchement, je me suis ennuyé. Et je me suis dit que la musique de Morricone était tellement grande qu’elle portait le film. Pour moi, la musique a une grande importance.

Il y a dans vos musiques une énergie et une mélancolie. Comment expliquez-vous cela ?
C’est vrai ! C’est ma personne, mes origines. Mon père a une énergie débordante. Et la mélancolie, ça vient de ma mère, de la Sicile, de l’Italie. La mélancolie est très italienne. Mon père et ma mère viennent tous deux du même village et sont issus de deux familles amies.

Vous avez débuté sur avec votre frère.
Gioacchino est toujours avec moi. C’est avec lui que j’ai composé notamment Le portrait.

Vous avez connu des débuts laborieux ?
Je dirais un parcours classique. Un chanteur n’explose pas tout de suite. À mon avis, c’est ce qui devrait être le cas pour tous les jeunes, pour qu’ils aient la tête sur les épaules ! Les choses n’arrivent pas comme ça, en claquant des doigts.

Que pensez-vous des voix qui, du jour au lendemain, sont propulsées au rang de stars ?
Je trouve ces jeunes très talentueux. C’est beau de voir une jeunesse avec autant de talent. Mais c’est très dangereux de connaître la notoriété avant même d’avoir eu le temps d’exprimer quoi que ce soit. Ils gagnent une notoriété auprès du peuple en moins de deux heures. C’est dangereux pour eux.

Et surtout pour durer !
Oui ! On sait bien qu’il y a très peu d’élus. Ils seront aussi très peu à revenir. Ce qui me gêne, c’est quand on met des enfants à l’écran. Je trouve que les enfants n’ont pas leur place à la télé. Un enfant, c’est fait pour être avec ses parents, à l’école. Jouer avec ses copains dans les cours d’école et dans les jardins. Un enfant, ce n’est pas fait pour être à la télé. Je pense à The Voice Kids, je suis farouchement contre. On ne met pas des enfants devant les caméras, même s’ils sont doués.

Revenons à vous. Les feux d’artifice est un concert à vivre en live. N’est-ce pas, Calogero ?
Je m’exprime le plus naturellement sur scène; pour moi, tout le concert doit être un beau spectacle, un moment de fête et de joie. On a aujourd’hui le côté son et lumière, mais on doit aussi être capable de faire simple. Et faire en sorte que les gens sortent heureux du concert, tout en ayant eu pour leur argent. Comme pour un chanteur de rue. Pour moi, un chanteur reste toujours un chanteur de rue. Quelle que soit la technologie…

Pouvez-vous expliciter ?
Par exemple, je viens de faire un concert à La Réunion. À un moment, tout est tombé en panne. Plus d’électricité ! Tout le monde était paniqué. Moi, non. Pas du tout ! Le chanteur, pour moi, doit rester un chanteur de rue. J’ai pris une guitare sèche et je suis allé voir les gens et je chantais avec eux. Ce n’est pas un problème. La chanson doit rester un métier de la rue.
 


Parcours
Calogero Maurici face au succès

Né le 30 juillet 1971 à Échirolles (Isère), Calogero Maurici voit le jour au sein d’une famille d’origine sicilienne. S’intéressant dès son enfance à la musique, il apprend divers instruments (guitare, piano…). Il partage avec son frère Gioacchino un goût de la scène qui va les pousser à envisager rapidement une carrière dans le spectacle. Encore adolescents, Calogero (rebaptisé Jacky) et Gioacchino (Charly) fondent, avec leur ami d’enfance Francis Maggiuli, les Charts, groupe pop rock aux accents jazzy, qui connaîtra le succès dans les années 1990.
Calogero sort son premier album solo en 1999, Au milieu des autres, sous la houlette de Pascal Obispo, dont il assure la première partie de concerts. C’est en 2002, avec son deuxième album, Calogero, que l’artiste trouve sa place dans le paysage musical français. Les ventes de l’album s’envolent (plus d’un million d’exemplaires), portées par le tube En apesanteur. Avec l’album intitulé 3, publié en 2004, Calogero est consacré Meilleur artiste masculin de l’année (Victoires de la Musique, NRJ Music awards). Il chante en duo avec le rappeur Passi, Face à la mer, nouveau tube dans le répertoire du chanteur.

Brillant compositeur.
Calogero collabore avec de nombreux auteurs et confie l’écriture des textes de son quatrième opus, Pomme C, à Zazie. En 2009, pour L’Embellie, il fait appel à Dominique A, Marc Lavoine ou encore Jean-Jacques Goldman. En 2012, il renoue avec l’ambiance de troupe et lance le groupe Circus, avec Stanislas et Philippe Uminski, entre autres. Le succès n’est pas au rendez-vous. En 2013, il compose toutes les musiques de l’album de Florent Pagny, Vieillir avec toi, qui est un carton. Le chanteur mène parallèlement une brillante carrière de compositeur et offre ses mélodies à de grands artistes (Pascal Obispo, Françoise Hardy, Johnny Hallyday). Son sixième album solo, Les feux d’artifice, est sorti en août 2014.
Entouré d’Alex Baupain, Dominique A et de son frère Gioacchino Maurici, le chanteur français touche le public avec le single Un jour au mauvais endroit, dont le texte écorché évoque le drame de la violence urbaine. On retrouve sur l’album la ballade Le Portrait, l’engagé J’ai le droit aussi contre l’homophobie ou le nostalgique Le monde moderne et son clip en hommage à Jules Verne et Georges Méliès.

Nouvelles collaborations.
On pouvait penser que Calogero prendrait son temps avant de revenir avec un septième album, mais non ! Il est déjà en train d’écrire et de composer de nouvelles chansons. “Je suis à fond dans mon prochain album. Comme d’habitude quand je suis en création, je suis très heureux, quand je commence à m’isoler. Je fais un métier que j’aime à la folie”, a-t-il confié sur les ondes de RTL, ravi à l’idée de confectionner de prochains tubes. “Je vais travailler avec des auteurs avec qui j’ai déjà travaillé comme Marie (Bastide, sa compagne, ndlr), Paul Ecole, Alex Beaupain”, a-t-il révélé, tout en annonçant de “nouvelles collaborations”. Calogero souhaite se renouveler avec ce septième opus. “Chaque album est différent, il ne faut jamais que ça se ressemble, mais après, j’ai mon style. Avoir du style, je pense que c’est le plus important. Et je crois que j’ai mon style.”
Calogero voue une grande admiration aux Beatles, en particulier à Paul McCartney, dont le morceau Live And Let Die est repris sur Live 1.0. Calogero possède un exemplaire de la guitare basse rendue célèbre par McCartney, la Höfner Violin. Calogero est aussi bassiste gaucher, mais joue également des claviers et de la guitare.