CAMPAGNE ÉLECTORALE: À bout d’arguments…

La fièvre de la campagne électorale a gagné les villes et les villages. Les candidats et leurs partis semblent prêts à tout pour discréditer l’adversaire et tenter de convaincre les électeurs. Les leaders politiques et les agents sont chauffés à blanc. En quelques jours, le ton est devenu plus violent. Le débat imposé reste bassement et honteusement politique et ignore superbement les électeurs et leurs attentes. Rien n’a changé…
Après les différends entre le Mouvement Militant Mauricien (MMM) et le Mouvement Socialiste Mauricien (MSM) lors des élections générales de 2010, les deux partis sont à nouveau réunis. Le Remake 2000, avec à sa tête Sir Anerood Jugnauth et Paul Bérenger, est à l’ordre du jour. Dans cette alliance, Pravind Jugnauth joue profil bas. L’ancien partenaire de son parti, Navin Ramgoolam, a bien des choses à dire contre son ancien partenaire orange avec qui il a remporté les dernières élections. Du côté de l’alliance gouvernementale, le nombre de tickets accordés au PMSD pour les municipales est interprété par certains comme un signe de la considération limitée accordée aux Bleus.
Indignation.
Alors que les villageoises ne suscitent presque aucun intérêt, les municipales 2012 constituent un test politique capital pour les deux principaux blocs. Pour l’alliance PTr/PMSD, une défaite aux élections serait perçue comme un vote sanction du peuple contre le gouvernement. Elle voudra donc asseoir sa suprématie dans les villes en dépit de la mauvaise administration décriée par ses adversaires et les citadins au cours de ces sept dernières années.
Chez les orange/mauve, on a envie de reprendre le contrôle en région urbaine pour légitimer l’alliance du Remake 2000, qui subira son premier grand test. Perdre ses élections pourrait être fatal pour l’opposition : cela pourrait provoquer une cassure, comme le prédit le leader de l’Union nationale, Ashok Jugnauth. Celui-là même que le MMM a soutenu puis évincé pour former le Remake 2000, faisant du Mouvement Mauricien Social Démocrate (MMSD) d’Éric Guimbeau son autre victime collatérale.
En cas de victoire, l’alliance gouvernementale aura le loisir de diriger le pays et les municipalités à sa guise et attendre tranquillement 2015 pour les prochaines élections générales. En cas de défaite, cela pourrait donner plus d’arguments à Paul Bérenger pour réclamer des élections générales anticipées. Pour l’Alliance du Remake 2000, en effet, les élections municipales serviront de tremplin pour diriger à nouveau le pays. Cela semble être son but ultime avec la campagne de dénonciations/révélations qu’elle mène depuis quelque temps.
Pour convaincre l’électorat, ce ne sont donc pas les propositions pour améliorer le quotidien de l’électorat qui sont mises en avant mais principalement des critiques à l’encontre de l’adversaire. Et même des menaces, comme celles du ministre Michaël Sik Yuen à l’encontre des électeurs de Curepipe. Il a clairement fait comprendre à ces derniers que seul un vote pour les candidats de l’alliance au pouvoir encouragerait le gouvernement à prendre des décisions en leur faveur. Des propos indignes, pour dire le moins.
Roder bout.
Cela fait dire au sociologue Ibrahim Koodoruth que les campagnes électorales se suivent et se ressemblent à Maurice. Il précise même que cela tend à démontrer qu’il n’y a pas de free and fair elections à Maurice. Le sociologue demande aux citadins d’exercer leur droit de vote. “Même voter blanc, cela voudra dire quelque chose : dire que vous n’êtes pas d’accord avec les partis en lice et qu’il ne faut pas vous prendre pour des bouffons.” L’Assemblée nationale en France vient d’approuver le vote blanc, qui sera désormais comptabilisé; au Pérou, il est utilisé comme moyen de contestation.
Pour sa part, Michel Chiffonne, de Rezistans ek Alternativ, qualifie les propos du ministre d’absurdités et considère que c’est une offense faite aux électeurs. Il déplore également le manque de pouvoir démocratique et économique des administrations régionales, les rendant dépendants du pouvoir central.
Aucun débat d’idées n’est proposé pour éclairer le choix de l’électorat. Les prétendants aux conseils municipaux font simplement appel à un vote “sanction”. Sanctionner qui, quoi et pourquoi ? Élection après élection, nous assistons à des revirements de veste d’hommes et de femmes qui demandent de voter pour eux alors qu’ils n’ont pas d’idéologie et que priment avant tout leurs intérêts personnels ? Les dernières démissions en témoignent. Accueillis à bras ouverts par l’alliance au pouvoir, certains ont obtenu leur bout en étant sur la liste des candidats pour les élections municipales ou en étant nommé dans des comités.
Pouvoir.
Cette pratique encourage le transfugisme et les roder bout et ne fait pas honneur à la classe politique. Ibrahim Koodoruth ne s’explique pas comment certains peuvent aller dormir avec une conviction et se réveiller le lendemain avec une autre.
Lorsqu’on voit chaque parti accuser l’autre d’être l’auteur de nombreux scandales et essayer de les justifier avec des “dan to lepok osi ti ena”, on n’est pas loin du pathétique. Ce qui intéresse les politiciens, c’est prendre le pouvoir, peu importent leurs performances. Au final, personne ne se soucie vraiment du sort des électeurs, en dépit des promesses.
Que dire d’anciens sportifs qui entament une reconversion à travers la politique en espérant briller également sur ce plan ? Ils sont mis en première ligne par leurs leaders, mais reste à savoir si leur popularité et leur charme suffiront pour séduire l’électorat.
L’occasion est donnée aux électeurs d’élire des hommes et des femmes capables d’administrer au mieux leurs localités. En sachant que les partis politiques n’ont pas les mêmes préoccupations…