Depuis trois ans, PILS a inscrit dans ses axes stratégiques de plaidoyer en faveur de la nécessité de se pencher sur la politique nationale en matière de drogues. La thématique de cette campagne, qui a débuté le 14 mars, s’articule autour de la question “Eski prizon aret ladrog?”. Deux études ont été menées; l’une par StraConsult et l’autre, TNS Analysis.
Cette campagne prend tout son sens dans le sillage de l’actuelle Commission d’enquête sur les drogues, et de la prochaine assemblée spéciale des Nations unies (UNGASS) sur les drogues qui se tiendra en avril prochain, et de la campagne Support Don’t Punish prévue en juin. Nicolas Ritter, directeur de PILS (Prévention, Information et Lutte contre le Sida) soulève plusieurs interrogations : « La criminalisation de la consommation, politique qui a été pratiquée ces 30 dernières années, dans le pays, donne-t-elle des résultats probants ? Cette politique s’est-elle révélée efficace dans un but de réduire l’offre et la demande ? Sert-elle à réduire le crime organisé, les trafics en tous genres et rétablir le ‘law and order’ ? Est-ce que les répercussions sur la santé publique augmentent ou baissent ? Les droits humains sont-ils toujours respectés dans ces divers cas ? » Autant de questions, « en apparence simples, relève notre interlocuteur, mais qui ouvrent des avenues de réponses complexes !»
PILS a commandité deux études sur les drogues en 2015 et profite de cette campagne pour en partager les résultats avec le grand public. La première, effectuée par StraConsult, est un « desk review » des documents publics disponibles pour faire une première évaluation du rapport coût/efficacité de la répression sur les drogues versus les programmes de réduction des risques et de santé. Ce document conclut entre autres, que sur Rs 100 investies par l’État sur la question des drogues, Rs 78 sont utilisées sur l’arrestation, la condamnation et l’emprisonnement des utilisateurs de drogues illégales, contre Rs 22 utilisées sur le traitement, la prévention  et la réhabilitation de ces mêmes personnes. « Il y a là une flagrante disproportion d’ordre financière, entend M. Ritter, sur la question de répression et de réhabilitation ! À la lumière de ces éléments, ne serait-il pas plus sage de changer d’orientation et d’explorer de nouvelles avenues qui pourraient se révéler moins onéreuses et plus concrètes, humainement parlant ?»
La deuxième étude, entreprise par TNS Analysis, est une étude sur la perception des politiques des drogues parmi les Mauriciens. Celle-ci révèle, entre autres, que la question des drogues est la principale préoccupation sociale des Mauriciens et que ces derniers semblent favorables à explorer d’autres avenues que la répression à partir du moment où on leur présente d’autres modèles que la répression.
30 ans de guerre contre les drogues se sont surtout traduits par une guerre aux utilisateurs de drogues, estime PILS; « avec entre autres pour conséquence que le grand public pense que la répression fonctionne. Cette répression a renforcé la stigmatisation envers les personnes qui utilisent les drogues illégales (en 2013, 62 % des personnes qui s’injectent des drogues ont indiqué s’être vues refuser un service en raison de leurs pratiques) tandis que la peur de l’arrestation est constante chez eux (en 2013, 85 % des personnes qui s’injectent des drogues avaient déjà été arrêtées).»
Les études commanditées par l’Ong prouvent que « davantage d’utilisateurs de drogues qui sont déjà économiquement vulnérables connaissent la prison (8 injecteurs sur 10), réduisant encore plus leurs chances de réintégration sociale car ils sont par la suite, pour beaucoup d’entre eux, dans l’incapacité de trouver un emploi stable du fait de leur casier judiciaire (certificat de caractère). » Nicolas Ritter rappelle que « les politiques répressives génèrent du marché noir où le crime fait loi et la violence liée aux drogues est accentuée. Les utilisateurs de drogues sont marginalisés, blâmés de tous les maux, emprisonnés et très souvent exclus du système de santé et du marché du travail tandis que ces mêmes politiques ont pour conséquence d’augmenter la vulnérabilité de ces personnes aux infections comme les Hépatites ou le VIH. »
Cette campagne de plaidoyer a été financièrement soutenue par le partenaire de PILS, Coalition Plus, « qui nous a donné le choix fin 2015 de mettre sur pied une activité de plaidoyer qui aurait un impact à court ou long terme sur nos bénéficiaires. » Lucide, Nicolas Ritter note que « bien que cette campagne ne puisse faire changer en un mois et demi, 30 ans de perception erronée, PILS espère qu’elle posera les bases pour une réflexion sur l’efficacité ou non des politiques actuelles sur les drogues. » Le directeur de PILS souhaite que « d’ici deux à cinq ans, nous revenions poser les mêmes questions et pourrons évaluer, à la lumière des réponses, les avancées, ou pas dans ces divers domaines…» Les bases sont désormais jetées, conclut M. Ritter, « il faut bien commencer quelque part pour établir une banque de données…»